‹ Œuvres choisies de l'abbé de VertotChapitre 10 sur 19 · LUS · texte numérisé non relu

LUS

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^ d'étranger. Raymond, comte de Tripoli, fomen- Desmoi}. toit cette division. Ce comte, le plus puissant des vassaux de la couronne , aspiroit secrettement à la succession de Baudouin. Comme le choix que le roi venoit de faire , ruinoit ses es* pérances, on prétend que, pour les faire revivre, il prit, dès*lors, des mesures secrettes avec Saladin. La trêve que ce prince ayoit faite avec le roi de Jérusalem , duroit encore : il étoit question de la rompre , sans qu on put en attribuer la cause aux Mahométans. Saladin , pour en faire naître Toccasion , donna des ordres secrets, à un gouverneur de sa frontière , de làdier, sur les terres des Chrétiens, et parmi les champs, qui étoient alors couverts de grains , des troupeaux de moutons, des chevaux, des vaches, et d'autres bestiaui:.

Renaud de Chàtillon , selon Guillaume de Tyr, netoit qu un aventurier (i) et un soldat de fortune ; mais bien fait de sa personne , distingué par un grand nombre d actions de valeur, et qui, dans sa jeunesse, malgré TinégaUté des conditions, avoit épousé, secrettement. Constance, princesse d'Antioche. Il étoit alors seigneur de Caracb , place forte , située sur le haut

(1) Donaina ConsUntîa , domini Raimondi Antiocheai principis vidaa , licet multos iaclitos et nobîles vîros gu* mauimoniuiB appetentes more femineo repulisset, R^^' naldum de Gasdlione quemdam siipendiorum militem sîbt occulté in matrimoniam degit. pfllL Tft. lA- XVni cap* a6.

iuÊt montagne. Les Latins lavoient érigée en arcbevéché, sons le nom de Mont-Royal; on la DcsmoÛ. uommoît auparavant la Pierre du désert , parce '^"'* quelle ^toit à lentrée de T Arabie Pétrée. ChâtiU <«)Q, avec un bon nombre de Templiers, s'y étoit *'>rtifié; et, de là, cet aventurier alloit souvent <o parti. Les Mabométans n avoient point d eniK-mi plus redoutable; il leur enlevoit souvent «if^ caravanes entières de pèlerins qui faisoient ^ voyage de la Mecque ; et , après les avoir mis daos les fers, il insultoit encore à leur dévotion. Mahomet n etoit pas épargné dans ses railleries : il avoit même formé le dessein de ruiner ^)Q tombeau, qui étoit révéré à Médine, et pour kfpd les infidèles n avoient pas moins de vénération, que les Gbrétiens pour le sépulcre de ie^us-Cbrist : il se seroit même rendu maître de •'ette ville et de la Mecque , si le gouverneur, qui «-omniandoit , dans TArabie , pour Saladin , n eût (IfcoQvert son dessein , et ne s'y fut opposé.

Saladin, par droit de représailles, fit mettre )ux fiers quinze cents Chrétiens, marchands ou Pèlerins, dont le vaisseau avoit échoué proche Oamiette. Il envoya ensuite demander au roi la restitution de tous les bestiaux que Renaud et ie« Templiers, au préjudice de la trêve, avoient «'nJevés: et, faute dy satisfaire, cet ambassadeur a^oit ordre de lui déclarer la guerre, et de protester que ce prince agiroit, à Tégard des Chrétiens arrêtés par son ordre, et de leurs effets, de la n même manière dont on agiroit à Tégard des « 14

troupeaux et de leurs conducteurs, quon retci DEftMoi}< noit, disoit-il, si injustement à Carach. ""*• Le roi eut bien voulu pouvoir donner satis^ faction au sultan qu il redoutoit ; mais ce prince étoit si peu autorisé , et le gouvernement si foible , qu^il ne put jamais obliger Renaud et les Templiers à restituer le butin qu'ils avoient fait. Saladin, sous prétexte d user de représailles, recommença à faire des courses sur les terres des Chrétiens; la guerre s ensuivit, comme il lavoit prévu. Il passe le Jourdain, tue tout ce qui se présente en armes devant lui , enlève les femmes et les enfans, qu il entraine dans un indigne esclavage ; met le feu aux maisons , ravage la campagne, et s'abandonne à toutes les cruautés qui pouvoient porter la crainte et la frayeur dans lesprit des peuples.

