LIVRE SECOND
Lrs Hospitaliers D*eurent pas plutôt rendu les
niiers devoirs au Grand-Maitre, qu ils s assem-
• rent pour 1 élection de son successeur. On
f'^posa, pour remplir cette place, frère Auger Avoei db
< Balben. Le désintéressement, la modestie et ^^"■■*
'ine rhumilité (i) qui régnoient dans ce pre-
M«T siècle de l'Ordre, empêchèrent quon ne
• t paroitre aucun concurrent. Balben fut élu
: ir acclamation , et avec les suffrages unanimes
" tout le chapitre. Cétoit un gentilhomme
' : ioçais de la province de Dauphiné , ancien
"»nipagnon d armes de Raimond Dupuy, révéré
' tni» rOrdre par sa piété et par sa prudence, et
•fit les avis étoient duo grand poids dans le
^ >nsei! même du roi.
I. histoire nous en fournit une preuve au su- -t du schisme qui s'éleva, dans leglise, après i i mort du Pape Adrien IV. Le cardinal Roland, ' laDcelier de leglîse Romaine , avoit été élevé Mir la chaire de Saint-Pierre, par les suffrages ••«' la plus grande partie des cardinaux , et il en t ttit digne par sa piété et par une grande expérirnce, dans le gouvernement de leglise, où il
I Ad hoc etiam milites templi llierosolymitanî , ac fra-
"«tir botpitali aob religioso liabitu contioentèr viventet,
•«'pie te mulliplicando , in relî^ostcate se defendebant.
rvm, Gml. de Nantis.
lO.
l48 HISTOIRE DE LORDAE
""■^"^ avoit toujours eu beaucoup ^e part. Il prît 1( fiALBS2(. nom d'Âlexandi*e III. Cependant, au préjudia d'une élection si canonique, le caixlinal Octavien, emporté par son amhilion, et soutenu par la plupart des sénateur^ et des grands de Rome, ses parens, seloit fait nommer Pape, sous le titre de Victor III, par les cardinaux Jean de Morsôn , du titre de Saint-Martin , et Guy de Crème, du titre de Saint- Calixte. LVmpereur, qui, dans ses démêlés aVec la Cour de Rome, avoit éprouvé la fermeté du cardinal Roland , favorîsoit l'intrusion de Fanti-pape; les rois de France, d Angleterre, de Naples et de Sicile, se déclarèrent pour Alexandre. Cette concurrence partagea toute leglise , et produisit le schisme funeste dont nous parlons.
Le Pape, qui désiroit detre reconnu par 1 église Làlinc de TOrient, y etivoya pour Icgat, Jean, prêtre, cardinal du titre de Saint-Jean et de Saint- Paul. Des vaisseaux Génois passèrent le légat dans la Phénicie, et il débarqua à Gibile, quon appelloit autrefois Gébal. Il envoya aussitôt au roi une copie de ses pouvoirs, et demanda à ce prince la liberté d'exercer sa légation dans tout le royaume. Mais, comme les avis se trouvèrent partagés dans le Conseil, le roi lui fit dire de rester à Gibile, jusqu a ce qu^il fut mieux instruit de ce qui s etoit passé dans Télection des deux 1161. prétendans. Cependant oif convoqua un concile à Nazareth , où se trouvèrent Amaulry , patriar- 11^ che de Jérusalem, Pierre, archevêque de Tyr,
DES CHEVALIERS DE MALTE. l49
tou* les évoques de la Palestine , et les Grands- Maures des deux Ordres militaires. Le roi y vou- Bàtiui. 'uc aisiscer avec son Conseil et les principaux ^. ,oeurs du royciume.
Il étoit question , dans cette assemblée ^ de dé-
:<ler 80US quelle obédience la Palestine se ran-
f-roit. lies avis se trouvèrent partagés; les uns
*^ <i<*clarèrent en faveur d'Alexandre, et d autres
I préferoient lanti-pape. Outre difFérens faits
iiU alléguoient pour justifier que son élection
'-'Ht canonique, ils représentoient que ce cardi-
•' il, du vivant d'Adrien y a voit toujours défendu
j^rr un (>[rand zèle les intérêts de 1 église et du
^rpô de la Palestine. Mais on a pu voir, dans
livre précédent, que ce prétendu zèle n avoit -'>^iiitiqua se déclarer, avec le cardinal de Sainte Martin, dans l'assemblée de Fércnto, contre les H'»«|Htalier8.
Tel étoit le principal motif qui attacliok i'Hques évèqucsau parti du cardinal Octavien. 1^ roi, qui craignoit que cette diversité de sen- Umen$ n'introduisit le scbismc dans ses État», ^'"vrit un troisième avis. H proposa , aux pères •iu concile, de ne se déclarer pour aucun des |>n*tenilan8, jusqu'à ce que l'église , dans un conùle nêoéral, en eût décidé; ipie cependant, en ")Q«iHération du mérite du légat, on pourrojt î-^' permettre d'entrer dans Jérusalem , d'y faire "Stations, et de visiter les lieux saints; mais, "J qualité de particulier , et saus exercer aucun ^ te de sa légation.
l5o HISTOIRE DE LORDRE
" «Le schisme ne fait que naître, lui fait clin
Balbbh.* " Guillaume de Tyr ; on ne connoit point enco fi «Passez distinctement de quel côté est le l>o{ «droit. Pourquoi , dans une affaire de cette iiii « portance, se déterminer si promptement? D'ail «leurs, ajouta ce prince, quel besoin a rc{;li8i «de la Palestine dW légat, officier de la Coui « de Rome? Ne sçait-on pas que ses semblable] « n entrent jamais dans un royaume, sans ruij « ner les églises et les monastères par leurs exac i « tions? Et TÉtàt, épuisé par les guerres conti- «nuelles quil faut soiitenir contre les infidèles , « pourra- t-il fournir les sommes immenses qu'on «exige, sous prétexte de subvenir aux frais nê^ « cessaires de la légation ? »
Un motif si pressant, qui intéressoit particulièrement le clergé , et appuyé par un prince révéré pour ses grandes qualités, ramena la plupart des évéques à son avis, et il auroit passé tout dune voix, si larchevèque de Tyr(i), soutenu du Grand-Mattre des Hospitaliers, ne s y fin généreusement opposé. Larchevèque représenta, avec beaucoup de force, que lelection d'Alexandre étoit canonique, faite avec le consentement <le la plus saine partie du clergé et du peuple de Rome ; que le trouble qu un carditial ambitieux excitoit dans leglise, ne dispensoit point les fidèles de lobéissance actuelle que tous les Chrétiens dévoient au légitime vicaire de Jésus-Christ,
(i) Bof». lib. VL
DES CHEVALIERS DE MALTE. l5l
▼oye de suspeDsion , dans cette occasion ,
ar ■Mtioit point leur conscience en sûreté ; et Bài fa a son égard, il étoit résolu d adhérer à un I^ape €fai avoit eu, dans son élection, la plus partie des suffrages des cardinaux, et les de Ions les gens de bien. Enfin , ce prélat parla avec tant de zèle et de fermeté, que le roi •c mulit à son avis. Le légat fut admis dans le my aame ; mais il n y eut pas long-temps exercé ^^ fooctions , et exigé les droits de sa légation , ftUM être à charge à ceux même qui , d abord , à^ oient témoigné plus d empressement pour sa recrption : ce sont les propres termes de GuilwMune , archevêque de Tyr.
