JOUBERT
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- la même chose ; et il se disoit Seigneur de ^ Montagne^ par rapport aux pays montueux qù ces bandits occupoient.
Mais, sous un titre et une qualité si modeste ce chef d'assassins jouissoit dune autorité plu^ absolue que celle des plus grands rois. Sa puissance étoitd autant plus solide, quelle étoit fondée sur un principe de religion, et quon élevoi^ ce peuple féroce et ignorant, dans la croyancd que, s'ils mouroient dans lexécution des ordres de leur chef, ils alloient prendre les premières places dans un paradis délicieux (i). Le Seigneur de la Montagne se servoit de ces ^malheureux pour se défaire de ses ennemis particuliers. Ils alloient poignarder les princes même et les souverains, jusques dans leur Palais et au milieu de leurs gardes. C'étoit comme une école et une académie d assassins ; et la crainte des toarmens les plus affreux n^empèchoit point ces barbares d exécuter de si cruelles commissions.
Pour ne se pas rendre suspects, ils ne portoient point ordinairement d autres armes quun poignard, appelle, en langage Persan, Hassidn: on leur en donna le nom , dont nous avons £giit le mot d'assassin. Ce petit État ne consistoit qu en
(i) Will. Tyr. lîb. XIV, cap. 19; Hb. XX, cap. ai.- Mauh, Paris sur Tan 1 i5o. — Will. Neub. lib. IV, cap. a4.
— Idem, lib. V, cap. 16. — Jacques de Vilri, lib. I, cap, i3 et 14. — Idem , lib. III, p. 1 126. — Voyez les obserTations de Ducançe sar l'histoire de SaÎDt-LouiSy p. 87, édit. de
<{Ddfiie8 châteaux bâtis sur la croupe des mont^goeSy ou sur des rochers inaccessibles; mais il 1 aïoit , dans les gorges de ces montagneset dans '"» vallées j un grand nombre de villages habités ' ir plus de soixante mille hommes , tous cruels , ioatiqoes , meurtriers par principe de con-
* teoce , et si déterminés , que la plupart des prioces voisins , beaucoup plus puissans , n o«- *^'i«fit cependant leur iaire la guerre. On rapjt'rte qu un Soudan de Damas ayant fait dire , far son envoyé , à un Seigneur de la Montagne , sppdié Hacen , quil ruineroit son petit État , 'il ne lui payoit tribut, ce chef des Assassins, ^Qs lui répondre, commanda, en présence de cet envoyé , à un de ses sujets de se précipiter du haut d'une tour, et à un autre de s enfoncer un ^>ignard dans le cœur, et qu ils obéirent à Tinst^t. Alors Hacen se tournant vers lambassa* «!ear, qui navoit vu quavec frayeur un si urange spectacle: «Rapporte a ton maître, lui
* dit-il , que j ai soixante mille hommes aussi dé- - voués à mes ordres que ces deux hommes. » ^« dq>uis ce temps-là, le Seigneur de la Moutarde nentendit plus parler des prétentions du ^odan. D*autres historiens prétendent que ce tut 00 comte de Champagne, qui, allant, avec UQ lauf-conduit du Seigneur delà Montagne, de Tyr à Antioche , et passant par ce petit État, fut (rmoin d*un si horrible spectacle.
l^ plupart des souverains , Chrétiens et Makooiétans, pour se soustraire à la fureur de ces
JODtUT.
JOUtEftT.
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Assassins, enToyoient des présens magnifiques ^ leur chef. Ijes Templiers, qui occupoient il4n'\ places voisines de leur pays, étoient les seuls qi^i eussent osé leur faire la guerre , et tâché de put cj ger la terre de ces monstres. Mais comme ccd barbares, qui auroient pu s en venger sur Ici Grand^Maitre de cette religion , n ignoroient pa^ que l'Ordre, gouverné en forme de république ne finiroit point quand ils en auroient tué le chef, et qu'il seroit aussitôt remplacé par un successeur aussi animé à leur faire la guerre , pour obtenir la paix , ils s'assujettirent, à la fio^ à payer, à l'Ordre, un tribut de deux mille écu9 d'or par au.
Le Seigneur, qui comtnandoit alors dans ces montagnes, soit par un motif de religion, soit pour s'affranchir de ce tribut, envoya un ambassadeur au roi de Jérusalem ^ pour lui témoigner qu'il étoit prêt à se faire baptiser avec tous ses sujets , si les Templiers vouloient les décharger de oe tribut. Âmaulry reçut avec joye cette proposition, promit rextinction du tribut, dont il s'engagea d'indemniser les Templiers, combla de présens l'envoyé, et, à son i^etour, il le fit accompagner, dit Guillaume de Tyr, par un de ses gardes qui avoit ordre de le conduire jusques sur les frontières de l'État. Us avoient déjà passé Tripoli , et ils étoient près d'entrer dans les dé* troits des montagnes, lorsqu'un Templier, appelle du Mesnil , emporté par l'animosité qui étoit depuis si long-temps entre les Chrétiens et
l^iMMsins , et nans égard ni à la foi publique, .•(.ilasauve-garde du roi, passa son épée au '.'jiers du corps de lenvoyé , et le tua sur le
imp. * ,
< ^Q né peut exprimer la colère et Tindignation
j roi, quand il apprit qu on avoit violé si mal-
'^ureasement le droit des gens, sur-tout à l'égard
uo chef de bandits, qui, pour user de repré*
iilles, ne manqueroit pas d'assassins. Il envoya
'mander aussitôt le criminel à Odon de Saint*-
^inaod, alors Grand-Mattre de cet Ordre; mais
'Mon le refusa, sous prétexte que son religieux
t^toit pas justiciable des officiers royaux. Ce
«^t pas qu il ne convint du crime que le Tem--
if r avoit commis ; il lavoit même fait arrêter
* mis dans les fers. Mais comme il sagissoit de
i compétence des juges , et qu'il prétendoit que
^Templiers ne relevoient que du Pape, il dé*
«ni qu'il alloit envoyer, à Rome, le criminel
i^rgé de chaînes, et qu en attendant son juge-
^^Qt , il défendoil , sous peine d excommunica*
'i^'H. et conformément aux privilèges de TOrdre,
^ *iui que ce fïit, d attenter à sa personne.
1^ roi, sans s arrêter à ces protestations, fit "lever le criminel, et le fit conduire, à Tyr, dans ^**^ prisons : et ce prince , pour satisfaire à sa '"^'(Cf et au ressentiment du Seigneur de la Montagne, en auroit fait faire une punition Memplâire , si la mort , dont il fut prévenu ''àu% cette conjoncture , n'avoit sauvé la vie au prisonnier.
JOUIUT.