Ces ravages firent montera cheval les principaux seigneurs, du royaume , suivis de leurs vas* saux, et accompagnés des deux Ordres militaires, il se forma, de ces corps différens, une armée considérable. Le roi, dont le mal augmentoit tous les jours, ne se trouva plus en état de marcher à la tète de ses troupes. Il avoit perdu la vue; la corruption de la lèpre lui avoit même 6té Tusage des pieds et des mains; ainsi il Ait réduit à confier le commandement de larmée ii83. à Lusignan, son beau -frère, qu'il avoit fait comte de JaflPa et d'Âscalon : titres affectés a l'héritier présomptif de la couronne. Le comte, soit pjar incapacité dans le métier de la guerre,

08 par la jalousie des chefs y fut plus de huit ~

jours en présence d un ennemi plus foible que Dumov. lui sans I attaquer ; et il le laissa même retirer **"'' arec son butin et ses prisonniers , et repasser le Jourdain, à sa vue, sans faire le moindre mou- Ttment, et sans oser sortir de ses retranchemens. lies chrétiens Latins, tous soldats, et qui vouloient que leur prince fut Capitaine , portèrent lears plaintes au roi de la lâcheté de son beautrere; et la plupart des seigneurs protestèrent hautement qu'ils ne marchçroient jamais en campagne sous ses ordres. Le roi , pour les satis- ^re, retira le pouvoir qu'il lui avoit confié; et, comme souvent les princes ne mettent point de Woes, ni à leurs faveurs, ni à leur ressentiment, on le priva du comté de JafFa, comme incapable de défendre cette importante place, qui étoit une des clefs du royaume (i). Le roi détif^, en même-temps, pour son successeur , le jeune Baudouin , son neveu , fils de la princesse SyliiUe , et du marquis de Montferrat , son premier mari , quoique ce jeune prince eut à peine Qoq ans. Ce changement remplit l'État de divisions. Guy de Lusignan se retira à Ascalon , où il ie fortifia d*abord contre le parti qui lui étoit ^^pposé. Mais, comme ce prince étoit plus capa- Ue de faire éclater son mécontentement par de Tains discours, que de le soutenir les armes à la main, il revint bientôt à la Cour; et, en échange

(I) WiUeL Tjricnus. lîb. XXIIL

m &TSTOIRË DE t'ORbtlfi

d'une couronne et d une souveraineté qu'on lui DisMou- avoit fait espérer, et qui n a jamais de prix, il se ■*'"'• contenta de la comté de JafFa , qu'on lui rendit, avec le titre de pensionnaire du roi.

Baudouin , qui n'étoit plus en état d'agir, par lui-même , remit le soin du gouvernement au comte de Tripoli, moins par confiance, que dans la crainte , s'il en étoit exclus , qu il n'excitât de nouvelles brouilleries dans FÉtat. Raymond , l'auteur secret de toutes les cabales de la Cour, refusa d'abord la régence , qu il sçavoit bien que personne n'aocepteroit à son préjudice. Il fallut que le roi lui en fit de pressantes instances ; et il ne consentit à se charger du gouvernement, quà condition que les Hospitaliers et les Templiers s'engageroient de défendre toutes les places qui pourroient être, attaquées. Cependant , pour affermir son autorité, il obtint une nouvelle trêve de Saladin , mais que ce prince infidèle, pour se dédommager des frais de la guerre , n'accorda , qu'à prix d'argent.

L'objet des Chrétiens, en demandant cette trêve , étoit de s'en servir pour avoir le temps de se procurer une nouvelle croisade, et les secours 1 des princes d'Occident. Il étoit question d'y envoyer une ambassade solemnelle , et de chaiig[er de cette négociation des personnes habiles , et qui sçùssent s'attirer de la considération par leur rang et par leur mérite.

Héradius, patriarche de Jérusalem, s'offrit pour cet emploi : homme vain , présomptueux ,