Le patriarche de Jérusalem écrivit en son nom , n au nom de ses suffragans, au Pape Alexandre, pour lui iaire part de ce qui setoit passé, en sa tavenr, dans le synode de Nazareth. « Ayant ap-
• pris^ lui dit*il dans sa lettre, que votre élection
• a été feûte par un concours unanime du clergé
• et du peuple , nous lavons louée et approuvée;
• et, en conséquence, nous avons excommunié
• Octavien avec les deux cardinaux Jean et Guy, « et leufs (auteurs (i)t et nous vous avons élu et
• rei^ unanimement pour seigneur temporel et
• père spirituel. »
Je ne doute pas qu on ne soit étonné de voir
(i:Ép. Urb. II, apiid Ughel, lib. I, t. 3, pw 43a. — Êp. Adrian. IV, toro. lo. — ConciLédîL Coasart.p. i i44*'-:JeaQ de Sslisbm, lietalog. lY. c olcimo. ^ Matt Paris, ad Il 55.
i5j histoire de l'ordre
— -~- que ce patriarche donnoit au Pape, en préscneil Balieit. même du roi, ce titre de seigneur temporel; niaiâ on en sera moins surpris, si on fait attentiou que la Cour de Borne avoit autrefois tâché cl^ê— | tablir pour maxime, que toutes les conquêtes que les Chrétiens faisoicnt sur les infidèles, <'t que les iles sur-tout où le christianisme setahiissoit, appartenoient, de droit, au Saint -Sic{;e ; que les Papes en étoient les premiers souverains; et que les autres princes n*en jouissoient qu a titre de suzeraineté. On sçait quels égards on a , aujourd'hui, pour ces prétentions ultramontaines. Si nous en croyons fiosio , tous les Hospitaliers, par leur attachement pour le Saint- Siège, eurent beaucoup de part à la prompte obéissance que 1 église de la Palestine rendît à Alexandre III.
Le Grand-Maitre de cet Ordre ne fut ni moins habile, ni moins heureux à terminer un fameux différend qui s éleva, peu après, dans ce royaume, touchant la nature du gouvernement. Le roi Baudouin III ayant été empoisonné , à Tàge de trente-trois ans , et après vingt ans de règne, par un médecin Juif ou Arabe, les ministres ou les capitaines de Noradin lui proposèrent de profiter de cette conjoncture, et de porter ses armes dans la Palestine. « A Dieu ne plaise, leur répon- M dit ce généreux prince , que je me prévale du u malheur des Chrétiens, dont même, après la « mort d un si grand roi , il n y a plus rieq à K craindre. »
DES CHEVALIERS DE MALTE. l53
Iroclottio étant décédé sans cnfans, Tusagc
tiMi dans le royaume , depuis la mort de Go- BlLBc^. :• ^roy de Bouillon, appelloit à sa succession le ii63. ::ioce Amaulry, son frère. Mais quelques sei- "'^*|'^'^- Tienrs qui aspiroient secrettement au trône de i^vnrr •^ruAalem , soutinrent que , par l'exemple même ' '^^' * . * Godefroy de Bouillon , la couronne étoit pu- "'fiieot élective. Ils ajoutoient que, si ses succès- ^urs en avoient hérité, çavoit été moins par les ''•»Uai de leur naissance, que par les sentimcns i-^ime pour leur valeur, et de reconnotssance -mr les services importans quils a voient ren- . I» à IlÉtat, en un mot, que la couronne ne de- *.»it être que le prix et la récompense du mérite 't de la valeur.
Plusieurs gentilshommes , sans avoir de si iiiutes prétentions que ces grands (i), ne lais* * i<*nt pas d'adhérer à leur parti, par la crainte 4iJon leur avoit inspirée du gouvernement du / une Amaulry, prince, à la vérité, plein de cour tf*e, hardi, entreprenant, et même d*un génie «(ipericur; mais fier, hautain, présomptueux: •i« fauts ordinaires à la jeunesse; et, ce qui étoit l'-u< surprenant à cet âge, avare, et soupçonné fit! M trouver injuste aucun des moyens qui pou- ^ oieat contribuer à grossir son épargne.
Cependant ce prince n etoit pas sans partisans: toiu ceux , parmi la noblesse et les gens de guerre, •f li avoient reçu des bienfaits de sa Maison , y
;t, Wîl- Tjr. lib. XIX, chap ii.
l54 HISTOIRE DE L'oRDRE
. étoicnt inviolablement attachés : le clerçé et 1^
Balbcn. peuple, qui révéroîent la mémoire des rois Foul4 ques et Baudouin , se déclarèrent hautemeni pour Amaulry. D ailleurs, comthe il jouissoit, à titre d apanage, des comtés de JafFa et d'Ascalon^ il se vit bientôt à la tête d un puissant parti : et celui des grands commençoit à s'afFoiblir par la diversité et la concurrence de leurs intérêts eti de leurs prétentions.
L'un et lautre parti ne laissoit pas d'armer, et il sembloit quun aussi grand différend ne se termineroit que par la force; mais les plus gens de bien, et qui prévoyoient, avec douleur, les suites funestes d'une guerre civile, s entremirent pour raccommodement. Le Grand -Maître des Hospitaliers y eut la principale part. Ce sape vieillard , encore plus respectable par sa valeur que par son âge , représenta aux grands , les plus jaloux et les plus entêtés de leurs prétentions, que la division quils entretenoîent dans le royaume, alloit ouvrir aux Sarrasins et aux Turcomans les portes de Jérusalem ; que la couronne, quils refusoient de mettre sur la tête d'Amaulry, passeroit infailliblement sur celle de Noradin ou du calife d'Egypte, « Et si ce malheur u arrive, leur dit-il , que deviendrez- vous ? Escla- «ves des inBdèles, et le mépris des Chrétiens, « on vous regardera comme des perfides et d autf très Judas, qui aurez livré, une seconde fois, « le Sauveur du Monde entre les bras de ses en- « nemis. «
DES CHEVALIERS DE MALTE. l55
Lr Grand-Maître, par de scinbUbles discours, — — — ijoc a bout de calmer cet orage, et de ramener balbex. uueimbleiiient ces seigneurs dans le parti du .riiice; et » après quelques négociations où cha- •|ur mécontent eut soin de ses intérêts particu* •iHN, Ha furent tous, en corps, assuner Amaulry .'- leur soumission. Ce prince fut ensuite couronné, dans leglise du Saint - Sépulcre , le 18 .Mricr de Tannée ii65; et tous les États du'^^T"*' royaume lui prêtèrent solemnclleiuent serment îe'lidélité.
lie Grand -Maître, accablé d années, survécut p^ à cette auguste cérémonie , qu*on pouvoit rrf;arder comme son ouvrage. A peine avoit-il '.ouvefoc deux ans son Ordre, quil fut surpris |iar la mort ; mais, après avoir contribué si lieureu«ement à la paix de leglise et de FÉtat, il. a voit a*>«E vécu pour sa gloire.
1x9 Hospitaliers firent occuper sa place par *nTe Arnaud de Comps, chevalier d'une Maison AjwâOD iUu5tre dans la province de Dauphiné , et qui nrtoit pas moins âgé que son prédécesseur. A peine ce nouveau Grand-Maître cut->il pris pos- N^ion de sa dignité, quil se vit obligé de sa- %aooer vers la frontière , a la tètë des Hospitaliers. Uecoit question de s opposer à de nouvelles in* <^nMonsdes Sarrasins. Nous avons dit que, depuis que le roi Baudouin III se fut rendu maître (i.\i»calon, le calife Ëlfeïs, pour se délivivrdes courses continuelles que la garnison de cette place et celle de Gaza faisoient sur les frontières,
l56 HISTOIRE DE l'oRDRE
setoit engagé rie payer, aux rois de Jérusalem ^ deComw. certaines sommes, par forme de contribution. Mais le calife Adhed, successeur d'Elfeïs, ou poi 1 1' mieux dire, Schaours ou Sannar, qui, sous le titre de Soudan, gouvernoit TEtat avec une autorité absolue, refusa hautement de continuer à payer cette espèce de tribut ; et, pour rompre avec éclat un traité honteux à sa nation , il se mit à la tête d'un grand corps de troupes, et ravag^ea, à son tour^ les frontières de la Judée.
Amaulry^ brûlant ffimpatience de se venger de l'infraction d'un traité fait avec cette nation, rassemble ses forces , convoque la noblesse et les deux Ordres militaires , et savance à grandes journées pour repousser rennenij(i). Tout se préparoit, dé part et d autre, à une guerre sanglante, lorsqu'il s éleva dans TÉgypte des troubles et des guerres civiles, qui obligèrent le Soudan à abandonner la frontière, et à ramener ses troupes dans le royaume. Mais le roi de Jérusalem ne sçut pas profiter d'une retraite si précipitée.
