‹ Œuvres choisies de l'abbé de Vertot (volume 3)Chapitre 2 sur 47 · DELA · texte numérisé non relu

DELA

des pieux enfoncés dans la mer, former une es- Valctti. tacade, et pour les lier ensemble, attacher 8ur la tète de ces pieux des anneaux de fer , et passer au travers une lonfpie chaîne ; que , dans les endroits où , par la profondeur de leau , ou par la dureté du terrain et du roc, on ne pourroit enfoncer des pieux, il falloit, pour y suppléer, clouer de longues antennes et des mats de navires , qui , avec la chaîne , rendroient ce passage impraticable.

Le Grand -Maître, ayant communiqué leur avis au Conseil , il fut approuvé tout d'une voix : on y travailla la nuit suivante. La Valette , qui en conçut toute Futilité , fit construire des estacades particulières pour empêcher qu on ne put aborder du côté des postes d'Angleterre, d'Allemagne , et au pied de la grande infirmerie. Il fit fermer, en mème-tems', le port des galères avec une chaîne de fer, défendue des deux côtés par différentes batteries. Gomme l'artillerie des Turcs ne permettoit pas de travailler à ces diffcrens ouvrages pendant le jour, on ne pouvoit les avancer que la nuit; mais le Grand -Maitre , qui en connoissoit toute l'importance , y employa tant de monde, qu'en neuf nuits toutes ces estacades et ces différentes défenses furent achevées.

Le bâcha fut bien surpris de voir tant d'ouvrages sortis^ pour ainsi dire, tout-à-coup du fond de la mer , et qui formoient un obstacle au passage des barques, et a la descente de ses

*DES CHEVALIERS DE MALTE. l5

troupes : mais , comme c'étoit un homme d'un grand courage et de beaucoup d^habileté, il ne de Là relâcha rien de son premier projet ; il se flatta ^^^'^*' de pouvoir enlever les pieux de lestacade , et d ouvrir, par cet endroit, un passage à sa petite flotte. Dans cette vue et par son ordre , des Turcs qui sçavoient nager, ayant une hache à leur ceinture , gagnèrent la palissade , montèrent sur les antennes, et travaillèrent avec beaucoup d'ardeur pourles couper. Au bruit qu'ils faisoient on eut bientôt découvert leur dessein ; on leur lâcha, d'abord, plusieurs coups de canon et de mousquet ; mais , comme on tiroit du haut en bas , ces coups ne portèrent point. L'amiral de Monté, qui commandoit dans l'isle, leur opposa un même genre de guerriers; des soldats Maltois, excellens nageurs, l'épée dans les dents et tout nuds , joignirent les Turcs, les renversèrent de dessus l'estacade, en tuèrent ou blessèrent une partie , et poursuivirent les autres qui prirent la fuite , et qui ne gagnèrent le rivage qu'avec beaucoup de difficulté. Us ne laissèrent pas d'y revenir le lendemain. A^ant qu'on les eût apperçus , ils attachèrent des cables aux mâts et aux antennes qui formoient la palissade ; et ,^ avec des cabestans qui étoient sur le rivage , ils tàchoient d ébranler et d'enlever ces grosses pièces. Mais, dans Malte, tous les habitans étoient, pour ainsi dire , nageurs; et on n'eut pas plutôt découvert cette nouvelle espèce d'attaque, que plusieurs Maltoiis se jettèrent dans leau, et, avec

