‹ Œuvres choisies de l'abbé de Vertot (volume 3)Chapitre 1 sur 47 · LIVRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TREIZIÈME

Si la conquête du fort Saînt-Elme avoit coûté, ■ ' ■ aux infidèles , un de leurs généraux et leurs plus „^ l* braves soldats, la religion, par une défense si ^*"rr«opiniâtre, n'avoit pas fait, à proportion, une perte moins considérable. On comptoit jusqu'à cent trente chevaliers, et plus de treize cents hommes qui avoient péri dans ce siège particulier; et les cruautés que les Turcs venoient d'y exercer, avoient jette une espèce de consternation dans les esprits. T^e Grand-Maitre, quoique sensiblement touché d'une si grande perte, dis-

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— — ^— 8imuIoit sagement sa douleur; et, pour rassurer i>r. LA quelques chevaliers en qui il voyoit une espèce

Vitim. d'étonnement, il convoqua une assemblée générale et extraordinaire de tous ceux qui, sans préjudicier à la défense de leui^ postes, purent s*y trouver. Il y parut avec sa fermeté ordinaire, et cette hauteur de coUrage qui est au-dessus des évènemens. Ce prince fit d'abord i éloge des chevaliers qui étoient morts dans cette occasion ; et il dit qu ayant sacrifié leur vie pour la défense de la foi, ils avoient assez vécu pour leur gloire et leur salut. Il exhorta ensuite toute rassemblée à imiter leur zèle et leur courage ; et ^ pour lui inspirer une nouvelle ardeur, et augmenter sa confiance , il représenta que les chevaliers qu on avoit perdus avoient été plutôt accablés par la multitude des infidèles, que vaincus par leur valeur; mais que le nombre de ces cruels ennemis étoit considérablement diminué; que leur armée s'afFoiblissoit encore, tous les jours, par des flux de sang , et par d autres maladies contagieuses , dont elle étoit attaquée; que les provisions de guerre et de bouche commençoient à leur manquer, et quils en avoient envoyé chercher, le long des côtes d'Afrique, et jusques dans FArchipel et dans la Grèce, sans quon tfùt eu encore nouvelle du retour de leurs vaisseaux; d ailleurs que le fort, dont ils venoient de s emparer, ne leur donnoit aucun avantage sur le Bourg, et sur les autres forteresses, dont, par leur situation, ils étoient entièrement séparés; que toutes

les forces de la religion étoient renfermées dans ~

ces places ; qu'il n étoit pas même difficile d y de la faire entrer du secours ; enfin qu'il livreroit ba- Valette. taille aux Turcs , ou qu il espéroit de les faire tous périr au pied des bastions et des boule* vards.

Ce discours- qu'il prononça avec une noble audace , le feu qui brûloit dans ses yeux , la connoissance qu'on a voit de sa valeur et de sa capacité , tout cela affermit la confiance de l'assemblée; et il n'y eut point de chevalier qui ne protestât hautement de répandre jusqu'à la dernière goutte de son sang, pour la défense de Fisle et de tout l'Ordre. \

Le Grand -Maître vit avec un sensible plaisir ses propres sentimens dans le cœur de tous les chevaliers ; et , pour les communiquer jusqu'aux simples soldats, il parcouroit tous les postes; et, leur adressant la parole avec une douce familiarité: «Nous sonimes soldats de Jésus - Christ , « comme vous^ mes camarades, leur disoit-il; et «si, par malheur, vous nous perdiez, et tous i( vos officiers , je suis bien persuadé que vous «n'en combattriez pas avec moins de résolu- «tion, et qu'alors vous sçauriez bien prendre u Tordre de votre courage n. Pour augmenter leurs forces et leur confiance, il tira de la Cité Notable, qui a voit moins à craindre des Turcs, quatre compagnies qu'il fit entrer dans le Bourg: il choisit, en même-tems, quatre des principaux

commandeurs , qu'on appelloit Capitaines du Se-

JrAM

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cours, et qui en dévoient porter dans les endroits DK LA qui seroient les plus presses. Chacun de ces coni* Valktti. inandeurs avoit à ses ordres particuliers dix chevaliers pour leur servir comme d aides-de-camp : il en nomma ensuite trois autres, en qualité de 8ergens*majors de la place ; et , afin que les vivres fussent distrihuces avec économie , quoiqu'il en eût fait un amas prodi^jioux, il fit encore apport ter, dans les {^i^niers et dans les celliers publics, tous les hleds et les vins qui se trouvèrent alors chez les marchands particuliers, auxquels il les fit payer.