DES CBBTALIBIIS DE MALTE. ai3

H qni se vanta de ne revenir qu'à la tête d'une """ ~" «rmée composée des plua puissans princes de di^^. Itaropc. Celui de ces souverains sur lequel il ""*comptoit le fdus, éCoit Henri II, roi d'Angleterre, petii-^ de Foulques, comte d'Anjou et roi de Jénisalem , et , par conséquent, cousin germain de Baudouin. Ce qui augmentoit encore la coniiaDce du patriarche , c'est qu'il a voit appris que le prince Anglois n'avoit reçu l'absolution du Pape^ ao sujet de l'assassinat de Saint-Thomas , arche» ^éque de Gantorbery, dont il étoit soupçonné , qu à condition de mener, lui-même , un puissant Mcoors à la Terre-Sainte. Quoique ce prince n'eut pas commandé ce meurtre en termes exprès, cependant, comme il sembloit y avoir donné lieu pv des paroles imprudentes , il se soumit à ce f^re de pénitence ; et , dans un concile tenu à A franches, en Normandie, le a 7 septembre 1172, • ii sToit promis solemnellement qu'à Noël pro- >>»»• ciiain, il prendrait la croix pour trois ans, et *^^' pvtiroit, l'été suivant, pour Jérusalem, si le I^pe ne l'en dispensoit ; et que, dans cette guerre, outre ses propres troupes^ il entretien droit, a ^ dépens , deux cents Templiers , au moins , pendant un an. Aucune de ces conditions n'avoit ^i^re été accomplie depuis près de treize ans ï^iUsy étoit engagé.

I^ patriarche , qui en étoit bien instruit, fai- ^it agir tous ses amis pour être envoyé en Eu- ^pe, doù il se flattoit de revenir avec un puis- ^^t iecours , et comblé, en son particulier , de

'2l4 HISTOIRE DE L'ORDBE

— — — mafrnifiques présens. Mais le Conseil avoit de la Desmod- peine a remettre une négociation si importante Lisa. à un prélat naturellement emporté, et qui ne connoissoit de manières de traiter avec les hommes, que celles de hauteur. Cependant, comme 11 eût été dangereux de le refuser , et que d'ailleurs on se flattoit que sa dignité donneroit plus de considération à lambassade, on accepta ses offres ; mais on lui donna pour collègues les deux Grands-Maitres , capables , par leur modération et leur politesse , d adoucir ce qu'il y avoit de féroce dan* Thumeur du patriarche ; outre que les' chevaliers des deux Ordres , par leur naissance et par leur valeur, étoient fort considérés dans rOccident, et auprès des souverains, dont ils étoient nés sujets.

Ces ambassadeurs partirent du port de Jaffa, et arrivèrent heureuisément à Brindes. Le Pape Luce III, successeur d'Alexandre, et l'empereur Frédéric I, étoient alors à Vérone: ils s y étoient assemblés pour tâcher de donner la paix à Fltalie, quils avoient mise en feii par leurs prétentions réciproques. Nos ambassadeurs, voulant profiter de cette occasion , se rendirent en diligence à Vérone, et exposèrent, à Tun et à lautre , la puissance formidable de Saladin , le malheureux état et la foiblesse du royaume de Jérusalem, et le besoin qu'on avoit d'un puissant secours, si pn vouloit conserver la Terre-Sainte. L'empereur promit des troupes qu'il ne donna point; et le Pape ne donna que des indulgences

DES CHEVALIERS DE MALTE. !2l5

et des lettres de rccommandatioD , qui ne lui ■

coatoieDt nen (i). Dumoc-

Ce poDtife écrivit, à la vérité, des lettres très- ■^*' pressantes au roi d*Ângleterre , et menaça des jugemens de Dieu, s'il naccomplissoit la pénitence quon lui avoit imposée: et, par d autres lettres^ il sollicita vivement le roi de France de signaler son zèle, à son avènement à la couronne, par ane entreprise si digne de la piété de ses ancêtres (2). Nos ambassadeurs , chargés de ces lettres , se disposoient à passer dans les deux royaomes , quand ils furent arrêtés à Vérone par une violente maladie dont le Grand-Maitre Arnaud des Templiers fut attaqué, et qui se termina par ^ '^^^' sa mort. lies deu^ ambassadeurs, après lui avoir rendu les derniers devoirs, se mirent en chemin pour la France, et arrivèrent à Paris, dans le nss. mois de janvier de Tannée if85. Philippe II rrgnoit alors en France , jeune prince âgé d en- Tînm vingt ans. Ijes ambassadeurs, après lui avoir rerois les lettres du Pape , lui exposèrent l'extrême danger oii se trouvoit la Terre-Sainte de retomber sous la tyrannie des infidèles; et, pour rengager même à se mettre à la tète de ses

(1) HeracUas, patriarcha sanctc Remrrectionis , cl Rogcm magister domèa hospîialîs JeruMlem , tendentes in Ocddeniem, et per icaliam iranmtom fecientes et Galliam, aer k domino papa, nM ab hnperatore Romane , nec à reigc Fraocoram , aliqua contolatoria receperant. Bmduiph, de DiceiOj Àn§L pa§. i65.

