‹ Œuvres choisies de l'abbé de VertotChapitre 9 sur 19 · I. iS · texte numérisé non relu

I. iS

JkwaiBf.

194 aiSTOIRE DB l'oEDEB

' que Saladin eût au moins vingts six mille che* vaux, et quà peine oaen comptât quatre.cents avec trois mille hommes de pied dans Fannée Chrétienne , eependant ces troupes , ayant attaqué, de nuit, le camp ennemi , jettèrent l'épouvante parmi les infidèles: la plupart priraiAt la fuite, et Saladin même, tout intrépide qu'il étoit, pour se sauver plus promptement, se jetta, à demi-nud , sur un dromadaire , et se retira sur les terres de sa domination.

L'année suivante , Baudouin ^ pour s of^poaer aux courses des Arabes , entreprit de fortifier un ehàteau (i) sur les terres même de Saladin , et au-delà du fleuve du Jourdain, dans un endroit ponuné le gué de JacoK €k fut le sujet d*une liouvelle bataille , mais qui ne fut pas aussi heureuse, pour les Chrétiens, que la pri^dente. ' Car Saladin les ayant attirés dans une embuseade qu'il avoit cachée dans des cavernes et des roichers, ils se trouvèrent surpris et envdoppés 4e tous côtés. Uarmée Chrétienne , ne pouvant ni avancer ni reculer , se débanda ; il n y eut <{ue les Hospitaliers et )es Templiers qui firent ferme : la plupart furent taillés en pièces. Jonbert , Grand-Maître des Hospitaliers, percé de coups,

(i) Eodem anno, cbristiani firmayerunt castdlnm fortîtsimum in terra Saladini ad vaduzn Jacobi ultra flovium Jordania , sed SaladiDus îHod per vîm cepît , in cujus captîone somniiK magîtter hospétalis captus foil : tt îd terraoi flaladinî dUGtas, finna perîiL heg* Je Hav. im Ifanr» //, pag. 555.

DEÉ ÊHBVALtSRS DE MALTE. I9S

eflC eècôre aêstt de fbt*cés pour pasdèr le JoUpfi<io a la ntfge, et (fagna le èbâteati dt BeaufbH ; maif Odoa éé Saiùt-Atnand , Gt^nd-Mattr e dëi TfmplkM, aceablë ptit lé tiGrtttb»e de« èhnèttîis; -^apritotitiier de tés infldèftfâ. RôteH du Èlènt; kistorien totitétiiporain , Mppôtté qtfé SaUdirt ^i offrit sa liberté en échange d'un àé èed ùeîmi, qui étoit pHsdtiftricir dé YOtètë; ttiàiÉ que <e généreux Orand-Maltré hii répondit èourar^^ttienl qtt*il dé tôtlloi< pùihti pët éon é^èttipie, autorifter œtfx dé itê réligièui qi!(i, danl '«^péradoè d*étl^ Mékêtésy «étf'oieiit adâez lâchée p^uf le réndM pridôùniérd ; qu'tm Tèirfplier déînit taiuere ou mourir , et qu'il né pouvôit dàh-- ^, au plua, pomr aa ranijon (0* <{tié M c^turë ^ «on fcotrteati. Oh né iqûiî point dé quelle ina-* >i^ il se fetira des tnain* dé cèÈ bàrbared ; maif ra terra , pdr la aèiie dé cette bfatoire , qti*il té^ ^mt à iérusitlefa.

On Hé peM etprimef la consfèrnàtioà oH 9é ^fwiékM lés chrétiens Lsrtiné après cette éé^ ^>fe; Feiin^iArl tiétod^ux m^ttoit tôut à feii et ^ M^ dtfiîs lé i^yaomc ; Farniéé GfaPrétienné ^^ diaiipée ; lé ràif retombé daM ibn iùfir- ^tt ôMifliaire « qtA étoit déf^énérée en lèpre ; et ^ étùt Orancb- Maîtres y l^om* se trouvoit pri- ^mriei^ dés etiùéttis, e( Faot^e , bors d'état d'agir ) ^misé dé <6S UésMrés.