Pour Tintelligence de ce point d'histoire , il faut se souvenir de ce que nous avons dit dans ^ le livre premier de cet ouvrage, que, depuis la mort de Mahomet, il s etoit élevé dans cette secte, et dans la famille même du faux prophète, plu* sieurs princes, chefs de différentes dynasties, qui, sous le nom de califes, se prétcndoient hé-
(4) Will. Tyr, lib. XIX, cap. 3.
nijcn fies États île Mahomet, et les véritables ,
r^iprèies de sa loi. bous ce prétexte , et pour w Comm.
."i^tiir leurs sujets sous leur obéissance , ils
-.«••ient publié ilifTercns coniineutaires, et des
".plications de ralcoraii, souvent contraires et
•poaëes. Abulabbas, surnommé SaiFah , un des
- ut»-tîU de Mahomet, ou du moins issu de la • aie famille, ayant été proclamé calife, donna rommencement à la dynastie des Abbassides,
. Il ^VtaMirentàBaf^dad. Ilyeuttrente-septcalifes • lYtce famille qui succédèrent les uns aux au- : -^ »anb interruption; et ils étoient reconnus, . tr tous les Mahométans de TAsie, et sur- tout ^ ir les Turcomans Selgcucides, pour les succès- «* iirs lt*{;itimes de Mahomet.
Vers Van de Jésus- Christ 908(1), la dynastie
- ^ Fatimites, cest-à-dH*e des princes qui pré- '• fitioient descendre, en ligne directe, d*Ali et de i itînia, Klle de Mahomet, commença en Afri- -t^»; et, soixante-quatre ans après, le calife Moëz i^inillab entra en É(^ypte, s en rendit le maître, ht reconnoitre la doctrine d*Ali pour la seule orthodoxe, et défendit qu*on eût à -suivre celle •Hhnar et des califes Abbassides qui résidoient A Bagdad , avec lesquels ce prince et ses saçces- M-ur», josqu au tenip» d*Adhed, dont nous venons dr parler, entretinrent un schisme continuel.
Cette variété de sentimens dans l'explication ^ Talcorao , ces disputes, ces schismes, et sur-
' I , Béçire 096. — * Will. Tyr. lib. XIX , cap. ao.
tS8 histoire de L*0RDI(E
— "—"^ tout ces généalogies, la plupart fabuleuses, ne^ DE CoMM. toient inventées, par ces princes, que pour imposer au peuple, et pour autoriser leurs usurpations; mais ceux dentr eux dont lempire étoit bien ai^ fcrmi, s en moquoient. C'est ainsi quun certain Thabetheba ayant demandé au calife Moëz , de quelle branche de la Maison d'Ali il sortoit, ce prince, qui étoit alors à la tète d'une puissante armée , tira son sabre du fourreau , et le faisant briller à ses yeux : « Voilà, dit-il , mon père , ma ic mère et mes ancêtres ; n et jettant à pleines mains des poignées d^or à ses soldats : u Voilà , « ajouta- 1- il , mes enfans et toute ma postéa rite. »
Mais les descendans de Moëz , amollis par le luxe et les délices, abandonnèrent insensiblement le gouvernement de TÉtat , et le commandement des armées à un premier ministre, qui, sous le nom de Soudan, et comme nos anciens maires du Palais, gouvernoit avec un pouvoir absolu. Ces ministres, qui , d abord , n avoient quen dépôt lautorité souveraine, se rendirent bientôt indépendans; ils. tenoient les califes relégués» <lans le fond d'un Palais, au milieu dune troupe de femmes et d eunuques , et enchaînés , pour ainsi dire , dans les plaisirs. On leur avoit seulement laissé quelques apparences de la souveraineté; la monnoie étoit encore frappée à leur coin ; ils étoient nommés les premiers dans les prières publiques ; il falloit même que le Soudan reçût, de la main du calife^ Tinvestiture et les
DES CHEVALIERS DE MALTE. l5g
de sa dignité. Mais ces prérogatives ne
« î'ûdoient pas plus loin que le cérémonial, db Comn.
(r^ cailles nosoient refuser les lettres de sou-
•.a a celui de leurs sujets qui se trouvoit le
iii fort : et ces princes étoieut si malheureux ,
je, dans la nécessité 4c recevoir un maître ^
» n avoîcnt pas même le choix de leurs ty»
"^nnar ou Saver , dont nous venons de parler,
»ic alors revêtu , en Egypte, de la dignité et de
iiitortté de Soudan. Ce ministre , dans le temps
- ;'-me qu*il se préparoit a attaquer les Chrétiens,
^ \it tout d'un coup dépouillé de sa dignité^ par
• !<- puissante faction qui setoit formée contre 1 : et un Sarrasin , son ennemi , et chef de cette ■njuration, appelle dUargan, prit sa place et
commandement de Tarmée. Il savança aussi* V contre le roi de Jérusalem ; on en vint aux iaitns; les Égyptiens demi-nuds, et la plupart nsa.
* ui» autres armes que leurs arcs et leurs flèches, ne résistèrent pas long-temps à la cavalerie d'A- Diaulr^', et sur-tout aux chevaliers de Saint-Jean ^t aux Templiers, armés de pied en cap. Ces guernri^ , qui formoient des escadrons redoutables , turent bientôt enfoncé les bataillons des infidèl<« après une première décharge , tout se dél'inda dans larmée des Égyptiens : le roi de Jé^ ru»alem demeura maître du champ de bataille , <*< fit beaucoup de prisonniers ; ses soldats s enrickireot du butin , et ce prince savança aussi-tôt J grandes journées , et remplit ces grandes pro-
l6o HISTOIRE DE L*ORDRE
■ vinces de la terreur de ses armes, et de la crnin^
-Arnaud j
DE CoMis. de son nom.
DUargau , qui n avoil point de troupes à lu opposer, eut recours à un remède presque au^J dang[ercux que le mal quil vouloit éviter. Pouj arrêter ce torrent, et avoir le temps de foire venir des troupes de la Haute-Egypte, il rompit Id digues du Nil, et inonda le pays. Il se eroyoit en sûreté du côté des Chrétiens, lorsqu'il lui survint un nouvel ennemi, qui netoit pas moins redoutable que le roi de Jérusalem.
Sannar, quil avoit dépossédé de sa dignité, 8 etoii réfugié auprès de Noradin , sultan d'Alep; et, pour en obtenir les secours nécessaires à soo rétablissement, il lui avdit offert, s'il triomphoit de son concurrent, de se rendre son vassal, ef de lui donner, tous les ans, le tiers du revenu de rÉgypte. Noradin , aussi habile politique que grcind Capitaine, crut entrevoir, à la faveur de ces guerres civiles, une occasion et le moyen de se rendre maitre de ce grand royaume; outre quêtant attaché à la secte et aux intérêts des ca* lifes Abbassides de Bagdad, il se faisoit un point de religion de pouvoir éteindre le schisme en ruinant la domination des Fatimites, que les Turcomans Scigeucidcs traitoient d'hérétiques. Dans cette vue, il reçut très-favorablement Sannar; et, après que le traité eut été signé, il leva un grand corps de troupes, lequel, quoique souiliis , en apparence , aux ordres de l'Égyptien , obétssoit cependant à Shirgovich , ou Siracoo ,
BES CHEVALIERS DE MALTE. l6l
Kvèt de nation , le premier des capitaines de — — > radin , ec auquel il ayoit confié ses plus se- w Comm. ^tU9 intentions.
I^ Har^n , ayant appris cette négociation de
n compétitear, et quil se disposoit à rentrer . Egypte a la tète de l'armée de Noradin , et ne
trouvant pas des forces capables de résister . même- temps aux Chrétiens de la Palestine, -: 3U1 Turcomans de Syrie, demanda la paix à '::iauiry. Ce prince ne la lui voulut accorder . ' j condition de payer le tribut qui avoit été le - • 1 lie la guerre \ et, outre cela, il en exigea une ""««^ somme d'argent pour les frais de cet ar-- -■«tuent. L<e Soudan souscrivit à tout; et, dans
*r conjoncture si fâcheuse , il ne crut point
' iieter trop cher la paix , ou du moins le temps
' ve débarrasser de celui de ses ennemis qui lui
, iroissoit le plus redoutable : il s'avança ensuite
•Qtre son rival. Les Turcîomans et les Égyptiens -^ rencontrèrent bientôt: d'Hargan fut défait; I. l«^rit même dans la bataille, ou depuis, par il trahison d'un de ses officiers : et Sannar , l'an*
•«-n Soudan , fut rétabli dans sa dignité. Tout tl* 1 bit sous sa puissaoce ; il récompensa ses créatvfs , fit mourir ses ennemis ; et n'ayant plus ti^yûn du secours de Noradin , il oublia à quelle ^''nditîon il l'avoit obtenu; ou peut-être que, } vr sa victoire, il s'en crut affranchi. Ce fut le ^ujet d'une nouvelle guerre.