(1) Bug. de Uov. pag. 6a8.

Il6 HISTOIRE DE l'oRDRE

^ troupes , ils lui présentèrent les clefe de la ville Dbsmoo- de Jérusalem,, de la tour de David , et de 1 église MK». du Saint-Sépulcre, comme une espèce d'investiture , ou du moins comme des ça(][es du droit de protection qu'il devoit acquérir par ses armes. Le roi reçut honorablement le patriarche et le Grand-Mai tre , et leur donna le baiser de paix (i), dit Rigord : il ordonna , en même temps , à tous les prélats de son royaume d exhorter ses sujets à prendre la croix. Il la vouloit prendre luimême; mais le Conseil de ce jeune prince, qui n a voit point encore denfans, ne jugea pas à propos que , dans la conjoncture des guerres continuelles que la France avoit à soutenir contre les Anglois et les Flamands, il quittât ses États. Le roi se Contenta d'assurer les ambassadeurs, qu'il entretiendroit, à ses dépens, (2) tous ceux qui se croiseroient, et qui prendraient ks armes par un motif aussi saint et aussi pieux.

Le patriarche et le Grand-Maître passèrent ensuite en Angleterre , d'où le patriardbe , comme nous l'avons dit , espéroit tirer de plus puissans

(i) In osculo pacis honorîficè recepit, diligentissimè prœposilis terrœ sus, sive dispensa toribus praBcipiens quod ubicumque per terram irent, de redilibus régis sufficientes expensas illis ministrarent. Rigord ^pag. 171.

(a) De coDsilio priocipum^ strenuos milites cum n^gn^ multitudine peditum armatorum de propriis reditibus sumptus sufBcientes, prout Famâ référante didicimus; mi* niso^ansy devotè Jérusalem transmisit. Idem ihid.

ueis.

secoarf (i). Ces ambassadeurs, étant arrivés , „

I 11 1 Root»

rroairent au roi la lettre du Pape, et lui repré- diuioc. ^ocèreot le besoin que les saints lieux avoient Ce ses armes, et sur-tout de sa présence. Henri .'^ reçut avec de glandes démonstrations d'bon- Ltttr. On prétend même qu il alla au«devant .eux jusqu'à Redingue. Mais, comme il étoil t^ancé en âge , et que d ailleurs il avoit trois fils ; Itins de feu , d'un génie inquiet , dévorés d'am- ^liouy et quil avoit bien de la peine à contenir 'om son autorité , un voyage de si long cours '}of celui de Jérusalem , dans cette conjoncture , uf lui parut convenable ni a sa santé , ni à l'état {•fcsent de ses affaires. Cependant , pour amuser l« ambassadeurs , il remit la décision de cette <:Qireprise au parlement , qui s'assembla le premier dimanche de carême. On exposa , de la part du roi, dans cette auguste assemblée, le :t>ir sincère qu'il avoit, pour accomplir sa pébiteoœ, de fieiire le voyage de la Terre-Sainte ; 'i^, en même-temps, on ne dissimula pas sa vieillesse, le mauvais état de sa santé, et même ^^ besoin que l'Angleterre avoit de sa présence. '^ sujets complaisans devinèrent aisément les uttcaiions du prince , et ne manquèrent pas de ^y cooformer; on lui envoya, en cérémonie, (iei députés, qui lui représeutèrent, de la part de

(t;WiII. Ncak. lib. III|C&p. la, pag- 4>S.— Roger de Hoiedca, îd Htar. IL

2l8 HISTOIRE DE l'oRDRE

la nation , que , par un engagement précédent Desmoo- à la mort de Saint-Thomas et à son absolution, ""^' et par le serment solemnel qu il avoit fait le jour quil avoit pris la couronne, il étoit plus obligé de rester dans ses États , pour les gouverner, que de les abandonner pour aller, en personne, faire la guerre dans la Palestine; que le parlement cependant étoit d avis d accorder cinquante mille marcs d argent pour lever des troupes, qui partiroient incessamment pour TAsie; quon prècheroit la croisade dans tout le royaume, et que le ror permettroit aux prélats et aux seigneurs qui voudroient prendre la croix /de sortir du royaume pour une si sainte expédition. lie roi fit part de cette résolution aux ambassadeurs; ils lui demandèrent qu au moins il envoyât uo de ses fils à la tête des croisés. Mais il leur répondit, qu alors il ne s en troiivoit aucun en Angleterre , et qu'il ne pouvoit les engager en leur absence. Le patriarche , naturellement em* porté , lui dit fièrement qu ils n'avoient pas besoin de son argent, mais dun chef capable de conduire une armée. Il ajouta mille choses violentes, jusqu a lui reprocher ses infidélités envers le roi de France, son seigneur, et même lassassinat de Saint-Thomas de Cantorbery : et , vpyant que Henri , le plus fier de tous les hommes, rougissoit de dépit et de colère: «Voilà ma tête, « lui dit-il , vous pouvez me traiter comme vous « avez fait mon frère Thomas ; il m'est indiffé* « rent de mourir ici par vos ordres , ou, en Syrie,

LI5i.