A ces soins , si dignes d un {p*and général , il ajouta une défense expresse de faire, à lavenir, aucun prisonnier; il ordonna qu^après en avoir tiré les lumières qu on pourroit des desseins da bâcha, on les égorgeât tous, sans faire aucun quartier. Il en vint à cette rigueur, non-seule^ ment pour apprendre aux Turcs quil y avoit des vengeurs des cruautés qu ils avoient exercées sur les chevaliers du fort, mais encore pour ôter à ses propres soldats et aux habitans, dans quelque extrémité qu'ils fussent réduits , toute espérance de composition, et pour leur. faire sentir quil ny avoit, pour eux, de salut que dans le salut même de la place.

Le bâcha , qui n etoit pas informé d une résolution si déterminée, et qui, au contraire, se flattoit que le Grand-Maitre et les chevaliers, ébranlés par la perte qu ils venoient de faire, ne seroient pas fàdiés d'entendre parler de capitu-

lation, envoya, à la porte du Bourg, avec un étendard blanc, un officier suivi dun esclave delà Chrétien pour lui servir d'interprète; et il étoit V*""'* chargé de pressentir si le Qrand-Maltre seroit disposé à entrer en négociation. On nadmlt dans la ville que lesclave, qui, depuis trente ans, servoit sur les galères du Grand -Seigneur, Il rencontra la Valette sur la place; et, aux premiers mots qu'il prononça de composition , ce Grand-Maitre, sans en vouloir entendre davantage, ordonna, sur->le-champ, quon le pendit. Mais, eu particulier, il dit au chevalier quil avoit chargé de faire faire cette exécution , de lui en donner seulement la peur, et de le relâcher après en avoir tiré toutes les lumières quil pourroit de l état de Tarmée des infidèles , et des desseins du hacha.

On trouva que cet esclave étoit un. pauvre vieillard, âgé de plus de soixante et dix ans, qu on n avoit détaché de la chaine que pour une commission si dangereuse , et qui , d ailleurs , n avoit aucune connoissance des projets du général des Turcs. On lui offrit de le retenir dans la place; mais, comme il croyoit que les Turcs 6*en rendroient bientôt maitres, dans la crainte den être ensuite traité comme un transfuge, il préféra ses chaînes à une liberté quil s'imaginoit devoir être peu durable, et dont une seconde perte pouvoit être suivie, d'horribles tourmens : ' ainsi il demanda detre congédié. Le chevalier', qui avoit ordre de le mettre hors de la place , le

Valettb.

6 HISTOIRE DE LORDRE

^ tit passer au travers de plusieurs rangs de soldats, ni 1.4 à qui on avoit exprès fait prendre les armes ; et , quand il leut conduit jusqu'à la contre-escarpe y lui montrant les boulevards , les bastions , et sur-tout les fossés profonds de la place: « Voilà, « lui dit-il y le seul endroit que nous voulons ce- «der au bâcha, et que nous réservons pour % « ensevelir avec tous ses janissaires ».

