‹ Œuvres choisies de l'abbé de VertotChapitre 3 sur 19 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

PLACÉE Elf TÊTE DE LA PREMIÈRE ÉDITION DE LBI8T01RE DE L*ORDRE DES CHEVAUERS DE MALTE.

Je ne sçais si ce dernier Ouvrage que je mets au jour, Hn bien reçu du Public; et quoique, pour mencou«n -ler dans une si longue carrière , on m'ait quelquefois &iaé d^un heureux succès , je counois trop bien ma propre fbiblesse, et les difficultés d'une pareille entreprise, pour ne pas me défier de ces préjugés trop fevonUes. Car, ontfe qu'il a fallu remonter plus de six cmu ans dans les siècles passés, j'ai été encore obligé de rliercber, dans une antiquité si reculée, des commencemens qui ne se montrent guères, et par conséquent peu capables de satisfaire la curiosité des lecteur». Quelque peine que j*aye prise, et quoique j aye employé plusieurs années à la composition de cette Histoire, j'avoue que ce n'a été qu'après l'avoir finie , qur je me suis apperçu combien j'étois éloigné de la perfection que demande un pareil Ouvrage.

Il est vrai que si, sans se rebuter die ces commen* ccmens ou obscurs , ou peu intéressanSi on passe à

ij PRÉFACE.

des siècles voisins de ces premiers tems, on setrouirc! dédommage par de grands exemples de piëtë, joints à des actions qui partoient de la plus rare valeur ; et que la singularité de la matière pourra suppléer à ce qui manque, de ma part , à la forme que j'y devois donner. Il s agit, danscette Histoire 2^ d un Corps célèbre de Religietiz^ renfermés d'abord dans un hôpital, et qui, malgré les soins pénibles et Iiumilians des pauvres et des malades , se trouvant encore assez de sèle et de^ forces pour prendre les armes contre les Infidèles , ennemis déclarés du nom Chrétien, sçurent allier les vertus différentes de deux professions si opposées.

L'habillement de ces Religieux militaires é|ok sîm-» pie et modeste ; ils réservoieiK la magnificence pour romem^nt des autels ; les pèlerins et Les pauvres pro-* fitoient de la frugalité de leur lable. Ils ne sortoîent d'auprès des malades que pour vaquer à la prière , ou pour marcher contre le3 ep^emis de la croix : cetta croix étpjt tout ens^ipble leur habit et leur étendards Nulle ambition d^ps pp Corps guerrier, ou Ton ne p^rvepo^t aui^ jdignitéa» qpe p^r le cherai» d^e la vertu : la charité , 1^ première de I^mts obligations Qt des vertus du Christianisme» ne les abandonnait pas ipéme çoptre les ipfîdèles : ^%t quelque av^pt^ge qu'ils remportassent dans les combats» copienfi die désa^rmer ces barbares, ils ne chorchoient , dans le /sein mépie de la victoire , qu'à l^s convertir ou du pioîns à les pnettre hors d'état d^ nuire aux Chrépens.

Tel a ét4 l'âge d'or de l'Ordre ie 'Siîpt-J#w de Jé«

PBËFACE. IIJ

Je ne prétends pas que> dans la suite des chevaliers ne se soyent point relâchés quelfoefois de la pratique austère de tant de vertus si dif* fcreues : on ne sçait que trop que Thomme de guerre a éoavent fait disparoltre le reUgieux. Ce changement les mœurs forme, de tems en tems» dans ma nar- » des nuances qui n'échapperont pas à la pénétratum du lecteur. Mais» nialgré cet efFet de la foiblesse ï, si Famour de mon Ouvrage ne me séduit j je ne crois pas que , de tous les Ordres Miliuircs répandus en difiFérentes contrées de la Chréé, il s en trouve aucun où le désintéressement, la é des mœurs; et Tintrépidité dans les plus grands pml« , où , dis-je» ces vertus ayent été si long*tems eii koaneor, et où le luxe et Tamour des richesses et des pbîflirs se soyent introduits plus tard.

Je ne rapporte point, dans cette Histoire, certains fjits merveilleux quon trouve dans les Annales de rOidre, tels que la conversion d*une princesse Sar- HMoe, appellée Isménie, d'une rare beauté comme tootes les héroïnes des anciennes Chroniques, et que 1 auteur transporte, en une nuit, de TÉgypte en Pîcar» die« avec trois chevaliers, tous trois frères, qui avoient eu beaucoup de part à sa conversion : pieuse fable qu*il but renvoyer avec tant d autres qu on trouve «Uns les anciens légendaires, mais dont les circons- Unoes sont plus propres à réjouir des libertins, quà édifier les gens de bien.

Cette Histoire contient treise livres de narration ,

iv PRÉFACE.

dont le dernier finit à la mort du Grand -Mattre Jeaa de la Vallette, arrivée en i568. Le quatorzième est par forme d'Annales, et renferme sommairement ce qui 8*est passé de plus considérable depuis 1 568 jus* qu aujourd'hui. Le quinzième livre est un Traité du Gouvernement de TOrdre.

HISTOIRE

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