Dicens non este ooosaetudinis milttum templi ut '^ua redempcao daretar pro eisprae.ér ctngulum et cul- ^01 àtMriié Munie j appét^d. àJA'f paf. 666.

196 BISTOIKE DE L*ORDltE

Dans cette extrémité , TÉtat ne pouvant 8ou tenir la guerre , il fallut avoir recours à la nëgo ciation , la seule ressource des plus foiUes. Oi demanda une trêve à Saladin , qui la vendit i prix d'argent , et qu*il n eut pas même accordée si la famine n eut alors désolé ses provinces.

1 176. Dès Tannée précédente , le Pape Alexandre IIl avoit convoqué un concile général , à Rome, qui

II 79. ^^^ 1^ troisième de Latran : il y avoit appelle les ' prélats Latins d'Orient, dans la vue de prendre, avec eux, de justes mesures pour la défense de la Terre«Sainte. On vit arriver, à Rome, les archevêques de Tyr et de Césarée ; Albert, évéque de Bethléem; Raoul de Sebaste; Josse d'Acre, et Ronmin de Tripoli , avec le prieur du Saint-Sépulcre, député du patriarche de Jérusalem, et an. abbé du Mont de-Sion. Ces prélats représentoienti que, pour conserver ce qui restoit aux Chrétiens, dans la Terre-Sainte, tout dépendoit de la prise de la ville de Damiette, qui serviroit de barrière à la Palestine, -et de porte, si on vouloit faire de plus grands progrès dans TÉgypte : ce qui fait voir , en passant, que le projet du roi Amaulry III et du Grand-Maître d'Assalit , dont nous avoDS parlé , ne pou voit être que très-utile, si , dans le cours de cette guerre , le roi de Jérusalem n eut pas été plus sensible à la honteuse passion d accumuler des trésors , qu à mettre , par de solides conquêtes , la Terre-Sainte à couvert des incursions des Égyptiens.

Comme nous ne parlons du concile de Latran

fie (Nir rapport à ce qui regarde les intérêts de la Terre-^Sainte , et la conduite des Hospitaliers, MUS ne ferons mention que de ce qui s y passa aœsajet. Des évèques de la Palestine renouvell^itot, dans ce concile , les plaintes que Foucher, patriarche de Jérusalem, a voit faites, autrefois, M Pape Adrien IV, contre les privilèges des Hospitaliers et des Templiers (1). «Nous apprenons, dit le saint concile , par les plaintes véhémen«le« des évèques, nos confrères, que les Templiers et les Hospitaliers abusent des privilèges ^ils ont reçns du Saint-Siège; que leurs cha* peiains et leurs religieux prêtres , se prévalant de Tusurpation que des laïques ont faite autre* fois de quelques églises paroissiales , s^«n sont ^t faire , sans la participation des ordinaires , iioe rétrocession ; qu'ils y administrent les sacremens à des excommuniés , et qu'ils y entermt avec toutes les cérémonies ordinaires de (église; qu ils abusent encore de la permission doDoée à leurs frères , de faire ouvrir une fois ies ^ises interdites; et que^ dans ces mêmes lieox, ils s'associoient des confrères séculiers ^ <to'iU prétendent rendre participans de leurs pnnl^es , comme s ils étoient religieux. » Le <^Qdle ajoute , que ces abus venoient moins des

(■) Pracrùm aatem et coepiscoporom nostromm Tehe* *^ti oooquestiooe compcrimas, qaôd fratres templi et ^ptulU, slîjqae profestionis religiosae, indalta sibi ab 'P^rttoKcA sede excedeniet priTiiegta, conua episcopalem ***^imiaieiD multa prcsomuDC, cfc. cap, 9.