Par la fière réponse faite à cet esclave , le hacha comprit bien qu il n y auroit que la force des armes qui le rendroit maître de Tisle. Ses troupes, par son ordre, investirent, du côté de la terre, le château Saint- Ange, le Bourg et la presqu'isie de la Sangle, quon appelloit anciennement le château , et la ville de Saint-Michel» situés sur deux langues de terre qui s avançoient dans le grand port, et qui n etoient séparés que par une espèce de canal , qui servoit de port particulier aux galères de la religion. Larmée des infidèles setendoit depuis le Mont ou roc du Coradin , et depuis le Bormole , espèce de fort contigu au bourg Saint • Michel, ju8C|u'au Mont Sainte -Marguerite et au Belveder, oii le hacha avoit marqué le quartierf[énéral. On commença ensuite à ouvrir la tranchée; et, dans les endroits quon ne pouvoit entamer, et où le roc étoit trop vif, le hacha fit élever des murailles de pierres sèches ; et, pour battre, en mème-tems, le Bourg et la presqu'isie où étoit situé le château Saint-Michel , et qu on appelloit alors liste de la Sangle, les esclaves Chrétiens furent em-

ployés à traîner soixante et dix pièces cle gros — -^— canon , qu on conduisit en différens endroits, et de la dont on dressa, depuis, neuf batteries. Valette,

Pendant que les Turcs étoient occupés à ces travaux, dom Juan de Cardpnne, dont nous avons déjà parlé , et qui commandoit les quatre galères du secours , après plusieurs tentatives pour les débarquer dans Tisle , mais que le mauvais tems, et peut-être sa propre timidité, avoient rendu inutiles, reparut proche de Malte, pour tâcher, suivant son instruction, de découvrir si le fort Saint-Elme tenoit encore. Il mit à terre, avec une légère escorte, le mestre- de-camp Robles et le chevalier de Quincy. Le mestre-decamp s^étoit attiré la confiance de dom Juan en soutenant, dans tous les conseils, pour se conformer au sentiment du général , qu on ne pouvoit prendre, trop de précaution pour un débarque* ment. Il ne fut pas plutôt à terre^ qu'il apprit, de quelques pauvres habitans cachés dans des grottes voisines, que le fort étoit perdu. Cen étoit assez pour le faire rembarquer promptement; mats, ayant été gagné par les prières du chevalier de Quincy, et séduit par son propre courage, il résolut de dissimuler la vérité à son général, et, pour contribuer au salut de Malte, de l'engager à mettre promptement à terre toutes les troupes qui étoient sur les galères. Dans cette vue, et de peur que ses soldats, à leur retour, n'apprissent à dom Juan la perte du fort, il les envoya à la Cité Notable, dont l'accès étoit

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"~""" iacile, sous prétexte den amener des {suides et nRLi des chevaux pour conduire le secours jusqu'au

Valsitb. Bourg ; et il manda , au {gouverneur, qu il alloit faire faire* le débarquement a la cale de la Pierre noire; qu*il retint les soldats qui lui rendroient sa lettre, et quil lui envoyât d autres f^iides pour conduire le secours au Bour{;, et des voitures pour porter le ha{;a{;e. Il revint ensuite à bord avec Quincy. Ces deux officiers, à leur retour, par un mensonge officieux, assurèrent le général que le fort tenoit encore; mais quils avoient appris qu'il n en falloit plus rien espérer, si on ne savanc^oit promptement à son secours; que, sur CCS nouvelles, ils avoient envoyé des soldats à la Cité pour en amener des voitures. Cardonne, toujours incertain, eut bi^n voulu différer encore le débarquement; mais les chevaliers, et environ quarante (',entilshoVnnies séculiers qui ctoient dans sa galère, firent tant de bruit, et même tous les soldats montroient tant d ardeur et de zèle |x>ur se voir aux mains avec les Turcs, que dom Juan, craignant leur mécontentement, et que, par des plaintes publiques, ils ne le déshonorassent, comme ils leu menaçoient, les mit à terre. Le débarquement se Ht dans laïuse de la Pierre noire; et Cardonne ne se vit pas plutôt débarrassé du commandement, quavec ses quatre galères il reprit la route de Sicile.