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des sabres, coupèrent tous ces cables, et rendinc LA rent inutile cette seconde tentative du bâcha. Vâlbtti. Après ces petites attaques, qui navoient encore rien de décisif, Must^ha commença , le 5 juillet , à faire tirer, en mème-tems, toutes sei» batteries. Celle qui étoit placée sur le Idont Sainte - Marguerite , battoit le quartier, appelle le Bormole , et le bastion de Provence. Mais les officiers d artillerie, voyant quelle faisoit peu d effet, la tournèrent contre le fort ou château de Saint-Michel. Du haut du Coradin , les Turcs tiroient, sans cesse, contre la courtine qui leur étoit opposée; et le château Saint- Ange étoit battu parles canons qu on avoit placés sur le fort Saint-Elme et sur le Mont Scéberras. Il y avoit d autres batteries placées sur les Monts Salvador, de Calcara, et sur d autres éminences voisines qui tiroient contre le grand bourg , et contre les postes de Castille, d'Allemagne et d'Angleterre. Celui d'Arragon étoit déjà presque ruiné. Toutes ces batteries et celles des Chrétiens qui leur répondoient , faisoient un feu si terrible et si continuel, que cette isle paroissoit un volcan et un autre Mont Etna. Les Turcs , à la faveur de leur artillerie, poussèrent leurs tranchées jusqu'au bord du fossé ; et , ayant été arrêtés par une petite redoute qui le couvroit , ils battirent cet ouvrage avec tant de furie, que les chevaliers, ne le pouvant plus défendre , le firent sauter, et se retirèrent dans Tintérieur de 1 isle.

Cette pointe de terre, où étoient situés le chu-

Jean

Di- LA

DEâ CHEVALIERS DE MALTE. I7

teau et le bourg Saint-Michel, n'avoit de communication avec le grand Bourg et le château Saint-Ange, et n en pouvoit tirer de secours que VALEXfK. par le moyen d*un bac , mais dont la pesanteur et la lenteur, dans ce petit trajet, exposoient ceux qui le passoient au feu des infidèles. Le Grand-Mattre , sur Favis et par Finvention d'un jeune chevalier, appelle Jean -Antoine Bosio , frère de Tannaliste de FOrdre, fit faire, avec des tonneaux et des barriques bien poissées, un pont recouvert de planches. On le plaça dans un endroit où la mousqucterie des ennemis ne pouvoit porter; et même, en courant et en allant fort vtte, on évitoit le feu de Fartillerie. Cet ouvrage, dans la suite, fut d'une grande utilité pour le passage des secours quon fut obligé d'envoyer au fort Saint-Michel.

Les Turcs, qui n'ignoroient pas que c'étoit Fendroit de toute l'isle, le plus foible, le foudroyoient à coups de canon. Leurs batteries ne faisoient pas moins de ravage contre le grand Bourg : il y eut bientôt des brèches con^iidérablés en quelques endroits; mais le hacha ne jugea pas à propos de bazarder un assaut, qu'il n'eût ruiné entièrement tous les ouvrages avancés : outre qu'il vouloit attendre l'arrivée de Hascen, vice-roi d'Alger, qui lui avoit fait sçavoir qu'il lui ameneroit incessamment un secours composé de ce qu'il avoit de meilleures troupes.

Le Grand -Maître, surpris de ne recevoir aucune nouvelle de l'armement du vice-roi de Si-

|8 * UISTOIRE DE l'ordre

■^^ ""■ cilo, en écrivit IK'S- fortement au commandeur biLA Salvago, qui, pour hâter ce secours, rcsidoit,

ViLàrri. pap gQ^ ordre, auprès de ce seigneur. On ne pouvoit reprocher à cet habile agent, ni manque de zèle et d attention, ni même aucune lenteur dans lexécution des ordres qu*il recevoit du Grand-Mattre. Mais il avoit alFaire à un Espagnol fier et hautain, et quil avoit cru devoir ménager, de peur de lui fournir, par des sollici* talions trop pressantes, le prétexte, quil cherchoit peut-être, de se dispenser dcnvoyer ce secours. liCs lettres du Grand- Maître, la perte du fort Saint -Ëlnie, et le péril où se trouvoit Tisle de la Sangle, firent cesser ces égards : il fut trouver le vice-roi , et se plaignit , de la part du Grand -Maître, de la lenteur qu^on apportoit à avancer le secours. Il ajouta que le hacha tenoit, en mémc-teros, le grand Bourg et le château Saint -Michel étroitement assiégés; et que ses troupes étoient au pied des murailles. Il ajouta, emporté par son zèle et par sa douleur, que Malte alloit être perdue; mais que toutes les nations Chrétiennes reprocheroient éternellement à sa mémoire , que , par ses retardemens affectés, il avoit laissé périr la fleur de la nohlesse de toute la Chrétienté. Voyant que le vice-roi ne lui répondoit qu en termes vagues et pleins d amhiguité, il sortit brusquement du Palais; et, adressant la parole au peuple, qui étoit assemblé dans la grande place , il s écria que Garcic , par ses détours continuels, alloit livrer aux