1^ général Turcoman reçut des ordres précis
He son maître , de le venger de l'ingratitude de
t. Il
l62 HISTOIRE DE l'ORDBC
l'Ég^yptieo. Il tourna aussitôt ses armes contre PB GoMvf. lui, et b empara de Belbeïs, autrefois Peluse , et, d*Alexandrie. Sannar eut recours au roi de Jéru- «alem ; et , pour l'engager dans son parti , outre une augmentation du tribut auquel son prédécesseur s'étoit soumis, il promit encore, à ce prince , des sonmies considérables. L argent tequ , le traité fut signé par le roi , qui ^ pour avoir la ratification du calife , lui envoya un de ses capi- 1 166. taines , appelle Hugues de Césarée. Ce chevalier, ayant été conduit à laudience du calife , lui prée^ta le traité que ce prince ratifia , seulement pour la forme. Hugues demanda qu a 1 exemple du roi , son mattre , il lui touchât dans la main. Le calife, à qui, de tous les droits de la souveraineté , on n avoit laissé que le cérémonial , affecta un grand scrupule de toucher, à nud, la main d'un Chrétien , et il enveloppa la sienne. Mais le chevalier Chrétien , indigné d'une précaution dans laquelle il entroit du mépris : u Seingneur, lui dit* il fièrement, notre traité, de «part et d'autre, doit être sincère, et exécuté « avec les mêmes cérémonies» Le roi , mon mat- « tre , ^1 le ratifiant , a donné sa main nue à vos « ambassadeurs , et je ne me chargerai de votre « ratification qu'avec les mèmei formalités. » Le calife %t obligé de découvrir sa main , et de la doaner à l'ambassadeur. 4maulry, en exécution de ce traité , marcha au secours du Soudan , le joignit, battit Syracon et le poursuivit jusqu'à Belbeïs , où il s étoit jette après sa défaite , et Iç
DES chsvalii:bs de halte. iGJ it, mpri» quelques jours de siège, à lui
mettre cette place. m Goim
Ce prince, Tafinée tuivaute, assiégea et prit
iioaadrie : le îeune Salaheddin , neveu de 8y-*
'Koa , t y étoit enfermé avec la meilleure partie
* iamiée de Noradin. C était un jei;|Be aven- ^
Hirier, qui n eut d'abord de considération que
rsr le crédit et le pouvoir de son onde j BMis
^ lattira bientôt Testime des geus de guerre
w ton courage et sa libéralité. On prétend qu'il
««où été fort déréglé dans ses mœurs ; mais le
4r»ir de s'élever, et lamour de la gloire lemporta
liinitôt sur celui des plaisirs; et, en peu de
ttiip», il devint un grand Capitaine* Ce jeune
.<?«QverDeiir se défendit long-temps, et avec beau*
"lep de valeur. Il faisoit souvent des sorties :
(doit, tous les jours, quelques nouvelles entre*
Fûei; et, après trois mois de siège, Amaulry
^ctoil gnères plus avancé que le premier jour.
llsii celui qu'il n'avoit pu surmonter par la
^Brte des armes , lut vaincu par la disette et le
^«^Ide vivres, et Salaheddin, faute de secours
et At ssunitions , se vit réduit à la triste nécessité
Couvrir ses portes jà son ennemi. On rapporte
1% ce jeune Maliométan , en sortant d'Alexaa-
^1 à la tête de sa garnison , ayant apperçu
^frsy de Thoron, connétable du royaume de
'^raialem, et charmé de la valeur qu'il avoit
^t psroltre pendant tout le siège, s'avança vers
^ seigneur Chrétien , et le pria , comme le plus
Wave chevalier qu'il connût, de vouloir bien le
l64 HISTOIRE DE L'ORDAE
" •' faire chevalier de sa main : ce que le connétable, M CoMFs. avec la permission du roi , lui accorda avec tou^ tes les marques d'estime et de considération qui étoient dues à la valeur et à la généreuse défense qu il avoit faite pendant le siège.
Sannar, maître de l'Egypte, et débarrassé des Syriens , ne songea plus qu a renvoyer le roi de Jérusalem dans ses États. Et pour ne pas s attirer ses armes et son ressentiment, comme il avoit feit de celui de Syracon , il combla le monarque Chrétien de magnifiques présens. Ses principaux officiers en reçurent de différentes sortes; on portoit, par son ordre, de tous côtés, des vivres dans larmée; et Amaulry entra dans ses États couvert de gloire, mais quil ternit depuis par une entreprise à laquelle les Hospitaliers mal- 1167. heureusement ne prirent que trop de part.
Ce prince, né avec de grandes vues, mais pleia d'une ambition vive et inquiète , faisoit de continuelles réflexions, à son retour d'Egypte, sur la grandeur de ce royaume, sur le nombre et la richesse de ses habitans , sur ses flottes et la commodité de ses ports; et il jugea bien que cet État étant aussi puissant et. aussi voisin de la Palestine, il étoit bien difficile que les Latins pussent conserver les lieux saints, s il se trouvoit, quelque jour, un calife ou un Soudan belliqueux , et que tôt ou tard la Palestine deviendroit, de nouveau, une province de TËgypte, comme elle lavoit été avant la conquête de Godefroy de Bouillon. Plein de ces pensées > et
DES CHETALIERS DE HALTE. l65
pmenv du peu de courage qu'il avoit éprouvé àm oeCle nation, il crut qu il ne pouvoit mieux di GoMft. ifftnnirsa domination, et celle de ses succèsyrM%^ quen se rendant maître de ce puissant
* '• aume : et , (K>mme le désir des richesses étoit ' f.^Ifurs sa passion dominante, il envahissoit *;i, en idée, les trésors du calife et du Soudan; ^•:i fe flattoit que, quand même il ne feroit : i* la conquête entière de cet État, il emporte- ' :t an moins une partie de ses richesses, soit f*ir le pillage des villes dont il sempareroit^ soit :<ir les contributions qu il étendroit dans les pro- •ncfs les plus éloignées.
Mais, comme pour une aussi grande entren^e; ses forces ne répondoient pas à ses vues •nbitieuses; quil avoit besoin de troupes et
• trffeni pour en lever, et qu il manquoit même une flotte pour bloquer les ports d'Egypte , il
'A'iressa à Manuel Gomnène , empereur de Con- "Uotinople , auquel il fit proposer une ligue , et ^i conquête et le partage de ce royaume. Guil- : 4 unie de Tyr, auteur de l'histoire que nous à\ou» du royaume Latin de Jérusalem , fut ''■^n^ de cette négociation (i). 11 étoit né dans «c P^ys; niais on dit que ses ancêtres étoient Mn<;iiiair«s de France : il fut archidiacre de Tyr, ri Aaaulry le fit , depuis , précepteur du jeune ^«Kkioin , son fils. Il passa , de cette fonction , à U dignité de chancelier; eiy vers l'an 11749 il
;i WilL Tjr, lib. XX, cap. 4*
l66 HISTOIRE DE L'oRDRE
fut élu archevêque de Tyr. Il n etoit encore qu ar M GoMn. chidiacre de cette égalise, quand il fiit envoyé, i Gonstantiaople, en qualité d ambassadeur. Lem pereur Grec parut ne pas s'éloigner des propositions que Ini fit Tambassadeur; et, après quelques conférences, il y eut un traité sif^né.Ce fut en exécution de ce traité , que Contostephane se mit en mer av^c les troupes dont on étoit convenu.