19a HL^TOI^E DB LORPRE

T~" — «ppërijBurs, que de rindifÇFétios 4e9 pi^rtieulier ^'"^^! povir y reii)é4ier, il 4éfepd aux Ordrea miUtain f t mémç aux |l^tre^ cqmipyasmt^ FégMlières i)e rfscpvoir , à } aveAfr , la o^on des éf[U«es c ^s 4tRies , sap9 la participatioa d99 osdioaîreg ^V^c iujçtnctlQD <l'al>9iq<lpÇ^Çi^r cell^ dont, dep^ls p^çu, ils ^'étoi^at mis ea pQSKessJou; qu'à l'égard des églises qui ne sont poini de laui* fondaUon , et qui ue sont poipt desservios par d& cttapelaips de TOrdre , ils doiveat pisésenter à 1 eyéqua dioP^^aÎA > les prêtres qu'ils destiooient pour les desservir , et ne se réservep que la connq^s^auçe d^ teippordi qui leur appartenoit; que, canfprméiï^nt i leuçs privilèges , ils ne pourront faire ouvrir des églises interdites , quune $eule Ibis dans l^nuée, et sans y faire donner la sépulture à qui que ca aoit ; et qu aucun des confrères et des associés à FOrdve , ne sera admis à participer à ses privilèges, ail nVst actuellement religieux. Tel fut le véglemeat que le saint eonoile prescrivit suc les plaifites des éMèqu^ > et qui , d^ns. le fqad , ne dimiauoit rien ^ dea droits et des privilègea des Oo<kws nûlitaires. P^ir le chapitre a3 du nbàme concile , on condamne la dureté des ecdé&iastiquea, qui ne perm.ettoient pas aux lépveux d^vpiv d^ églises particulières, quoiqu'ils ne fussent pas admis dans les églises puhKques, Le concile ordonoe que, dans tous les l^eux où les lépreyx vi\vront en communauté, ils pi;^^^^ ayoir ujRe église» un cimetière e^ un prêtre parti/ç^liçc : cV^ ^

iaewMMT,

constitation qae Féglise ait faite en fa* «m des lépreux ( 1 ).

Quoiqii en disent certains éerÎTains modernes^ > >7^ b jalousie qae le clergé de la Palestine eonserroic oontre le» Ordres militaires î n* empêcha pas Kesand , seigneur de Margat , de faire auE Hos«* pitaliers une donation , ou, pour mieux dire, de bire, aveo ces chevaliers, un échange de ce diiteau situé sur les confins de la Judée , ainsi ((oe noua lapprenons de l'auteur des assises d6 Jerosaleoi. Ces religieux le fortifièrent , y mirent (araison , et en firent , depuis , de ce c6té-là , un <lci pins puissans honlevards de la chrétienté en OrienU

Cette acquisition ne fut pas capable de cùia^ penser la perte que FOrdre fit, la même année, it frère Joubert, son Grand ««> Maître, prince Mssi sage, et aussi habile dans le gouverne^ «Mnt, cfue grand Capitaine.

Nous avons yu que Jonbert ayant été surpris P>r Saladin dans une embuscade, se retira dans ;

(0 Ecclesîastici quidsm qun taa tant, non qim Jera-* Qinsti qosereates, feprosis qui cum sanié habitaré non pMMttc» ec atf eccletbin com sKte contenire , écclesistf et ntaiaito non permhniat habere , aec ro^prii jutare mi* Mnio aaosrdocîSy qond qoiit procvl à pieuMe dirisdapA CMe dipioscilnry de bcnigniiate âpottoUcà- consuioimiiS| Ht ubicomque tôt simal sub cotnmuni viià faerint con« P^tiy qui ecclesiam sibi cum casmeterio constituere, ^ proprio Taleani gaadere prasbytero^ âne contrmdic» ^oe aliquA permitiantur habere. 3. Conc. Làt. ck* s6.

le château de Beaufort (i), Saladin l'y fit assiéger ' par un de ses généraux. Ce siège fut lon^ et meurtrier : le Grand-Maître des Hospitaliers qui aétoit enfermé dans cette place, soutint plusieurs assauts avec beaucoup de connue. La j^ûpart de* ses chevaliers, animés par son exemple, et qui combattoient sous ses yeux, se firent tuer en défendant les brèches, sans que le Grand Maître voulût entendre parler de capitulation. Enfin les infidèles firent de si puissans efforts, qu'ils emportèrent Tépée à la main , taillèrent en pièces ce qui restoit de chevaliers, firent prisonnier le Grand Maître : et leur commandant, pour se venger de la résistance du Grand-Mattre, le fit jetter dans un cachot où on le laissa mourir de feim. C'est ainsi que cet illuslre chevalier couronna une vie employée à la défense des autels, par une mort précieuse devant Dieu. D'autres auteurs prétendent qu'il ne tomba point entre les mains des infidèles; mais que, voyant la décadence du royaume de Jérusalem, il en mourut de chagrin.

