‹ Œuvres choisies de l'abbé de VertotChapitre 16 sur 19 · DES CIUYAL1BR8 DB MALTE · texte numérisé non relu

DES CIUYAL1BR8 DB MALTE

t 4dP« soaveDt aux voye» de hit ; cette malheu- '

h - «n: ville renfermoit^ dans son eaceiate. tes plus voubm. * 4*4^ eoBemis. Elle les trouvoil sur-tooi dans ».r u^ tnd nombre des soldats de la garnison, et parmi la plupart de ses habitans, gens des crimes les plus afifrenz.

oeurtre, lassassinat et le poison demeuimpunis; les criminels trouvoient on asyle rs sûr «dans les autres quartiers de la Tille navoient point commis de crimes. La ^tion des mœurs étoit générale presque toutes les conditions, sans en .excepter Dème cpie leur profession engageoit à une lence parCaite. On fidsoit gloire du vice^ déguise sons le nom de foiUesse humaine} / avoit même des hommes assez efFroniés ne se pas cacher de ce péché affreux, que iture ne souffre quavec horreur; en sorte de tous les peuples Chrétiens ou Mahomé* qui habitoient la Syrie et la Palestine, les itans de Saint-Jean^'Acre passoient pour les I méchans. Ainsi il ne faut pas s*étonner si ^ multitude confuse de scélérats et de ban-» >, refusa de donner satisfaction au Soudan sur plaintes qu'il faisoit, comme le proposoient chefii des trois Ordres militaires. Les infidèles, r ce refus, déclarèrent la guerre à des gens qui oient sans die£i, sans armée, sans forces, et ai ne cherchoient, dans la prise des armes, que Jnpunité de leurs crimes passés, et les occaioo$ den pouvoir commettre de nouveaux.

qui eût dû en faire la force, causoit sa foifaiesse, JLoAODs. par la division qui étoit entre les chefs de ces difiiéreDS corps qui se prétendoient indépendans les nos des autres.

Lé Grand-Maître des Hospitaliers, touché de la perte de Margat, et prévoyant, avec douleur, la ruine entière du. christianisme dans la Terre- Sainte, passa en Occident pendant la trêve, pour en tirer qqelque secours. Il s adressa au Pape Nicolas lY, qui étoit alors sur la chaire de Saint- Pierre, et lui représenta, dans les termes les plus touchans , lextrèmité à laquelle les Chrétiens de la Palestine étoient réduits, et le besoin qu'ils avoient d un puissant secours de troupes et d'argent. Mais il ne put obtenir qu environ quinze cents hommes, la plupart bandits et gens ramassés, sans courage et sans discipline. Le Pape se dispensa même de fournir, de son trésor, largent nécessaire pour les soudoyer. Ainsi le Grand-Mattre ne remporta de son voyage que des marques d'une compassion stérile, et quelques lettres de recommandation pour les princes Chrétiens, mais qui ne produisirent aucun efiet : cest que le mauvais succès de tant de croisades, où il étoit péri un nombre infini de princes, de seigneurs, et de peuples de tout TOcddcnt, avoit fort ralenti le zèle et Tardeur des Chrétiens. \a Grand-Mattre ne put donc ramener avec lui que quelques troupes levées à la hâte , et que les Vénitiens passèrent, en Orient, sur leurs galères. Ce foible secours, étant arrivé à Acre, ne .fit

qu augmenter le trouble et la division. Le Grand- ■ Maître y accablé d années, et encore plus de la Ûwvb! douleur de ne voir aucune ressource pour le salut de cet État, mourut peu après son retour: beureux en ce qu*ii quitta la vie avant que son Ordre quittât la Palestine , et qu'il ne fut point témoin de la perte entière de la TerreSainte.

Ce Grand-Mattre, pendant son gouvernement, et de Tavis du Conseil de TOrdre, fit plnsieui*s rc^lemens très-utiles. Ce fut lui qui prescrivit la forme du sceau des Grands-Maitres, et de celui du trésor ou du Conseil. On lui attribue aussi rarûde des statuts , qui défend aux frères de se «trouver en armes dans le cbapttre, ou dans l'endroit où se doit fSeiire l'élection du Grand-Mattre; et on voit, au titre dix«buit, une énumération que ce Grand-M^itre, avant que de mourir, publia des fautes et des crimes qui emportoient la privation de Thabit.

Le cbapttre, après sa mort, élut pour^Grand- Maître frère Jean de Villiers, de la lan{jue de Jiai d» France. Ce fut pendant son magistère que des "'''^**soldats Cbréticns, de la garnison d*Acre, furent '\^' cause de la rupture de la trêve. Nous avons dit lass. que ce netoient la plupart que des bandits ôt des gens ramassés de différens endroits, que le liliertinage et l'oisiveté avoicnt fait enrôler, mais sans courage ctsans discipline; et, comme ils ne rerevoient point de solde réglée, ils sortoieiit souvent de la ville, se répandoient dans la campagne, et voloicnt indifléremment les Cliréliens