- de ia maio des infidèles ; aussi-bien ètes-vous „

, . KOGCIl

• plus méchant que tous les Sarrasins ( 1 ). » DisMor-

Oeori, soit par grandeur d ame, ou qu il crai- ^it (le se commettre une seconde fois avec les (M iésiastiques , dissimula ces outrages. Mais ou 5f peut exprimer la douleur et même la confu- Moa du Grand-Mattre des Hospitaliers de se voir ^>ocié à un homme aussi violent que le patriar* be, et qui, par ses emportemens, ruinoit tout !^ Irait qu*on eut dû justemeût espérer de leur nrffociation. Il n oublia rien pour appaiser le r 'i, qui parut donner son ressentiment aux inurits de la religion. Ce prince ramena même '^ans son vaisseau , jusqu'en Normandie , les deux ambassadeurs de Jérusalem, qui célébrèrent la t'te de Pâques à Rouen (2).

On trouve, dans la Chronique de Trivet, que t prince leur donna, de son épai^ne , trois mille marcs d argent. Un grand nombre d'Anglois, et plusieurs de ses autres sujets des provinces'd en- 1'^ de ia mer se croisèrent , et se joignirent aux ^raD<;ais que Philippe II faisoitpasser, en Orient, > ses dépens. Mais, comme il n*y avoit poitit de prince, ni de personne d'une assez grande autorité pour les commander et pour s en faire obéir, ^»B ne tira pas grand fruit de cet armement: et,

JiFacde me quod de Thomas fccisti, adeô libentèr M'iiteoccidi ia Anglià, sicut à Sarracenis in Syrià, T^u m OQDî Sarraceno pejores. Chron. Joan* Brompton, ^^ "«ir. /I, pag. 1145.

l.lib.VIlI,pag.48g.

a20 HISTOIRE DE L^ORDRE

■^^^^ — par le retour des ambassadeurs , la conste^rnalion Desmou- succéda aux fausses espérances que le patriarche

j.i»a. avoit données de sa négociation.

On ne fut pas long-temps à Jérusalem sans être instruit de Ija conduite bizarre et emporlée quil avoit tenue à la Cour d'Angleterre; tout le peuple se déchainoit contre lui. On disoit hautement que la vraye croix , qui avoit été recouvrée autrefois par un prince , appelle Héradius , seroit reperdue sous le pontificat et par la faute d un patriarche du même nom; tout le monde détestoit sa violence (i), et on nepargnoit pas sur-tout sa conduite au sujet d'une femme quil entretenoit publiquement, et plus connue sous le nom de la patriarchcsse , que par le sieu propre.

A ces plaintes contre ce prélat, succédèrent de tristes préjugés quon faisoit de lavenir; le roi mourant, son successeur mineur, un régent ambitieux , sans religion , soupçonné d'aspirer à la couronne , et de s'entendre avec les infidèles, la tr^ve prête à finir, l'ennemi puissant et redoutable, peu de troupes, encore moins d'argent,

tiS6. différens partis , et des divisions toujours funestes dans une minorité. Dans de si fâcheuses

iiS5. conjonctures, survint la mort du roi: elle fut suivie, sept mois après, de celle du jeune Baudouin V, son neveu et son successeur. Les ennemis du comte de Tripoli publioient que ce

(i) Marin. Sanat. lib. III; part. 6, chap. a4) P- >47*

DES CREVAT.IERS DE MALTE. â!2f

prince avoit fait empoisonner le jeune roi dans — — la me de lui succéder, tant par les droits de sa dumoona»sance, que par ses propres forces , et le cré- "'^'' * dit f t la puissance de ses partisans.