La difficulté étoit de faii^ passer ce petit secours dans le Bourg, investi et bloqué, du côté de la terre, par les infidèles. Le Grand-Maitre,

Valette.

qui avoit été averti, par Mesquita, du débarque- "r~" ment, leur avoit envoyé des fluides pour les delà conduire, par des routes détournées, jusqu'au port ou à la caie de FÉchelle, avec assurance qu'ils y trouveroient des barques qui les amèneroient, en toute sûreté, sur le rivage du Bourg. Le secours se mit aussitôt en chemin, et, à la faveur d'un grand brouillard , il gagna le port de rÉchelle sans être découvert; après sY être rembarqué, il pénétra, au travers du grand port, jusqu'au Bourg, où les chevaliers et les soldats furent reçus avec toute la joye que méritoient leur zèle et le besoin qu'on avoit de leur secours. Le mestre-de-camp Robles, et la plupart des chevaliers et des gentilshommes séculiers, à leur prière et aux instances pressantes qu'ils en firent au Grand-Mai tre, furent envoyés dans l'isle de la Sangle, et dans le château de la ville, lendroit le plus foible de l'isle, et contre lequel les Turcs faisoient leurs plus grands efforts. DifFé-' rentes batteries, placées au Mandrace et sur le Mont Scéberras , tiroient continuellement contre cette place; et elle étoit encore battue du haut du Coradin, d'où, par son élévation, et tomme d'un cavalier, on voyoit à découvert le même endroit. Pour le serrei; de pluS' près, le bâcha fit faire^ à la tète du Coradin, un retranchement dont la hauteur mettoit à couvert ceux qui y étoient logés. Les assiégés n'avoient plus de libre que le côté du port et de la mer ; pour leur couper cette communication, d'où ils pouvoient ti-*

Jeas

lO HiSTOIRB DE l'ORDRB

rer du secours, et pour enfermer les Chrétiens nTCà de tous côtés, le bâcha proposa, dans le Conseil \alktti. j^ guerre, d attaquer le grand éperon qui étoit à la pointe de cette presqu*isle. Pour lexécution de ce projet, il falloit nécessairement faire en-trer, dans le grand port, un nombre considérable de barques armées et remplies de soldats ; mais on lui représenta qu outre la chaîne qui fermoit ce port, ces barques ny pourroient passer sans s être foudroyées et coulées à fond par lartillerie du château Saint-Ange, qui commandoit et qui battoit tout cet endroit du port; et on auroil abandonné ce dessein, si lamiral des iufidèles n eut trouvé le moyen de jetter des barques dans ]e grand port , sans les faire passer devant le château Saint-Ange. Comme il étoit maitre du port Musciet, qui netoit séparé du grand port que par cette langue de terre du Mont Scéberras, où étoit situé le château Saint-Elme, il se fit fort, à travers de cette langue de terre , de faire transporter, a bras d'hommes, par les esclaves Chrétiens et la chiourme des galères, toutes les barques nécessaires; de les mettre â flot dans le grand port ; de les remplir ensuite de soldats et d arquebusiers , qui attaqueroient 1 éperon du côté des moulins, en mème-tems que larmée de terre monteroit à lassant du côté du château. Le Conseil donna de grandes louanges à cet expédient que les chevaliers n^a voient point prévu, et qui vraisemblablement devoit causer la parte de ces ouvrages. Mais un officier Turc,

Chrétien et Grec de naissance, qui avoit assisté — — à ce Conseil, touché par un mouvement subit de i>e la sa conscience, résolut de passer dans Tisle, et de Valeite. hazarder sa vie pour en donner avis au gouver» neur. Cet officier sappelloit Lascaris, de Tillustre Maison de ce nom, et qui avoit donné à TOrient plusieurs empereurs. Les Turcs, à la prise de Patras, ville de la Morée, le firent esclave tout jeune, et dans un âge où il ne pouvoit pas encore sentir la pesanteur de ses chaînes. Il Ajt . élevé dans la religion dominante; et, par un reste de considération pour la noblesse de son origine, on prit grand soin de son éducation. Il servit, de bonne heure, parmi les Spahis; et, par sa valeur, il parvint aux premiers emplois, de ce Corps. Ce seigneur qui, jusqu'alors, n avoit peut-être été occupé que des soins de sa fortune, à la vue de Malte prête à succomber sous la puissance des infidèles, se souvint du caractère ineffaçable de Chrétien qu'il avoit reçu par le saint baptême. La valeur héroïque, dont les chevaliers donnoient, tous les jours, des marques si éclatantes, excita sa compassion; il se i^prochoit même de combattre pour des barbares, qui avoient fait périr la plupart des prin-r ces de sa Maison , et contraint les autres, depuis la perte de Constantinople , à chercher un asyle dans les contrées éloignées. Touché par ces différentes considérations, il descend au bord de la mer, dans un endroit qui se trouvoit directement vis-à-vis l'éperon de Saint-Michel , d où ,

