‹ Œuvres choisies de Jules SandeauChapitre 94 sur 124 · ACTE III, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I

le marquis, se levant.

Bah ! pour quelques batailles gagnées en dépit de toutes les règles de l'art militaire . . . car avec ce diable d'homme on ne pouvait compter sur rien . . . Vous vous le rappelez, Baronne, lors de notre voyage en Prusse ... à peine installés, on le croyait bien loin ... il était sur nos talons. la baronne, riant.

Oui, nous dûmes décamper au plus vite . . . car en moins de trois semaines . . .

BERNARD

C'en était fait de la Prusse ... il partait d'Iéna, et entrait dans Berlin. {Hélène inquiète s'est levée et reste près de la table).

LE MARQUIS

Trois semaines . . . quel manque de formes ! Parlez-moi de la guerre de sept ans ... de la guerre de trente ans . . . à la bonne heure . . . voilà des généraux bien élevés !

LA BARONNE, riant.

On avait le temps de se reconnaître.

LE MARQUIS

Maintenant, Dieu merci ! il ne peut pins faire des siennes.

BERNARD

Oui, maintenant on peut dormir tranquille à Vienne et à Berlin.

LE MARQUIS

Nous l'avons mis à la raison.

BERNARD

Qui, vous? Pour en venir à bout, il a fallu toute l'Europe.

LE MARQUIS

Il a reçu enfin le digne prix de ses escapades.

la baronne, au Marquis. Mon ami !

bernard, irrité.

Ses escapades ! . . .

décamper = de plaat poetsen ; escapades = kwajongensstreken

Monsieur Bernard!

LE MARQUIS

Oui, je maintiens le mot: ses escapades!...

BERNARD

Vous osez ? . . .

Hélène, à voix basse.

Eh quoi ! encore ! . . .

bernard, passant devant Hélène.

Monsieur le marquis . . .

HELENE

Pas un mot de plus . . . pour mon père ! . . .

bernard, Vécoutant à peine.

Mademoiselle ! . . .

HÉLÈNE

Pour moi ! . . .

BERNARD

Pour vous ! . . . (Ap>rès un silence.) J'obéis.

hélène, lui tendant la main.

Merci.

Je l'ai réduit au silence. (Il va s'étendre dans son fauteuil et reprend la lecture de son journal).

(Bernard a pressé la main qu'Hélène lui a tendue, et est

remonté vers le fond du théâtre. Hélène se remet à son dessin ;

Bernard se rapproche d'elle et s'assied à sa gauche. la baronne, qui a observé tout ce qui vient de se passer et qui est debout sur le devant de la scène.

D'un regard, d'un mot elle l'apaise ... le charme continue . . . c'est bien. Je le connais, il ne dépouillera jamais la femme qu'il aime ... De ce côté, je suis tranquille. — Mais Hélène . . . que dois-je croire ? Est-ce qu'oublieuse de sa naissance et de son rang, elle partagerait la passion qu'elle inspire? J'y veillerai.

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