D'autres rejettoient un si {prand crime sur la nHTe même du jeune Baudouin (i); on prétend quelle avoit empoisonné son fils pour régner fllMDème , et pour faire régner Guy de Lusi- '^ao, son second mari. Ce qui fortîfioit ces ^«ufN^onSy c*est que personne ne sçut jamais ni Il maladie du jeune prince , ni le moment de sa mort; que cette princesse, après s'être assurée du patriarche , du Grand-Maître des Templiers ^^^j^f ^f H du marquis de Montferrat, fit environner le Mais de troupes ; que ce Grand-Maître , qui )>oit en dépôt la couronne et tous les ornemens royaux, gagné par des sommes considérables f] 00 lui donna , les lui avoit remis sans la parûnpation des grands de I*État, et que le même ..'^ur qa on déclara la mort du jeune roi , la reine , M mère, et Guy de Lusignan , s etoient fait pro- Himer roi et reine de Jérusalem.

Ui créatures du comte de Tripoli , qui mél'nsoient Lusignan , s'opposèrent hautement à (tttc proclamation ; et même Geoffroy de Lusi* IV<^^i prince d'une force de corps et d une val'ur eitraordinaire , mais qui n'étoit pas prévenu ^ bveor du courage de Guy, ayant appris son "^léYation sur le trône de la Palestine , ne put

'/HooldcoiiciD.— WilLTyr*lib. I, cap. 3.

' S empêcher de dire , d'une manière à la vériic DEiMour peu chrétienne: «Ceux qui ont fait roi mon ^^' u frère , m auroient fait Dieu , s ils meussent u connu » . La plupart des grands de ce royaume se plaignoient de ce que le Grand-Maitre des Templiers, dépositaire et gardien de la couronne royale y lavoit remise , saiis leur participation , à la reine et sur-tout ^ Guy de Lusignan , qui ny avoit aucun droit. Ces seigneurs, les premiers de TÉtat , représentoient au peuple que, dans la situation où se trouvoient les affaires de la Terre-Sainte , on avoit besoin > pour roi , d'un prince qui fût Gapitaipe , et qui eût lestime et la contiance des gens de guerre ; et ils prétendoient même que la couronne ne pou* voit tomber que sur les mâles de la Maison royale: ce qui donnoit une exclusion entière aux deux princesses , sœurs du jeune Baudouin. De si hautes prétentions partageoient tous les Chrétiens de la Palestine ; on leva des troupes de part et d autre ; et on étoit près den venir aux mains: mais heureusement laffaire se tourna en négociation.

Le comte de Tripoli, qui faisoit agir secrette* ment la cabale opposée, à la Cour, fit dire , par les principaux seigneurs de son parti, à la princesse Sy bille , qu'ils consentiroient volontiers à lui mettre la couronne sur la tête ; mais que , si elle vouloit un roi pour mari, ils exigeoient quelle répudiât Lusignan, et qu ensuite elle fit choix,, pour psirtager son tr6ne et son lit, d'un

prince capable de ^bmmander les années , et de ■

défendre l*ÉCat. Dumou,

lia princesse, qui ëtolt habile, consentit à ces ^"'' propositions ; mais elle exigea , de son côté , que lf> grands s engageassent , par un serment solemnel , à reconnoltre pour leur souverain , celui quelle désigneroit pour son mari. Les sermens durent faits d autant plus facilement, que, quoique le régent fût actueJlement marié , ses partivaD< se flattoieut, à la faveur d*un pareil divorce, (|Uf le choix de la princesse ne pourroit jamais tomber que sur ce prince. I^ patriarche , que la reiue avoit gagné par de grosses sommes d ar- RPQt, prononça sur le champ la sentence da «iivorœ entre elle et.Lusignan. L^histoire ne dit point de quels prétextes on se servit; mais, après que Le divorce eut été déclaré , et la prin- ((^se reconnue pour reine, on la conduisit dans i(*f;lise du Saint-Sépulcre, où elle reçut solem- Dellement la couronne des mains du patriarche (i). Elle la tira aussitôt de dessus sa tèle, et h portant sur celle de Guy de Lusignan, l'eml>ra«sa comme son mari , le salua comme roi , M se tournant vers les grands , étonnés de cette démarche : // n appartient point aux hommes y leur

(i) Pnebu regina accepît coronam regiam in manibos «uu, ei posuit cam super capul Guidunis de LusîgDaa 'li^riû soi, dtcens: Eco eligo te in regein et donûnum "fuin , ci terre Hierosolyniiianae : quia quod Deus con* i^iitxii, homo teparare non débet. Roger de Uopeden^

â24 HISTOIRE DE c'ORDRË

""""■" dit-elle fièrement, <te séparePce que Dieu a uni.

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