avec la toile de son turban, il faisoit signe quon i>KLA envoyât une barque pour le passer dans Fisle. TàLtrri. Ujj chevalier, appelle Sa voguerre, quicommandoit à la pointe de ce fort, ayant reconnu, à la richesse de son habillement, que cctoit un offi* cier considérable, en donna aussitôt avis au Grand'Mattre , et lui fit demander la permission de laller prendre avec un esquif: ce que le Grand-Maitre trouva bon. Mais, pendant que le soldat, que le chevalier a voit envoyé au Bourg, en faisoil le chemin, quelques Turcs, ayant reconnu, aux signaux que faisoit I^scaris, quil vouloit déserter et passer du côté des Chrétiens, accoururent pour larrètcr. Quoique ce seigneur ne sçùt guères nager, pour éviter d en être pris, il se jetta dans la mer» et, de deux périls inévitables, il préféra celui où il pouvoit être secouru. En effet, le chevalier, qui, du bord de la^mer, ne Tavoit point perdu de vue^ sappereevant de la difficulté (|u*il avoit à faire ce trajet, fit partir sur-le-champ trois Maltois, excelleus nageurs, qui le rencontrèrent presque sans force. Ils le joignirent; et, par leur secours, il gagna heureusement le rivage. Après qu on lui eut fait rendre leau qu'il avoit avalée , on le conduisit au Grand-Maitre, auquel il découvrit les projets du bâcha et de lamiral; et il lui désigna, en mêmetems, les diflPérens endroits où ils dévoient faire dresser des batteries. Le Grand-Maitre , qui connut bien toute Fimportance de cet avis, donna de grandes louanges à la généreuse résolution

DES CHEVALIERS DE MALTE. l3

qu'il avoit prise de bazarder sa vie pour le salut des Ghrétieng ; il lui assig[na une grosse pension ; de la et Lascaris , pendant tout le 'siège, par sa' valeur ^^^"'• et par ses conseils , fit voir qu'il n avoit pas dégénéré de la vertu de ses ancêtres.

Le Grand-Maître , revenu de Fétonnement que lui avoit causé un dessein aussi hardi et aussi difficile que celui de lamiral , pour en prévenir lexécution , fit fortifier tous les endroits du côté du port , où les Turcs , à la faveur de leurs barques , pouvoient faire une descente. Par son ordre, on baussa les murailles du bourg Saint- Michel ; et on transporta, le long du rivage, plu- >sieurs pièces de canon pour en écarter tout ce qui paroitroit dans le port. Il étoit question surtout d empêcher les Turcs d approcher du pied de la muraille de Saint-Michel. Le Grand-Maitre proposa cette affaire dans le Conseil : sur la diversité des avis , et persuadé que les plus habiles ne voyent pas tout, il ne dédaigna point de consulter deux pilotes Maltois , en qui il avoit toujours trouvé autant de capacité et d'expérience dans les affaires de la marine , que de zèle et de fidélité pour TOrdre. Il leur exposa le dessein de lamiral Turc ; et il leur demanda ce qu'ils croyoient qu'on dût faire pour le rendre inutile, et pour l'empêcher de débarquer, dans Fisle de la Sangle , des troupes qu'il avoit fait avancer sur le rivage du Mont Scéberras. Les deux pilotes se trouvèrent du même sentiment, et lui dirent que y depuis le rocher du Coradin jusqu'à l'épe-

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"^""^ ron, qui ëloit la pointe de Tisle, il falloit, avec

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