Amaulry, étant assuré d une flotté , ne sonf^ea plus qu a grossir son armée de terre : il s'ouvrit de son dessein au Grand-Maître des Hospitaliers , qui , par son caractère et sa complaisance, avoit beaucoup de part dans la confiance de ce GiiiEAT prince. Ce Grand-Mattre s appelloit Gilbert d'As- » AssàLiT. g^j^jij. ^^ ^ç Sailly, qui venoit de succéder à Arnaud de Gomps. IjC roi lui fit envisager qu ayant pour voisins des barbares accoutumés an brigandage, et dont la foi étoit toujours incertaine, il h'y avoit que la force seule et la supériorité que Ton pouvoit acquérir par des conquêtes , qui pût servir de barrière à leurs courses , et défendre les frontières de VÊtat contre leurs entreprises; qu'il étoit résolu de porter ses armes dans l*Ë{|n^pte , et de se rendre maître de quelque place considérable , qui les empêchât de pénétrer dans la Pa^ lestine. LeGrand-Maitre, soit par complaîsaBce, soit emporté par son courag^e , entra avec ardeur dans tous les desseins do roi. C'était, à la vérité, un homme plein de valeur, hardi, entreprenant, mais dun génie peu mesuré, et capable i
ie vt hÎMer «éclaire par des espérances souvent '"
mf fondées. Il donna au roi de grandes louan- d'Am aut. ff^ Air la hardiesse d un pareil projet j qui ré* poiKioit, dit-il , à la grandeur de son courage; fc il témoi^a ^ à œ prince , combien il se tenoit Mioré de la part qu'il vouloit bien^qu il y prit. M-iii, quoique ce Grand-Maître fut à la tète JUD poissant corps de guerriers, son autorité 'Uni tempérée par celle d*un C2onseil^ qui ne se leterminoit dans toutes ses entreprises , que par * pian fixe de sa règle et de ses statuts ; et , quelque impatience qu'eut d^Assalit de prendre les inoes, il commença à craindre que les Hospitattrn ne fissent difficulté de s engager dans une npédition, qui navoit pas directement pouf "bjet la défense des saints lieux , et la consenra^ u<>Q des pèlerins et du peuple Chrétien.
Le roi et le Grand-Biattre eurent , a ce sujet ,
plosîeora conférences. Ce dernier représenta à
^^attolry que, pour engager le corps de TOrdre
<iuis cette entreprise dont les frais seroient con*
*idérahles , il £dloit intéresser le Conseil par Tes»
poir d*one récompense solide, et qui le dédomf*
nageai de ses avances; et ils conyinrent cjue , si
lanaée Chrétienne pouvoit faire la conquête de
U fille de Belbeis , autrefois appellée Peluse , le
nN m céderoic à TOrdre la propriété. Le Grand*
iialtre fit part de cette proposition au Conseil
^ rOrdre : il y représenta Importance de cette
place ^ et tout 1 avantage que la religion pouiroit
^irtr d'une pareille conquête , et sur^tout qu en
péditidn (i), soit pour ne pas parottre en camj D*âiiM.iT. pagne avec des forces inférieures à celles dej 1 168. Hospitaliers ; soit , comme ils le publièrent , qu ib érùsseût injuste une guerre qui n'avoit paà éti précédée d'une déclaration faite aux ennemû par un hérault : maxime constante , mais peu suivie par les princes , plus sensibles à Leurs intérêts qu à la religion du serment.
Amaulry^ accompagné du Grand-Mai tre dAssalit, se mit en marche à la tète de son armée, li y avoit long^temps quil nen étoit 9orti de Ja Palestine une si nombreuse. Ce prince, en moins de dix jours 9 traversa le désert qui sépare la Palestine de l*Égypte, et vint camper devant fielbeïs , dont il somma les babitans de lui ouvrir les portes : cette ville étoic située sur la rive du Nil^ à droite du côté de la Palestine. Mabazan , fils du soudan Sannar, et un de ses neveux, qui commandoit alors dans cette place, lui firent dire qu ils étoient bien surpris de voir au pied de leurs murailles , et comme ennemi , un prince dont le calife et le Soudan venoient de tirer des secours si utiks , et ayec lequel
(f) Praires aotem mUittft templi eidem se MbdocmteB fàcco, aut qnla eis concra coiMcientiam Mam viilebe* tur, auC quia magister aemulœ domÛB^ kvjus reî auctor et princeps videbatttr, vires penitùs ministrare, aut regem sequi negaverunt: dunim enim videbatur eis amicd regno et de nôstrd fide praesumenti , contra tenorem pactorum , et contra juris religionem, immerîtis et fidem serran* tibnsbellum indicere. ff^ili. Tyr^ Uh. XX , cap. 5.
lt|;iplè veiioit de faire un traité de paix sofem*
^ Amaulry Toolat rejetter sa prise d armes sur n'Amàuti
fMhpKS courses des Sarrasias , mais qui furent
«temYouëes. Mafaazan soutint fnème qu on ne
'uftificroit point que, depuis le dernier traité^
lonm soldat de son père eût entré sur les terreâ
À Chrétiens. Mais, comme la force tient lieu
-^ iaiso« à la plupart des souverains, Amaulry
^ mit trop puissant pour écouter celle des in*
ftsMes; et, sur leur refus, on vit bien quîl ny
Mrott que les «mes qui dédderoient du sort des
La ville étoit moins défendue par toutes les
titftifîcatiom , que Fart avait inventées en ce
tnopi-là, que par le nombre de ses habitans
fÀ ivoient tous pris les armes pour la défense
^ leur patrie, et sur-tout contre les ennemis de
Hirre)i(pon. Amaulry, qoicraignoit la lon^^ueor
^ i incertitude d un Mf^e , résolut de hasarder
4ahord «ue escalade ; il fut deux jours à prép»«
<^ les échelles et les machines nécessaires pour
^s entreprise. On vit , le troisième , et dès la
P^le du jour , la ville entourée de toute Far»
*i^ en bataille; les habitans, de leur c6té, bor*
^ioieat les murailles, armés de flèches , de dards ,
^ pierres , de piques et de feux d'artifice. On
ocQt pas plutôt approché les échelles, qu'un
^^ de troupes d'Amaulry, commandé par des
officiers pleins de valeur, courut à Tassant. On
^ ^t jamais tant d'ardeur : les aas , à la fiiveur
^ échelles, lêtthoitat de sin(pser le haut ds la
172 HtSTOlIlE DE L^ORDRE
muraille ; d'autres la sappoient par le pied ; il ] j>*A«8AUT. ^^ avait qui, dans les endroits où elle étoit moini haute, montoient sur les épaules de leurs compagnons, et se faisoient de leurs corps cooim^ une espèce de degré pour s élever jusques sur les remparts. Les assiégés les repoussoient à coups de piques, ou en roulant de grosses pierres du haut des murailles , ou en lançant leurs za* gaies, ou enfin en jettant des feux d'artifice; en sorte quil périt, dans le commencement de cette attaque, un grand nombre d officiers et de soldats Chrétiens , avant qu on put voir de quel c6té la victoire tourneroit.
Amaulry fit. soutenir ce premier corps par de nouvelles troupes, qui, sans s*étonner, montent au travers des feux , des dards et des pierres , s'élèvent jusqu'au haut des murailles , se prennent aux créneaux, et malgré toute, la résistance des assiégés , se jettent sur les remparts , poussent tout ce qui se présente devant eux, et pénètrent, Tépée à la main, jusques dans la ville. < Us en ouvrent ensuite les portes : les Chrétiens y entrent en foule. Le soldat , dans les premiers transports de sa fureur, tue d'abord sans distinction d*âge, de sexe ou de condition, tout ce qui se. présente devant lui. Il y eut quelques-uns de ces furieux, qui n'épargnèrent ni les vieillards, ni les femmes, ni les enfans à la mamelle; il sembloit que des . Chrétiens craignissent de ne pouvoir être aussi inhumains que des Sarrasins et des Arabes. Mais l'offider, couune le soldat ,
DES CHETALIEBS DE MALTE. lyS
I ipperœvant que leur cruauté nuisoit à leur jTTicr, donnèrent quartier aux principaux habi- d'Asmut. tan«, dans la vue den tirer de larguent pour leur '«D'on ; et ceux qui ne la purent payer, demeu- •rrnt esclaves et prisonniers de guerre. U roi de Jérusalem , étant maître de la place , 1 168. '* fiécution de son traité , en remit la posses- Q au Grand-Maf tre ; et toute l'armée , après ^ "îsl^' iniques jours de repos, prit le chemin du grand i*re, ville considérable, voisine de lancienne Kifiylone, et qui, depuis la ruine de cette place, ' • it U capitale d'Egypte.
