‹ Œuvres choisies de Jules SandeauChapitre 99 sur 124 · ACTE III, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE V

Vous partirez ! . . . vous abandonnerez un million d'héritage?

BERNARD

Je suis né sous un toit de chaume; j'ai vécu dans les camps, j'ai dormi sur la neige; mon épée me reste, il suffit.

DESTOURNELLES

Insensé ! . . . Ne voyez-vous donc pas qu'en agissant ainsi, vous donnez, tête baissée, dans le piège qu'on vous a tendu ?

BERNARD

Que voulez-vous dire?

DESTOURNELLES

0 candeur ! . . . ô naïveté des guerriers ! . . . Monsieur Bernard, je veux croire avec vous à la droiture du marquis, à la sincérité de l'affection qu'il vous témoigne. Vous l'amusez: c'est tout ce qu'il lui faut. Je parierais même qu'il ne sait déjà plus ce que vous êtes venu faire ici. De son côté, monsieur de Vaubert, absorbé par l'étude des trois règnes de la nature, ne se doute même pas de ce qui se passe autour de lui: c'est le privilège de la science. Mais la baronne, mon jeune ami? — Vous souvient-il de l'apologue du lion amoureux?

BERNARD

Eh ! Monsieur, laissons là la baronne ; c'est bien de cette femme qu'il s'agit! — Que mademoiselle de La Seiglière soit heureuse; qu'elle ignore à jamais les intrigues qu'elle a servies sans s'en douter ; qu'elle continue de vivre calme, sereine, sans défiance, au milieu du luxe de ses ancêtres: voilà ce que je veux. Quant à madame de Vaubert, elle peut triompher tout à son aise, cela m'est vraiment bien égal. (Il quitte Destournelles, et va près de la fenêtre, à gauche.) destournelles, à part, traversant la scène.

Diable ! diable ! c'est plus sérieux que je ne pensais . . .

vous donnez, tête baissée, dans le piège = u Tait blinde linga

in den strik ; candeur = onschuld ; apologue = fabel

et si je ne trouve un moyen . . . Mais, quelle idée ! Si la baronne s'était prise dans son propre piège ? . . . si mademoiselle de La Seiglière ? . . . Il est bien, ce garçon ! . . . depuis six semaines ils ne se quittent pas ... 0 amour ! si j'ai deviné juste, je te bénis et je t'élève un temple. (Haut.) Monsieur Bernard, vous ne partirez pas.

BERNARD

Ma résolution est inébranlable.

DESTOURNELLES

Vous ne partirez pas, vous dis-je.

BERNARD

Qui m'en empêchera ?

DESTOURNELLE8.

Qui ? . . . Mademoiselle de La Seiglière.

BERNARD

Comment ?

Elle vous aime.

Vous êtes fou !

DESTOURNELLES

Elle vous aime ... et vous l'épouserez.

DESTOURNELLES

Moi!

DESTOURNELLES

Vous ! . . . Préférez-vous que ce soit monsieur de Vaubert ?

BERNARD

Monsieur de Vaubert!

DESTOURNELLES

Irez- vous, du même coup, faire présent à monsieur le baron de votre femme et de vos domaines?

BERNARD

Ah ! laissez, laissez-moi. . . Ne troublez pas mon cœur . . . comment m'aimerait-elle ? Fils d'un paysan, je ne suis qu'un soldat.

inébranlable = onwrikbaar

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