470 HISTOIKE DE L*ORDKE

■ Le Soudan fit tenter la fidélité du Grande! at-

ViLLim. tre par des offres de sommes immensea. Mais le / Templier n y répondit que par la juste ndigpiation qu'il eut de ce que le Soudan 1 eftt cra capa« ble de les écouter. On faisoit, tous les jours, par son ordre, des sorties, ou un grand nombre d*infidèles périssoient; mais, malgré une si rigoureuse résistance, Melec-Seraf, qui ne manquoit pas de soldats, avançoit ses travaux; if fit tomber, à la fin , plusieurs tours, et entr autres celle qu on appelloit la Tour-Maudite , qui étoit considérée comme la forteresse de la ville. Les infidèles montèrent aussitôt à Tassant ; le roi de Gbypre, qui se trouva en cet endroit, fit forme avec les Chypriots ; il en périt un grand nombre dans cette action ; et les infidèles auroient emporté la place, si la nuit, qui survint , n'eut fait cesser lassant.

Le roi de Chypre, prévoyant qu*il auroit, le lendemain , à combattre les mêmes ennemis , et en plus grand nombre, pria les chevaliers Teutoniques de vouloir bien occuper son poste pendant la nuit, sous prétexte que ses troupes avoient besoin de repos, après avoir soutenu une si rude attaque ; et il leur promit qu4l reviendroit , le lendemain , au point du jour, les relever. Mais, . en quittant la brèche , jA se rendit au port , s embarqua sur sfes vaisseaux , et regagna son isle.

Les infidèles ne manquèrent pas, le lendemain, de revenir à Tassant; les Mamelus, soldats déterminés, montèrent gùr la brèche, tuèrent tont

DES CHBTALIER8 DE MALTE. ijt

q«i kur réaiitay accablèrent,. par leur grand

»ambre, 1« Teutmiiqncs, et pénétrèKot joa-y^.^. fQM cœur de la TiUe. Ik sen croyoient les mahfes ; mais, aux cris et ad brait qne £usoient les ^klorieux et les yainciis^ le marédial des Hospitaliers de SaintJean , par ordre da Grand* IfadUe , étant accouru à la tète d one trot^ de ckevaliers de son Ordre , les ebaii^a si brusque^ méat, qu'ils forent obligés de reculer : il y en eut un grand nombre de tués dans cette retraite fiMcée; et les Hospitaliers en précipitèrent plu«> «eun du baut de la brècbe dans les fossés.

Le Soudan , qui coœpCoit pour rien la perte de quelques bataillons , en renvoya d*autres, le aecond jour , pour renouveller lattaque : jamais combat ne fiit plus opiniâtre ; la brècbe Ait em* portée et reprise plusieurs ibis ; la nuit seule sé-> para les combattans. Les infidèles , rebutés d*une résistance si courageuse j tournèrent tous leurs efforts du càté de la porte de Saint-Antoine ; ils troufèrent, en cet-endroit, les deux Grands-* Mattres , dont la présence seule sembloit rendre anvincibles leurs cberaliers. On y combattit long* tesns avec une ardeur égale ; les Mamelus et les Hospitaliers se pvenoient corps à corps , et sem«« bloient , d*un combat général , avoir fait airtant de duels particuliers : personne ne connoissoit le péril ; chaque soldat vouloit vaincre ou mourir. Mais , comme les infidèles étoient supérieurs en Bombre aux Chrétiens, il resla, à la fin , peu de monde pour la défense de ce poste; et le maré^

i-]2 • HISTOIRE DE LORDRE

■ " ~ chai des Hospitaliers , chevalier d'une haute va-

luiEu. leur, étant tombé de plusieurs coups qu'il reçut en méme-tems ,' le Grand-Maitre des 'Templiers adressant la parole à celui des Hospitaliers : ■ Nous ne pouvons plus tenir, lui dît-il, et la a ville est perd be , si , en attaquant le camp même X des ennemis , vous ne trouvez moyen de caïuer «une diversion qui rallentisse leur ardear, et oqui nous donne le tems de fortifier le poste " que nous défendons. «

l« Grand7Maitre des Hospitaliers prit avec lui ce qu^il trouva de ses chevaliers en état de monter à cheval , partit sur le champ ; et , étant sorti par une porte opposée à l'attaque, il se flatta de surprendre le camp ennemi; mais on y faisoit trop bonne (jarde. Le Soudan , pendant l'assaut, avoît fait n^onter à cheval toute sa cavalerie; le Grand-Ma'itre,' qui n'avoit pas cinq cents chevaux, se vit bientôt chaîné, et obligé de se retirer. Comme il rentroit dans la ville, il apprit, avec douleur, que le Grand*Maltre des Templiers venoit d'être tué d'une flèche empoisonnée ; que ta plupart de ses chevaliers avoient été taillés en pièces, et que l'ennemi, maître de la ville, y mettoit tout à feu et à sang. iigi. Comme il ne lui restoit plus d'autre parti que de sauver au moins sa troupe, il tourna du côté du port, quoique toujours poursuivi par les infidèles: t't, ayant jette beaucoup d'albaiêtriers dans (les barques, à la faveur des flèches qu'ils ttroient continueUement sur la cavalerie dusou-i