Turcs le Grand-Maître et tous les chevaliers de

MaJte. l\'l^

Quelque justes que fussent les plaintes de Ta- v^**""» gentde la religion, le vice-roi, dans le fond, étoit moins Fauteur que le ministre de ces retardemens. H -avoit reçu des ordres secrets de ne rien précipiter; et, sous un prince aussi impé- ) rieux, et aussi caché que Philippe II, qui sacrifioit tout aux apparences, il se seroit également j perdu, ou en hâtant ce secours, ou en laissant pénétrer qu'il n'étoit pas maître de |e faire partir. Cependant, comme il vit que les plaintes de Salvago faisoient beaucoup d'impression sur les esprits, il dit, pour se disculper, qu'il ne pouvoit pas hazarder témérairement la flotte du roi, son maître; qu'il vouloit prendre l'avis des ministres et des principaux Capitaines qu'il avoit en Italie; qu'il assembleroit ensuite un grand Conseil de guerre, et qu'on y prendroit toutes les mesures nécessaires 'pour faire passer incessamment, à Malte, un puissant secours. Ce n'étoit pas son intention , et encore moins celle du roi, son maître, dont la politique lente et incertaine attendoit tout du tems, et le laissoit souvent perdre. Ce prince et son ministre, contens d'une vaine ostentation de ses forces, se flattoient que les chevaliers seuls, par leur valeur, feroient échouer l'entreprise des infidèles; et qu'au plus il falloit se contenter de tenir ce secours prêt, si on s'appercevoit qu'ils en eussent un véritable besoin , et qu'ils fussent trop pressés.

20 HISTOIRB DE LORDRE

'■ Telle» étoient alors les vue» secrettes du Con-

lit LA seil d'E8pa{;Qe. Jean*André Doria , qui n en étoit

Valet», p^^ instruit, et qui 8e trouvoit alors, avec ses galères , dans le port de Messine , en attendant que toutes les forces du roi d^Espagne iussent réunies, offrit au vice-roi de porter, à Malte, deux mille hommes. Il lui fit voir le chemin qu il prétendoit tenir pour les conduire ; et il lui dit qu avant que les Turcs eussent sarpé les ancres et coupé les gomènes, par la force et la vigueur de sachiourme, il auroit gagné le grand port; quil perceroit jusqu'au pied du château Saint-Ange; et que, pourvu quil put mettre ses troupes à terre, et jusqu'aux forçats, dont on pourroit faire des soldats et des pionniers, il ne se soucioit pas, après cela, d abandonner et de perdre le corps de ses galères.

Le vice-roi donna d abord de grandes louanges à un si généreux projet; il exigea même, de Do* ria, des sermens solemnels quil lexécuteroit incessamment; mais, soit que, par une secrette jalousie , il craignit que Doria ne remportât tout riionneur de cette entreprise, soit qu avant davoir reçu de nouveaux ordres de Madrid , il ne voulût pas s'y engager, il envoya Doria avec ses galères à Gênes, et sur les côtes de Toscane, sous prétexte d en ramener les troupes nécessaires pour cet armement particulier; et, par ce détour, il éluda loccasion de partager ses forces. Cependant, comme il étoit pressé par Salvago, et par un grand nombre de chevaliers , qui , de

tous les États de la Chrétienté, se rendoient,

tous les jours, à Messine, pour passer à Malte, ^^^^ il fit armer deux galères, dont il confia le com- Valette. mandement à Pompée Colonne , et sur lesquelles ' un grand nombre de ces chevaliers s'embarquèrent. Mais, soit que le commandant eut des ordres secrets de ne rien bazarder , soit qu'il n eût pas autant de zèle que Doria, pour secourir le *

