‹ Œuvres choisies de Jules SandeauChapitre 61 sur 124 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

ami, Hélène auprès de son fiancé. Gronde-le, ma fille. De mon temps, vive Dieu ! la jeunesse était plus alerte ; quand il s'agissait de courir un cerf sous les yeux d'une belle, c'est moi qui éveillais l'aurore.

LA BARONNE

Mes bons amis, si Raoul s'est fait attendre, ne vous en prenez qu'à moi seule. Marquis, je ne verrai pas vos exploits d'aujourd'hui.

LE MARQUIS

Comment cela? — Jasmin, du perdreau.

Hier soir, en vous quittant, j'étais déjà souffrante. J'ai passé une horrible nuit.

LE MARQUIS

Vrai Dieu ! Madame, il n'y paraît pas ; fraîche comme un bouquet cueilli dans la rosée d'avril. — Jasmin, à boire, du Sauterne ! Remplis donc le verre, maraud, verse comme si c'était pour toi. (Il boit.) Moi, j'ai une santé de fer.

LA BARONNE, SOltriant.

Grand bien me fasse!

LE MARQUIS

Eh bien ! mon jeune savant, qu'avons-nous découvert ce matin? un papillon, un scarabée, un brin d'herbe?

RAOUL

Vous l'avez dit, monsieur le marquis, un brin d'herbe ; mais ce brin d'herbe manquait à mon herbier.

LE MARQUIS

Un jour de chasse, s'occuper de végétaux . . . Que le grand saint Hubert *) lui pardonne ! Voilà, Baronne, les beaux résultats de l'éducation que vous avez donnée à votre

exploits = heldenstukken; m a r a u d = lummel ; une santé de f e r = stalen gezondbeid ; grand bien me fasse = wel bekome het tnij ; scarabée = tor ; brin d' li e r b e = grasspriet

M Patron de la chasse.

fils! D'un gentilhomme avoir fait un savant, entouré d'infolios, d'oiseaux empaillés, d'alambics et de cornues !

RAOUL

Le temps des grandes guerres est passé, monsieur le marquis. Le règne de la force brutale ne reviendra pas. C'est aux arts, c'est à la science qu'appartient désormais le droit de gouverner le monde. Comme autrefois aux croisades, il convient que la noblesse, sous peine d'abdiquer, se montre au premier rang dans les conquêtes de l'intelligence.

LA BARONNE

Oui, à condition que les nouveaux croisés ne compromettront pas leur santé dans des veilles trop prolongées ou dans des promenades avant le lever du soleil.

LE MARQUIS

Ah! vous voilà, Baronne! déjà tremblante pour la santé de votre fils. Prenez garde, il va s'enrhumer.

LA BARONNE

Vraiment, mon vieil ami, vous avez bonne grâce à railler ma faiblesse, vous dont l'affection pour Hélène a tous les enfantillages de la tendresse d'une jeune mère ! . . . Tout à l'heure encore, quand nous sommes entrés ....

LE MARQUIS

Ah ! pardieu, vous tombez bien ! . . . quand vous êtes entrés, mademoiselle ma fille achevait de me donner une leçon.

LA BARONNE

Oui-da?

LE MARQUIS

Une leçon de reconnaissance.

LA BARONNE

A vous? (A part.) Comme s'il en avait besoin. (Haut.) Et à quel propos, je vous prie?

alambics = distilleerketels ; cornues = retorten ; croisades = kruistochten ; d'abdiquer = afstand te doen ; des veilles trop prolong é e s = te lange nachtstudies ; vous avezbonnegràceàrailler = u kunt gemakkelijk spotten ; enfantillages = kinderachtigheden ; vous tombez bien = dat tref t ; oui-da = zoo

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