dan , il fit embarquer ce qu il avoit d^Hospitaliers ~— avec lui , dans une caraque qui appartenoit à viLum. rOrdre, et gagna Tisle de Chypre. Trois cents Templiers , qui a voient échappé à la fureur des infidèles , ayant voulu se rendre sur le port , furent coupés. Ces généreux soldats de Jésus-Christ, ne pouvant percer cette foule innombrable d'Égyptiens qui remplissoient toutes les rués, se jettèrent dans la tour du temple pour s^ ensevelir; plusieurs femmes, et filles de la ville s'y étoient déjà réfugiées ; les Templiers se barricadèrent aussitôt, et tinrent plusieurs jours. Le Soudan fit miner cette tour, et les Templiers ayant reconnu qu'elle ne portoit plus que sur des appuis de bois , auxquels on pouvoit mettre le feu à tous momens, ils convinrent den sortir, à condition qu on leur laisseroit libre le passage du port ; qu on factliteroit leur embarquement ; et qu'on conserveroit l'honneur des femmes et des filles. La capitulation étant signée, ils ouvrirent les portes de la tour; mais les premiers soldats ennemis n'y fbrent pas plutôt entrés, qu ils entreprirent de faire violence aux personnes du sexe. Les Templiers, indignés de leur brutalité et de leur manque de parole , mirent 1 épée à la main , taillèrent en pièces ces insolens, fermèrent les portes ; et , quoique leur perte tut inévitable, ils ne voulurent plus entendre parier de capitulation.

Ijes infidèles, lepée d'une main , et une échelle de lautre , se présentèrent pour monter à l'esca-

lade. Les murailles, en un instant, forent cou- Tnunf. vertes de soldats , qni tâcboient dfen gagner le haut; mais, comme ces murailles étoieat ninées, ainsi que nous venons de le dire, les up^ puis manquèrent , la tour croula avec un bruit épouvantable , et ensevelit sous ses mines ïinfidèle comme le Tem^ier. Les femmes et les filles qui s'éloient enfermées dans cette tour, earent le même sort; et eUes préférèrent une mort bonorable au péril qu elles auroient couru, si dles étoient tombées sous la puissance de ces barbaves , encore plus odieux par leur brutalité et par leur débauche , que par leur craaacé(i).

Un couvent entier de religieuses, de l'Ordre de $ainteC!iaire , ne montra pas moins de coarage. Ces saintes vierges se défigurèrent en éii^ rentes manières , avec plus de soin que les femmes de ce siècle n'en prennent à s'embellir par des couleurs étrangères. Les unes se coupèrent le nez ; d'autres s'enfoncèrent des ciseau dam les joues ; toutes avoient le visage couvert de sang; et, dans un état si affreux, les infidèles , ne voyant que des objets qui faisoient horreur , les massacrèrent impitoy aUement ; et, par lenr mort, mirent ces diastes épouses du Sauveur du Bionde à couvert de leur insolence. Plot ^^ soixante mille personnes périrent dans Saint- Jean -d'âa«, ou denaeurèrent esclaves des iofi« dèles.

(f ) Uem SsBuc. Kb. m.

DES CnSVALIERS DB MALTt. 4?^

I^e Soudan , pour ftiire perdre aux Chrétiens

d'Ooddent Te^ranoe de se rétablir jamais dans viurm. cette Tille, la fit raser avec Tyr, Sidon et tontes les ailles le long[ de la côte , dont il se rendit maltr^ Ce qui restoit d'Hospitaliers , de Templiers, de Teutoniques , dans quelques châteaux qui leur appartenoient , ne pouvant s y maintenir contre une puissance si formidable, les abandonnèrent, et sembarquèrent pour t&cher de gagner Tisle de Chypre. On prétend que de {dus de cinq cents Templiers , qui avoient soutenu si courageusement le siège d*Acre , il n en échappa que dix , qui , s étant jettes dans une barque 9 abordèrent heureusement le long des c6tes de Tisle de Chypre. Les chevaliers Teutoniques, ayant recouvré quelques vaisseaux , et ne voulant plus rester en Orient , retournèrent en Europe , et se rendirent en Prusse et dans la Livonie, dont leur Ordre jouissoit à titre de souveraineté. Mais les Hospitaliers et le peu qui restoit de Templiers, dans Tespérance de pouvoir, à la faveur de quelque croisade, rentrer dans la Terre^inte, n en voulurent point aban« donner le voisinage; et, en attendant quelque nouveau secours de TEurope et des religieux de leur Ordre , leurs députés obtinrent du roi de Chypre , pour retraite , la ville de Limisso , où ils se rendirent successivement, et selon qu'ils pouvoient échapper à la cruelle poursuite ^^es Sarrasins.

CéCoit un spectacle bien touchant de voir ces

476 HISTOIRE DE l'oRDRE , etc.-^

braves chevaliers, tout couverts de blessares, ViLLiERB. sortir de leurs vaisseaux avec une contenance conforme à leur fortune , et pénétrés de douleur d avoir survécu à la perte entière de la Terre- Sainte.

FIN nu TROISIÈME LIVRE.

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