^ ne peut exprimer la surprise et la con- •tmiaiiou du Soudan , quand il apprit la perte '- Belbels, la prison de son fils et de son ne- 'v« et qu'il alloit avoir, lui-même, toutes les rces des Chrétiens sur les bras. Gomme il ne ' UToit pas beaucoup compter sur les troupes t^ aguerries des Égyptiens , malgré son mani )f de parole envers Noradin , il se vit réduit à >^w fecours à œ prince; et le péril pressant •^okpèdia de sentir la honte d'implorer le se- ^"^Hn d'un allié qu'il avoit trompé. U rappelle, ^n méme^temps , auprès de lui , difTcrens corps ^ tnmpes qui étoient dans les provinces les plus ' 'oicnéês : et , afin de donner le temps aux uns ^<aus autres d'avancer à son secours, il envoyé ^ dépotés au roi de Jérusalem pour tacher, par 'Mqiie négociation , de retarder le progrès de •larmes.
1^ députés, étant arrivés a son camp, se plai-
174 HISTOIRE DE l'oRDBE *
^ gfoireDt de rinfractioa da traité de paix; mais.
i»'AfiALiT« comme Tin justice n'ëtoit que trop viaihie, Ui passèreot légèrement 9ur un grief qui nauroil servi qu a irriter Amaulry qu'ils vouloient appaiser; ainsi, pour obtenir qu'il retirât ses troupes de rÉgypte » ils lui firent des propositions si éblouissantes, que ce prince chez qui paix et guerre^ tout étoit vénal , n eut pa» la force d'y résister. On lui offrit deux millions d'or, tant pour obtenir la paix , que pour la rançon du fils et du neveu du Soudan, somme immense pour ce temps-là , et qu'on auroit eu bien de la peine à trouver dans toute l'Egypte. Amaulry, plus toucbé de ces offres d'un argent comptant, que des espérances douteuses de la conquête de ce royaume, accepta ces conditions. ^ 1169. ^ traité fut signé; et , en conséquence, pour la liberté qu'il rendit au fils et au neveu du soudan, on lui paya en déduction des deux millions, cent mille pièces d'or. Pour fournir le surplus, les députés demandèrent que, pendant qu'on ramasseroit cet argent dans les provinces, il y eût une suspension d'armes entre les deux nations; et que les Chrétiens, pour ne pas jetter l'allarme dans le pays , restassent dans l'endroit où ils les avoient rencontrés, ou du moins quiJs n'avançassent que lentement. Le roi de Jérusalem, toujours obsédé par sa lèche passion, et sans considérer que les momens , en temps de guerre 9 sont plus précieux que l'or etlargeot, souscrivit à tout.
DES CHBYÂLIEBS DE Mâ'LTE. 171^
I^ ioudaa, pour Tamuser, cnvoyoit contioudloneat cks rafraichissemens à son armée, et D'Aatusn* .^ dépéchoit, à loi-mème, courriers sur courrm . pour excuaerf sous difierens prétextes , le urdement de FaiigenC qu^il devoit payer* En • un les principaux officiers d'Aniaulry tâchèrent .: lai rendre suspect ce retardement; ce prince, iifvglé par Tespérance de recevoir une si grande vnnie , évitoit avec soin de donner aux Sarra* .:i» le moindre prétexte de rompre le traité. Miif il ne fut pas long-temps sans sappercevoir -Piil éCoit trompé : il apprit , avec autant de sur- •-'>e que de chagrin, que difiërens corps de trou«- . ^ «avançoient du fond des provinces, et qu'une «rniée redoutahle de Turcomans Syriens mar«- :>oit an secours des Égyptiens , et cherchoit à jd joindre.
Noradin , qui ne vouloit pas être la dupe de •UypCien, avoit jette ses principales forces de 't c6ié-là, et mis son général en état de faire (niir sa parole à Sannar. Malgré les diffcrens moaveaeBS que fit Amaulry, Syracon qui comnuadoit Tannée de Noradin, et qui connoissoit ■'' pays, évita la rencontre d'Amaulry qui s'ëtoit jtaneé pour le combattre séparément; et ce "roérû infidèle joignit les troupes du Soudan. PoureondJe de disgrâce, une flotte que lemi^rcnr de Constantinople avoit envoyée au se» caun des Chrétiens, périt en païtie, ou fat dis^ \^n%ée par la tempête. Aroaulry, privé de ce ^conrs, et trouvant son armée diminuée con-
176 HISTOIRE DE l'oRDRE
sidérablement par les maladies , par les déseï i»*AstALiT. tions, et par les autres accidens ordinaires à I guerre, ne se vit plus en état de résister au forces réunies de tous ces infidèles. Ainsi il d songea qua regagner la Palestine; et, conime n y avoit pas d apparence de laisser la garnisoi de Belbeïs dans un pays ennemi , sans espérano de secours , et contre une Puissance si formi dable ^ le Grand-Mattre se vit réduit à rappellei les Hospitaliers, auxquels il. avoit remis cett< place.
Amaulry les reprit en passant; et, quoique vivement poursuivi par des détachemeos de larmée de Syracon , il regagna la Palestine. Après une longue marche, il arriva enfin à Jérusalem avec la confusion davoir rompu inutilement un traité solemnel , et fait une entreprise injuste et mal concertée.
' Le Grand-Maitre étoit encore plus chagrin de ce mauvais succès. Les courtisans, selon leur coutume, pour disculper le jeune prince, rejettoient, sur lui ^eul, cette malheureuse entreprise. Ses confrères ne paroissoient pas moins aigris; et ils se plaignoient hautement que, pour satisfaire sa vanité , et pour mener à sa suite un grand nombre de volontaires , il avoit endetté rOrdre de plus de deux cent mille ducats [})'somme immense pour ces temps-là. Enfin ne pouvant plus soutenir le mépris des uns, et le
* (i) Waicl. Tyr. p. 938.
DES CHEVÀLIEItS DE MALTE. 177
rfprochc des autres, il résolut de s éloigner de ]i PiJestine. Il renonça , en plein chapitre , à sa d'Assaut. ,;Dicé; et on mit en sa place un ancien reii- . ' u\, appelle frère Castus ou Gastus, dont on Gasdds. i'jre la patrie. Sans Téloignement du temps, 1169. • auroit pu croire que c étoit le même Gastus , *i. pendant la première croisade, entra ^ avec (omte de Flandres, à la tête de cinq cents •mmes dans la ville de Rama : mais apparem- :-vot que ce Grand-Maître n étoit que quelqu'un ^ parens de ce croisé.
Gilbert d*Assalit , après son abdication , quitta ^ nisalem et la Palestine, résolu d'aller, dans . .^Ique coin de TEurope, ensevelir sa honte et 1 douleur (i). Il s embarqua à JafFa, et arriva jr les côtes de Provence : il traversa la France iir se rendre en Normandie , où étoit alors Miri II, duc de cette grande province, et roi Angleterre. Il salua ce prince à Rouen ; et^ 'Migré sa disgrâce, il en fut bien reçu, au rap- . rt de Roger de Il^veden , historien contempo- ' iiu. De^là, il prit un vaisseau à Dieppe pour i i^^r en Angleterre : ce qui a fait présumer \iiil en étoit originaire. Ce vaisseau, au rapport '•• l'historien , étoit vieux et incapable d aller en lii^r. D'Assalit, dans Timpatience de se rendre en Angleterre, se contenta d'y faire faire de légères ''|<arations, et s embarqua; mais à peine étoitli >orti du port , que ce bâtiment coula bas. Le
I Rog. de Hov. in Uenr. Il, p. &ia I. la
Gastus.