Le chapitre, s'étant assemblé après sa mort> fit

noon remplir sa place par frère Roger Desmouuns, Desmoo- chevalier qui y par sa^conduite et par sa valeur,

^ justifia le choix de ses confirères. Ses premiers • soins, après son installation, furent d'exhorter

> '77- le régent et les principaux seigneurs du royaume à continuer, avec vigueur» la guerre contre Sa-^

Cl) Pag. 1905.

DES CHEVALIERS DE MALTE. 20f

ladfli. Biais la jalousie et la concurrence entre ksgnmds pour le gouvernement de TÉtat, pen* dcsmov* daat Tinfirmité du roi ; les intelligences crimi-* Dflies de quelques seigneurs avec les infidèles, et U division qui survint , de son temps, entre les <ieax Ordres militaires : tout cela ne contribua pas moins aux conquêtes de Saladin , que sa pro* pre valeur et le courage de ses soldats.

Xoos avons rapporté , sur le témoignage de Brompton, historien Anglois, et du même siè- ^ (Of H^^ rOrdre des Templiers étoit comme une branche de celui des Hospitaliers de Saint- Jean, mais que cette branche, dit ce même auteur, devenue un grand arbre, sembloit faire ombre à la tige dont elle étoit détachée, et IrioufiBsT. Cette émulation entre ces deux Ordres militaires, le désir d'accumuler de nouveaux re» veoos à Tenvi l'un de lautre, certaine jalousie presque inséparable de la profession des armes , ce dêi di^utes sur le rang et la préséance , soit % la guerre ou dans les conseils d^tat, tout coQcouffoit à entretenir entrer eux une mésintelligenœ, qui enfin avoit éclaté jusqu'au point de ie hire la guerre , et de se cîiarger toutes les hu qn ils se rencontroient.

On na»yut disconvenir que , par une condoiie ai Holente , et si indigne de religieux , la piété ne s'affoibllt considérablement dans lun et ïwut Ordre ; et si nous trouvons toujours dans

(0Iib.I,pac.9&

303 HISTOIBE DB LORDBE

^^^^ ces guerriers la même valeur, il faut avouer Ommod. quelle ëtoit moins animée par la charité, que par des motifs humains de gloire et d*ambitioo. Comme ces religieux militaires ne reconnoissoient que le Pape pour supérieur, le roi fit donner avis de leurs divisions à Alexandre HI (i ^. Ce pontife, qui prévit combien les suites ea pourroient être funestes aux Chrétiens de la Terre*Sainte , obligea ces chevaliers à se reconcilier. Il se fit, par son ordre, un traité de paix; les deux Grands-Mattres le signèrent par le conseil, disent-ils dans cet acte, et par la volonté expresse des deux chapitres ; et ils transigèrent , tant au sujet de plusieurs terres dont ils prétendoient la possession, qu'au sujet de différentes sommes qu'ils se demandoient réciproquement. On voit, dans cet acte, que le Pape a voit ordonné aux uns et aux autres , que , s^I survenoif antre eux de nouveaux sujets de contestarlion y il» seroient obligés de nommer, chacun de leur ebiéy trois anciens ehevalien de la Idngue et du prieuré où le différend se seroit élevé , pour en décider absolument; que , si ceê arbitre» ne pou* iFoient cemvenir entre eux , ils pourrtnenf a'en remettre à des amis conumins^qu^its c^cÀsiroient de concert , et qui leur ser viroienf desvMrbitres , ou que la Gonnoissance en sevoif reiAoyée au Saint-Siège. Le Pape* «^ute*, dam sa buUe, qu en atteudamt le jagement souverain qui en

(i) Rimer ad ann. 1189, (om. I, pag^ 149.