Grand -Maître, après s'être approché, dans une certaine distance, du grand port, et avoir reconnu que l'entrée en étoit fermée et défendue par la flotte des Turcs, il revint dans les ports de Sicile. A son retour, il rapporta, au vice-roi, qu'il ne falloit pas moins que toutes ses forces, réunies çn un seul corps, pour s'ouvrir le passage , et pour forcer les infidèles à lever le siège.

Hascen, vice -roi d'Alger, arriva, en ce temslà , au camp , à la tête de deux mille cinq cents hommes, tous vieux soldats, d'une valeur déterminée , et qu'on appelloit communément les braves d'Alger. En voyant le fort Saint-Elme , et considérant sa petitesse, il ne put s'empêcher de dire , que , si ses soldats s'étoient trouvés au siège, . il n'auroit pas tenu si long-tems. Ce jeune Turc étoit fils de Barberousse, et gendre de Dragut: fier de ces grands noms, et pour illustrer le sien, il pria le hacha de lui confier l'attaque du fort de Saint-Michel; et il se vanta de l'emporter, l'épée à la main. Le hacha, vieux général, et qui u eut pas été fâché que ce jeune audacieux ap-

23 HISTOIRE DE l/ORDRE

"^~"-" prît, à ses périls, combien lepée des chevaliers nrLi étoit tranchante, lui répondit ol)U{;eaniment

VàLiriE. que, ne doutant point du succès, il consentoit volontiers à lui en laisser tout Thonneur auprès du sultan ; et, pour le mettre en état de réussir dans son entreprise, et d*attac|uer Tisle par terre et par mer, il lui donna six mille hommes; et il lassiura que, du côté de la terre, il le soutiendroit à la tète de toutes ses troupes.

Hasccn, avec ses Algériens, résolut d'attaquer la prescju'islc par terre et par mer; il confia Tattaque de ce dernier côté à son lieutenant, appelle Candclissa. Cetoit un renégat Grec, vieux corsaire, cruel, sanguinaire; mais grand homme de mer, qui avoit vieilli au service de Barberousse, et qui commandoit alors les Algériens que Hascen avoit amenés au siège. Cette double attaque fut précédée, pendant c|uelques jours, par des décharges continuelles de lartillerie des Turcs, et qui partoient des différentes batteries. On en avoit dressé une de trois canons sur le Mont Saint- Elme, et qui battoit Icperon ou la pointe de Visle. Il y en avoit une autre tie treize canons, avec un basilic ou double couleuvrine, placée sur le rocher du Coradin, et qui tiroit continuellement contre la courtine du château Saint Michel. La face de ce château étoit battue par trois canons, qu on avoit mis dans un endroit appelle la Mandrache. On trouvoit , sur le Mont Sainte-Marguerite , une autre batterie de six canons , qui tiroit contre les défenses du château

Saint-Michel, et qui foudroyoit les maisons qui "

étoient au pied de cet ouvrage. Il sembloit que delà les Turcs ne voulussent Taire la guerre que de v*^^"'^loin et à coups de feu : mais, le quinze de juillet, à la pointe du jour, la scène changea : on en vint à un combat long et cruel , et où les plus braves des deux partis perdirent la vie.\ -