178 HISTOIRE D*E L^OROnE
" Grand-Maitre périt , dans cette occasion , avec tous les passagers y à lexception de huit personnes qui s*étoient emparées , de bonne heure , lie lesquifv
Sannar', quoique victorieux , ne se débarrassa pas si aisément de Syracon , général de Noradin, que des Chrétiens, ses ennemis déclarés ; un allié aussi puissant lui donnoit beaucoup d'inquiétude. Ces deux généraux s observoient mutuellemeot, et chacun avoit ses desseins particuliers. L'Égyptien , après avoir congratulé Syracon sur sa vietoira , lui envoya des présens magnifiques, et , en lui représentant qu'on manquoit de vivres, il le pressoit de reprendre le chemin de son.payji. Mais Syracon , sous difFérens prétextes , reculoit son départ de jour en jour. Enfin, ayant .attiré Sannar dans son camp, il le fit poignarder; il entra ensuite dans le Caire à la tête de ses troupes, se rendit maître du royaume, et s en fit reconnottre pour Soudan par le calife même, qui n'étoit qu un fantôme de souverain^ et dont le sort dépendoit toujoui^s du |éus puissant de ses sujets.
Le général de Noradin ne jouit pas long-temps de son crime; il mourut, de maladie, au bout de deux mois ^ et laissa le commandement des troupes de Noradin à son neveu Salaheddin on Saladin , dont nous avons déjà parlé , et que le calife d*Égypte , parce qu'il ne put s*en dispenser, nomma premier émir ou Soudan de tout ce royaume.
Saladin dépêcha aussitôt ^ à Damas , un officier
DES CHEVALIERS DE MALTE. t^g
df m amis pour donner avis à Noradin , son ' naître, de la morC de Syracon^ son oncle , et pi>ur recevoir ses ordres. Il y eut des ministres 'ic' Xoradin , qui y se défiant de Fhumeur ambi* tiriiie du jeune général , conseilioient au prince V ne pas laisser affermir lautorité de Saladin , nii o*étoil point né son sujet, et de lui envoyer f^mpCement un successeur. Mais Noradln, dans .n crainte que sa destitution ne lui fit naître des [«entées de révolte , et dans la vue de passer lui-^ Lième en Egypte quand tout y seroit tranquille^ 'infirma Saladin dans son emploi; et il se con* tnita de lai ordonner de &ire supprimer , dans •'^ prières publiques ^ le nom d'Adhad , en qua* lité de calife, et de substituer^ en sa place, celui <ie Mostadhi XXXflt^ calife de la race des Abbas^ «ides ^ qui siégeoient à Bagdad^ il lui comman- (ia, en même* temps, de déposséder les prêtres ft lescadis ou magistrats qui faisoieift profession He la secte d'Ali, dont Adbad, comtne calife ^ rtoit le chef et le souverain podtife. Ce calife 'unrécut peu à un si grand changement ; on {ctteod même que sa mort nt fut pas naturelle^ f't que Noradin ^ Bêlé et dévot selon les principes (l(* «a religion ^ pour éteindre le schisme dans le ^'iDg de ce malheureux prince^ envoya des or* dres secrets à Saladin de s en défeire. Mais, soit «|ue les ordres en fussent venus de Damas, soit 'lue la vie d'Adhad causât toujours quelqum-^ 'jtiiétude à lanibiticux Saladin , il est certain •{u il le fit étrangler dans le bain.
if.
Gastcs.
180 HISTOIRE DE l'oRDRE
Ce fut le dernier des califes Fatimites, qui finirent, en Egypte, Tan de Jésus -Christ 1 171 , et de rhégire 567 ; et toute lautorité dans le gouvernement, soit pour le spirituel, soit pour le civil , fut dévolue à Saladin , qui , pour se readre plus respectable , prit Tinvestiture du calife Abbasside , qui résidoit à Bagdad.
Salaheddin-Josef-ben Ajoub-ben Schadi étoit un aventurier , Kurde de nation , et qui s'attacha, avec son oncle Syracon , au service de Noureddin-Zenghi, prince d'Alep et de Damas, dont nous venons de parler sous le nom de Noradin. Le calife Adhad ne fut pas plutôt expiré , que Saladin s empara de ses trésors, avec lesquels on peut dire qu'il acheta lempire, en les répandant dans son armée. Il donnoit tout; jamais commandant n acquit, par de si grandes libéralités, laffection de ses soldats : sévère dans le châtiment, magnifique dans ses récompenses, doux , humain , plein d'équité à l'égard de ses sujets, et en même-temps cruel ennemi des Hospitaliers et des Templiers , par les principes de sa religion ; d'ailleurs , soldat et général , grand Capitaine , et qui , de ses conquêtes , se forma un vaste empire, dont l'histoire a été écrite par Tillustre abbé Renaudot , le plus sçavant homme de son siècle dans les langues Orientales.
Le jeune Saladin, aussi habile politique que grand Capitaine, tant que Noradin vécut, con* serva une entière déférence pour ses ordres. Il tint même encore , quelque temps après sa mort.
DES CHEVALIERS DE MALTE. l8l
la même conduite à l'égard d'AlmaIech*al-Salrhismaél, fils de Noradin, dont il fît publier le Lom dans les mosquées et dans les prières pu- ! iîfjues, après celui du calife , comme on en usoit ^ i égard des souverains. Il épousa même, depuis, *\ mère ; mais, après avoir établi solidement son autorité , il leva le masque , fit la fpierre au fils ^c <on maître , auquel il enleva Alep. Damas, la ri^illeure partie de la Syrie, l'Arabie, la Perse ' t la Mésopotamie tombèrent , depuis , sous l'efî -rt de ses armes(i).
Il n'y avoit que la Palestine qui séparât ces ^a^te» provinces, dont ce nouvel empire étoit «•imposé, et qui en empêchât la communicati'>n ; la conquête de ce petit État fut lobjet de "^^ armes. Cétoient, tous les jours, de la part des irifidèles, des incursions et de nouvelles entre* f n>es. Les Chrétiens ne sçavoient où porter du H-cours. Saladin , à la tête d'une armée de quar^te mille hommes, attaqua le château Daron, Htué dans l'Idumée, et qui n'étoit qu'à quatre milles de Gaza. Mais, y ayant trouvé une résis- UiKe trop courageuse, il tourna ses armes con-
(0 SalahabdinaSy occapator lEçfpûf nzorem Noradîni *>1m «■trifDonîo copalans cum ipsâ re(|;ni reçimen fugatis (^«««libat occopavii : deindè terra Roatîfle et Gesirae occur P><i,drcDiDJaceiitja régna usqiie ad intima citerions In-> "^t mioc dolîji, nunc armis expugnans, de sceptris pliH '^ÎHit monarchiam efficit, Babyloiii» et Damasci tibi vinàir^oê principatum bapc fortunse loden tîs potentia* Oiron. g
GâSTUt.
OàÊTVê.
1S2 HISTOIRE DE L*ORDBE
tre Gaza même, qui, du côté de TÉgypte et de la mer, étoit la clef du royaume de la Palestine. Il simaginoit trouver cette place, Confiée aux Templiers, sans garnison^ danâ la pensée où il étoit que ces chevaliers en étoient sortis pour fortifier larmée. Mais, aux premières approches, et dans la première sortie, il reconnut bien que tous les Templiers n etoiént pas à Tarmée. 11 leva aussitôt le siège; mais , pour s6 venger de ce mauvais succès , ses troupes mirent tout à fêu et à sang dans la campagne, pendant que, d'un autre côté, ses lieutehans ravageoient, en mêmetemps, la principauté d*Antioche et la Phcnicic. Les Hospitaliers et les Templiers étoient continuellement à cheval , et , quoique ces généreux guerriers s opposassent avec un courage invincible aux efforts des ennemis , le roi cômmeDçn à reconnoitre la faute quil avoit faite, d avoir donné occasion au Soudan d appeller à son secours un ennemi également puissant et ambitieux; et il vit bien que, pour lui résister, il ne falloit pas moins qu'une nouvelle croisade , et une armée des princes d'Occident. Il chargea de cette négociation Guillaume, évèque d'Acre, qu'il nomma chef de cette an^bassade. Mais , commo ce secours étoit éloigné, et même incertain, il résolut de recourir à l'empereur de Coûstantinopie; et il se rendit lui-même dans cette capitale, pour tâcher d'obtenir, de Manuel, dont il avoit épousé la nièce, des troupes, ou du moins I argent nécessaire pour faire de nouvelles levées,
DES CHEVALIERS DE MALTE. l83
Ce prince , avant que de s embarquer , laissa "^ — " k gouvernement de ses États aux deux Grands- Maîtres. Celui des Hospitaliers sappelloit frère JocBEKT, qui, par la conduite habile quil avoit ''ocb^'^^tmoe dans les affaires de la principauté d'Anuoche , avoit bien fait voir qu'il étoit digne de rrinplir cette place. Il avoit succédé à G^stus. Lr choix et la confiance du roi , si honorable pour les deux Ordres militaires, fut un nouveau motif pour redoubler leur attention et leur zèle. 1) lalloit, pour ainsi dire, que les deux Grands- Maitred fissent £aice de tous côtés ; et , pour sur^ irolt crembarras, à un ennemi aussi redoutable queSaladin, il s en joignit un autre de la Maison d Arménie, sorti du sein même des Templiers, ft qui , en se mettant sous la protection des infidèles , en prit toute li| haine contre les chrétiens latins.