DBS CBBYALIERt DE MALTE. 2o3

hÊÊmttn ^ il eihorte le9 ch«valiera des deux Or* dres i M prévenir mutuellement par des mar* ^006 cTbooneur et de conaidëratîoo , et de con«f courir iudifKiremment au bien et à lavantage 4e^ deux maisons : « en sorte , dit Alexandre ^ «que, quoique leur institution soit difKérente, ii

• paroitkue ^ par le lien de la charité qui les doit

• unir^ que ee ne soit qu un seul et même Ordre

• militaire et rë;;ulier. n

lies Hospitaliers et les Templiers se confor^ aèrent, en apparence , aux intentions, du Pape; asis, pour dire la vérilë, raulorité de ce pon* tife assoupit plutàt qu elle ne termina des diiSé* rmils qui avoient leur source dans Tavariee et (bas Taflahilion : deux passions quj ont jette de profondes racines dans le cesur des lnommes.

Une autre passion d'autant phis dangereuse ^'elle ne s msinue dans le cœor qnà la iareur it la beauté et des grâees, peosa eMfler une gaeire civile dans la pfinoipaitté d'Antiocke. ^mosd » qui en étoit le prince souverain , SM»it épousé, en premièref nocsa, une fiHe de laBiaison élUia; et, depuis la mort die oette princesse, il séteit remarié aveo une prfaœsse Ufcqae, appettée Théodore. BoëmcHM, sécNiit par les oharmes 4(vme concubine^ aveiit abandonné son épouse légitime. IjC patriarche cPAnûoche, après des^ monitions canonique» qui ftiseat inutûee , FaxeoMmunia , et jetta un toterdit (toéral sur tous sea États : espèce do ebètinient <pû enveloppe Tinnocent avec le coupable, et

Rosia

qui est souvent très-dangereux par ses suites. Dmiiou. En effet Boëmond , emporté par sa pasdion , et ^^^' irrité dune procédure qui pouvoit exciter une révolte dans sa principauté, fit saisir par ses officiers le temporel du patriarche, le chassa d'Antioche, et ïassiégea depuis dans un château qui lui appartenoit, et où il s'étoit retiré avec, les principaux de son clergé. Le patriarche d'Antioche étoit regardé comme le premier prélat de rOrient, tant par la fondation de son ^lise , rapportée à Saint-Pierre , que par letendue de ce diocèse, qui comptoit dans sa dépendance douze métropolitains, cent cinquantetrois évéques suffragans , et , dans la seule ville d'Antioche, phis de trois cent soixante églises. Gomme le patriarche n étoit pas sans un grand nombre de créatures attachées à sa dignité , et le prince sans ennemis secrets , et que les premiers seigneurs de cet État, et même le peuple, étoient mécontens du gouvernement , les uns et les autres ne furent pas fâtshés de trouver un prétexte si plausible pour éclater. Toute la principauté fut bientôt en armes. Les mécontens , sous prétexte de défendre la cause de T^Iise, cherchoient à venger leurs inj ures particulières : chacun prit parti suivant sa passion ou ses intérêts.

Le roi de Jérusalem , ou plutôt son Conseil , craignant que les infidèles ne se prévalussent de ces divisions , engagèrent le patriarche de Jérusalem^ et les deux Grands-Mattres, à se trans*

porter en diligence sur les lieux pour tâcher d y "J^^ rfubiir le calme. Ces députés, en passant par Dbsmov* Tripoli , emmenèrent avec eux le comte Ray-* "^ iDODcl, ami particulier du prince Boëmond. Ils sasfemblèrent d*abord à Laodicée, d*où ils se rfodirent à Antioche. Il y eut beaucoup de contnvQoes et de paroles portées de part et d autre; eofia , on fit une espèce de traité provisionnel , par lequel on convint que , de part et d autre , on mettroit les armes bas ; qu on rétabliroit in* ostamment le patriarche dans la jouissance de H>D temporel; que l'interdit seroit levé, mais <Ioc le prince demeureroit excommunié , s'il ne qtiittoit sa concubine. Cette restriction ne fit qu'allumer sa passion pour cette femme, et sa baioe contre les principaux seigneurs de la principauté. Il bannit depuis , sous diilSérens prétex- ^) le connétable , le chambellan et trois autres wiftneurs qui avoient fait paroltre trop d attachement pour le patriarche : ils se retirèrent au* près de Rupin, prince de la petite Arménie, qui, àe concert avec les grands du pays , s étoit défait ^ Tapostat Melier, et qui lui avoit succédé dans ^(tte principauté.