Pendant que les Turcs, au travers des ruines que causoit leur artillerie, rfierchoient à s ouvrir un passage dans Tisle, leurs esclaves et la chiourmè de leurs galères , à force de bras , avoient transporté , au travers du Mont Scébçrras et du port Musciet, dans le grand port, un nombre prodigieux de barques, dans lesquelles , après les avoir remises à flot, Candelissa avoit fait entrer une partie des soldats d'Alger, et plus de deux mille hommes que le hacha lui avoit donnés pour cette entreprise. Cette petite flotte, bien armée ^ et qui couvroit presque tout, le grand port , au bruit des tambours, des nacaires, des chamaveltes, et d autres instrumens barbares, partit de la côte du Mont Scéberras. Elle étoit précédée par une barque longue , remplie de prêtres et de religieux Mahométans, dont les uns, par leurs chants et leurs prières, imploroient le secours du ciel, pendant que d'autres, en tenant des livres ouverts, y lisoient des imprécations contre les Chrétiens. Cette cérémonie fit place à des armes plus redoutables; les Turcs s'avancèrent fièrement jusqu'à l'estacade. Candelissa s'étoit flatté de l'ouvrir par quelqu'en-

^4 HISTOIRE DE l'ordre

droit, et de la rompre; ou, s'il non pouvoit venir DE LA à bout, son dessein ctoit de faire passer ses sol- ViLtTfB. jj^^ par-dessus Testacade, à la faveur d'un grand nombre de planches, dont une extrémité devoit poser sur la tcte des pieux , et lautre , sur le rivage : il prélcndoit s en servir, comme d'un pont qui 1 auroit conduit à terre. Mais il avoit mal pris ses mesures; le rivage étant plus éloigné qu'il n avoit cru , les planches se trouvèrent trop courtes ; et , quand il fut question de rompre la chaîne, ou de couper les antennes, qui lioient ensemble les pieux , dont cette digue étoit formée, aux premiers coups que donnèrent les Turcs, ils se virent accablés par une grêle de mousquctades ; et l'artillerie du château Saint- Ange, et toutes les batteries de l'isle qui iregardoient le port, tirant, en mème-tems, sur ces barques, en coulèrent à fond un grand nombre, et obligèrent les autres à s éloigner.

Leur général les rallia bien vite: comme il avoit remarqué que l'estacade ne couvroit pas entièrement la pointe de Fislc, et qu'il y avoit un endroit où il pourroit tenter une descente, il y aborda. G'étoit une espèce de cap ou de promontoire, sur lequel on avoit fait un retranchement garni d'un bon nombre d'arquebusiers, et que Teau du port battoit jusqu'au pied; cette pointe de terre étoit défendue par une batterie de six canons^ que le Grand-Maitre avoit placée au pied de deux moulins à vent, qu'on avoit construits sur cette hauteur; et ces canons bat-

toient le port à fleur d eau. Le commandeur de '

Guimeran , ancien chevalier, et dont nous avoirs de la fait , plusieurs fois , une mention honorable , '^^"'""• commandoit en cet endroit : il laissa approcher les barques ennemies ; mais il ne les vit pas plutôt à portée, que, faisant faire feu de son canon et de sa mousqueterie , il coula bas plusieurs barques : on prétend qu il y eut près de quatre cents Turcs de tués par cette décharge.

Candelissa élevé , pour ainsi dire, dans le feu , et accoutumé aux périls de la guerre , pendant que les canon niers Chrétiens rechargeoient, mit pied à terre , et , à la tête de ses Algériens , gagna le rivage. Il y trouva de nouveaux périls. Guimeran , en faisant faire feu à son artillerie ^ s etoit réservé deux canons chargés à cartouches, et qu'il fit tirer alors contre les Turcs. Il en périt un grand nombre : leur général , toujours intrépide, voyant une partie de ses soldats ébranlés , et que plusieurs se mettoient en état de se jetter dans leurs barques , par prières , par menaces , et sur-tout par son exemple et sa fermeté , les arrêta sur le rivage; et, pour leur ôter tout espoir de retraite , il fit éloigner toutes ces barques. G etoit dire, à ses soldats, qu il falloit vaincre ou mourir : aussi vit -on , dans cette occasion, que le désespoir va souvent plus loin que le courage et les forces ordinaires de la nature : les Algériens , qui avoient la tête de lattaque , le sabre d'une main et une échelle de l'autre, s'efforcèrent de monter sur ce retranchement. Us