La petite Arménie, province voisine de la Syrie, avoit ses princes particuliers, Chrétiens de religion, mais la plupart schismatiques ^ aussi bien que leurs sujets, et même tant à legard de l«^liM Grecque que de la Latine. Ils ne mettent point d'eau dans le vin pour le saint sacrifice, «^mme font les Grecs et les Latins , quoiqu ils y employent du pain levé comme les Grecs (i). Ils ne font qnune fête de Noël et de TÊpiphanie; on prétend aussi qu ils se servent de beurre au le baume dans la confection du saint chrême .
(i; Boftio, lib. ViU , p. 377. — EpUt. Greç. pap. sept.
l84 HISTOIRE DE L*ORDRE
■"""■""■^ Ils ne reconnoissent quune nature en Jésus- Christ, et ajoutent , au tnsagion, ces paroles: Crucifié pour nous, addition introduite par Pierre Foulon, usurpateur du siège patriarchal d'Antioche, dans le cinquième siècle , et rejettée par leglise catholique. Ces schismatiques ont un pa« triarche qu'ils appellent, par excellence, le Catholique, et qui réside à Gis, capitale de la petite Arménie. Les princes de ce petit État dépendoient originairement des empereurs de Constantinople ; mais, dans les fréquentes révolutions qui agitèrent cet empire , ils n en reconnoissoient lautorité que quand on les y pouvoit forcer; et, à la faveur de quelques châteaux situés sur des montagnes inaccessibles , ils se maintenoient également contre les incursions des Turcomans et contre les entreprises des Grecs.
Thoros ou Théodore règnoit alors dans cette contrée. Ge prince, quoique schismatique , pour se soutenir contre les Grecs , avoit fait une alliance particulière avec les Latins d'Orient. Il soufFroit que les Hospitaliers et les Templiers eussent des églises dans ses États ; et même son frère , appelle Melier ou Milon , avoit renoncé au schisme, et setoit fait Templier. Le prince Théodore , pour attacher plus étroitement les Latins à ses intérêts, avoit marié une de ses sœurs à un seigneur Latin; et il étoit sorti de ce mariage un • jeune prince, appelle Thomas, qu il avoit depuis
Thoros* reconnu pour son héritier et pour son successeur.
avant Cc prlncc étant mort. Thomas, son neveu, H70.
DES CHEVALIERS DE MALTE. l85
Todol prendre possession de ses États. Mais , cf^nune il n adhérait pas au schisme, les Arméniens témoignèrent beaucoup deloignement }Kmrsai domination (i). Lie Templier Melier, se prévalant de cette aversion des peuples , aban- •i*>nna son Ordre , prit les armes , de concert •Afc Saladin, en obtint même un secours consi- <ierahle de troupes , chassa son neveu de TArmenie, et s en rendit le maître. Il entra ensuite «Uns la principauté d'Antioche, et jusques sur y^ frontières du royaume de Jérusalem. Ses tn^upes portoient le fer et le feu de tous côtés , et laiaioient, dans tous les lieux où elles pasv)ient , des tristes marques de leur fureur. On ne peut exprimer toutes les cruautés que ce relîr^cox apostat exerça contre les chrétiens Latins, n sur- tout contre les Hospitaliers et les Templiers, ses frères. Il faisoit poignarder, de sangtroid, ceux qui tomboient entre ses mains, ou il i^ tivroit aux infidèles, comme des gages et des preuves de sa foi : et on faisoit expirer ces soldats de Jésus-Christ , dans les tourmens les plus affreux.
Le Grand-Maitre Joubert eut bien voulu aller, eu personne , réprimer les courses de ce renégat, et tirer vengeance de tant de cruautés. Mais, comme il étoit encore chargé de la régence de 1 Kcat , et qu il ne pouvoit quitter les frontières (le l'Egypte, sans les abandonner aux incursions
[K WiU. Tyr. lîb. XX, chap. a8.
JOCBEBT.
l86 HISTOIRE OE l'ordre
des troupes de Saladin, il ordonna à un chev n lier de son Ordre, {jrand commandeur, qii veilloit sur les frontières du côté de la Syrie , ci< faire prendre les armes aux Hospitaliers et au: soldats dont il avoit le commandement, de chercher Tapostat Melier, et de lui livrer combat.
Boëmond III du nom, régnoit alors dans h] principauté d*Antioche. Il étoit fils de Rayraoncl^ frère de Guillaume, dernier comte de Poitiers , d*Auvei^ne , et duc d'Aquitaine ; et ce Raynoond, comme nous lavons dit, par le moyen de THospitalier Joubert, avoit épousé la princesse Constance, héritière de la principauté d'Antioche , et fille unique de Boëmond IL Ce jeune prince et les Templiers se joignirent aux Hospitaliers contre lapostat Melier : et Amaulry, roi de Jérusalem, à son retour de Constantinople, où il avoit reçu plus d'honneurs et de promesses que de secours effectifs, se disposoit à marcher à la tète de ses troupes pour aller prendre le commandement de larmée. Mais il apprit que Melier , ne se sentant pas en état de tenir la campagne, avoit gagné les défilés des montagnes, et s etoit retranché dans des endroits oil il netoit pas aisé de le forcer.
Les Turcomans, de leur côté, pour faire di-
M 7a. version en faveur de TArménien , a voient formé
le siège d'Arac ou de Krach, place à lentréc de
TArabie Pétrée ( i ). Aux premières nouvelles qu on
(l)Willel.Tyr. ibid.
DES CREyALIERS DE MALTE. 187
m rat à Jérusalem , Thoron , connétable du " roTaame, suivi de tout ce quil y a voit d'Hospitaliers et de Templiers dans Jérusalem , accou* rvK pour y jetter du secours. A iapproche de .année Chrétienne, les infidèles levèrent le siège "^t «e retirèrent dans leur pays.
CoDune les fautes sont personnelles, et que iuks le collège même des apôtres, il s*est trouvé an traître et un perfide , Fapostasie de Melier a aaroit iait aucun tort a la réputation des Tem-> pbers; mais une action cruelle que commit 9 peu après , un religieux de cet Ordre , à Tégard liua envoyé du prince des Assassins, et qui fut «l^<>imulée par le Grand -Maître, commençai 4îN)iblir et à diminuer 1 estime et Taffection que JoQ avoit alors pour tout fOrdre en général.
Depuis plusieurs siècles , il s etoit établi dans io montagnes de Phcnicie , entre Tortose ou Xatarade, comme on lappelloit en ce temps-la, ^ la ville de Tripoli, une espèce de bandits, en apparence Mahométans, mais qui n avoient guèm pris de cette secte que la haine do nom Chrétien , barbares sans lois , sans foi , et qui n a- ▼oient pour religion qu un dévouement aveugle a toutes les volontés de leur chef; les crimes les plu« affreux devenoîent, par ses ordres, des vertus héroïques. Ils choisissoient ce commandant a ta pluralité des suffrages. Il ne prenoit point ^Taatre qualité que celle de Vieux ou de Scniour, ^'xor, terme dont, en ce temps-là , on fit celui ^ Seigneur, et qui , dans la basse latinité , signifie