U Grand-Maître, quelque temps après son uSa. T^oor d*An tioche , apprit avec beaucoup de don* * l^r, que la plupart îles chevaliers de son Ordre, quiétoient établis à Gonstantinople, avoient été '■'^ttacrés dans un tumulte qui s'étoit élevé, <)3ns cette ville impériale, contre les Latins. L'empereur Manuel Gomnène, dans la vue d*é-

106 HISTOmS Dit L

^ teindre le schisme ^ auquel il n adhéroit pAs, atôit PitMOQ. attiré à Constantitiople un g[fand udmbre de Latins, dont il se servoit tnème dans le niitiistère , et dans les affaires d'État. Tjes Hospitaliers possédoient, datis Gonstantinople , le fameux kèpital de Saint-Sanson ^ situé entre Téglise de Sainte-Sophie et celle de Sainte -> frêne: et ils étoient encore maîtres de Thèpital de Saint-Jean TAumônier.

«Il est Ttaîsemblablcii, dit M. DoGatl^fe (i), historien moderne, mais respectable par sa ptofonde érudition y « que cette église de Saint-SaD-» • son fut donnée aux Hospitaliers de Saint-Jéan a de Jérusalem par Témpereur Manuel Com- «nène, qui affedtionna tellement les Iiatins, é( « particulièrement les Français dci royaume d^ •Jérusalem, (|uil en encourut )a bâfne de ses

• sujets, rf

Cette haine éclata après d« mon (s) : les Otecèy ftigria par dea dtflSérends de religion , et q«i ne v6aloi«nt potot se souibettre à TatifOriCé dn Steint -^ Siè||[e , mirent le fett au^e maisorie des La* tins , massacrèrciyt ceux <|ui leu? tombèrent entre les mains, et n'épargnèrent pas même un cardinarl sqppellé Jem^ cjoe le Pape , à I» prière de renapevevr, avoit envoyé font trtftailler à h réiflfrioA des 4eax ^ises. Les pvétréa et les mon n» Orne» étoient lea plus ardens à eidtér co

(V) Observsicioiu sur ftiisrôîre et Godéfiroy de VillehardMîM yW^itif ftog. 3o:k» -^ (af) Wîll. Tyv. chap. ra.

DBS CHITALI1R8 DE M4LTC. S07

;e^ pour encourager les meurtriers, ils

lear donnoieni même de lai^gent. Ces iîirieux dumoofocréreut dans Thèpital de Saiat-Jean, dont ■'"*'- Boas tenons de parler, tuèrent impitoyablement lo malades et les religieux Hospitaliers qui les lenroient. A peine en réchappa* t-il un petit BOBifare, qui s'embarquèrent sur un vaisseau, et portèrent, dans la Palestine, les tristes nouvelki de cette barbarie.

Ui trouvèrent l*État partagé et affoifali par des dlivisions domestiques , qui en avancèrent la nime. La lèpre , dont le roi étoit attaqué , ne lui pmnetipnt point de se marier , ni même de te* nir les rèaes du gouvernement, il avoit fuit HMMiser la princesse SybUle, sa scrar alnée^ vewe im aaïquis de Montferrat, à Guy de Lnsignan, it la Maison de la Marche , fils de Hugues le Bnm , que la dévotion du temps avoit conduit ^sas la Palestine: prince bien fait et de bonne niae, plus calant que guerrier ; mais qui, après Hoir s^ plaire a la princesse, neut pas de 't«*oe, par aoo orédKt^ à gagner les bonnes grâces du loi.

Baudouin, depuis ce mariage, établit son ^esa-frèee rég^t du royauaae , et ne se réserva ^ te titre de roi , et la possession de la ville de

léraielem , avec une pension de dix mille éeus

for.

La puissance souveraine , à laquelle le roi as- ^^ôa Lusignan , excita, la jalousie des grands » ^, Dés dans la Palestine, traitoient ce prince

Page 1