‹ Œuvres choisies de Jules SandeauChapitre 98 sur 124 · ACTE III, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE V

BERNARD

Monsieur !

DESTOURNELLES

Vous habitez la maison du garde ... Je comprends qu'un pareil séjour ait amolli votre cœur, et lui ait conseillé l'indulgence et l'oubli.

BERNARD

Encore une fois ! . . .

DESTOURNELLES

Ah ! tenez, laissez-moi vous parler franchement, car ce n'est plus de votre patrimoine qu'il s'agit, à cette heure ; mais de votre honneur, de votre dignité.

BERNARD

Monsieur Destournelles ! . . .

DESTOURNELLES

Monsieur Bernard, vous ne deviez rester ici qu'à la condition d'y commander en maitre . . . C'est mon avis. Voila six semaines, c'était aussi le vôtre La colère blanchissait vos lèvres, des éclairs partaient de vos yeux, vous parliez de punir les méchants de leurs iniquités ... Et voila qu'aujourd'hui vous hésitez!... „Vous verrez... vous aviserez... rien ne presse!..." Et en attendant, vous vivez en joie au milieu de vos ennemis, sous le toit d'où ils ont chassé votre père.

BERNARD

Monsieur . . . c'est qu'il y a six semaines, j'ignorais certains détails ... on avait su m'inspirer certaines préventions . . . qui maintenant sont dissipées.

DESTOURNELLES

Vraiment ? . . .

BERNARD

C'est qu'alors . . . Enfin, Monsieur, qui me dit que ce ne sont pas là de nobles cœurs indignement calomniés par l'envie ?

amolli = verteederd ; iniquités = ougerechtigheden ; préventions = vooroordeelen

DESTOURNELLES

Qui vous le dit ?.. . Moi. Moi, Sylvain Destournelles, qui n'ai jamais calomnié personne, quoique avocat ... Et que vous le savez bien, que madame de Vaubert n'est pas une belle âme ! . . . que vous savez bien que le marquis cache l'égoïsme d'un vieillard sous l'étourderie d'un enfant ! — Osez le nier. Et croyez-vous donc que je ne devine pas le charme qui vous a retenu, qui vous retient encore?

BERNARD

Monsieur !

DESTOURNELLES

Est-il besoin de vous l'apprendre?

bernard, effrayé. Monsieur, pas un mot de plus.

DESTOURNELLES

Ah! pardieu, j'irai jusqu'au bout... vous aimez.

BERNARD

Silence!... silence, malheureux!

DESTOURNELLES

Vous aimez mademoiselle de La Seiglière.

BERNARD

Moi ! . . . Je n'ai rien dit . . . rien fait . . .

DESTOURNELLES

Atteint et convaincu, vous l'aimez. {Geste de dépit de Bernard; il garde le silence.) Eh bien ! mon cher monsieur, vous voilà dans une jolie passe! — Comment comptez-vous en sortir?

BERNARD

Monsieur . . . mon parti est pris . . . Vous en penserez ce que vous voudrez ... je ne dépouillerai jamais la fille qui aida mon père à vivre et à mourir.

DESTOURNELLES, à part.

Le tour est joué. (Haut.) Que ferez-vous alors?

BERNARD

Je partirai.

vous voilà dans une jolie passe = u zit in een leelijk parket

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