26 HISTOIRE DE l'ordre

se pressoient, à lenvi lun de lautrc, d'occuper Di Là un poste si dangereux ; et tous s y présentoient Tautti. gyg^ yQ entier mépris de la mort. I^e combat fut long et cruel : des ruisseaux de sang couloîent au pied du retranchement; et ces harhares, à la fin, s'abandonnèrent avec une fureur si dêterminée, qu après plus de cinq heures de comlmt, ils gagnèrent le haut de ce retranchement, et y plantèrent sept Enseignes.

 la vue de ces étendards, quoique les chevaliers fussent réduits à un petit nombre, une honte salutaire , jointe a une noble indignation , les ramena à la charge. L amiral Monté se mit à leur tète; et, aprè& quon eut essayé, de part et d autre , une nouvelle décharge de mousqueterie , on en vint aiix piques , aux épées, et même aux poignards; tous combattoient , tous se mèloient , quoiquavec une fortune douteuse du côté des chevaliers ; et il étoit à craindre que , par la mort des uns, et iVpuisement et la lassitude des autres , le succès ne leur fût pas favorable, lorsque le Grand -Maître, qui étoit présent, pour ainsi dire, à tous les combats, averti de lextrèmité où se trouvoient ceux qui défendoient 1 éperon de Saint-Michel , leur envoya du secours, conduit par le commandeur de Giou , général des galères, et par les chevaliers Ruiz, de Médina , et de Quincy.

Ce secours fut précédé par un autre d'une espèce assez «singulière : une bande de près de deux cents enfans armés de frondes, dont ils se

«ervoîent avec beaucoup d adresse, firent pieuvoir une grêle de pierres sur les ennemis, en criant ^ la secours, et victoire. Le commandeur de Giou, v^»'^'"" la pique à la main , s'avance aussitôt à la tète de sa troupe, charge les infidèles, arrache les Enseignes , pousse tout ce qui s oppose à leffort de ses armes , et force enfin les ennemis d'aban* donner le haut de ce rempart, où ils alloient faire un logement. La plupart , pressés par les chevaliers qui leur tenoient Tépée dans les reins , se précipitent de haut en bas; Candelissa , leur commandant, s'enfuit des premiers, quoique jusqu'alors il eût fait paroitre un courage déterminé. Mais, en perdant lespérance, il perdit toute son intrépidité; et la crainte de tomber entre les mains des chevaliers qui ne donnoient aucun quartier , lobligea de rappeller ses barques : il s y jctta le premier. Ses propres soldats , honteux d'une fuite si précipitée, et qui déshonoroit leur Corps, ne l'appellèrent , depuis, que le traître Grec ; ils publioieht que c'étoit un double renégat ; et qu'après avoir renoncé à la loi de Jésus- Christ, et embrassé celle de Mahomet, pour se procurer son retour parmi les Chrétiens, . et en être mieux reçu , il n'avoit pas voulu achever de vaincre , et qu'il les avoit livrés à toute la fureur des chevaliers.

Cependant ces braves Algériens , quoiqu'abandonnés par leur chef, se battoient encore , en retraite, avec beaucoup de courage : mais Sada , sergent* major, les chevaliers Adorne, Génois ;

^■"-^ Paul Ferrîer, de la lan(;ue de France; et un gcn- Dc^Lâ tilhonime Florentin, appelle Corbiuelli, à la

Valctti. lèi^ de quelques soldats , irrités d une résistance si opiniâtre, sortirent d'une casemate, lepée à la main ; surprirent et chargèrent si brusquement les infidèles, quaprès en avoir tué plusieurs, les autres ne songèrent plusqua se reml>arquer, et cherchèrent leur salut dans les esquif^ et les chaloupes qui étoient revenues ponr les prendre et les recevoir.

La mer ne leur fut guèrcs plus favorable que la terre : ils eurent à essuyer le feu de toutes les batteries , qui les avoicnt si maltraités à leur approche et à leur débarquement, et qui en coulèrent, de nouveau, plusieurs à fond. Ceux même qui s Y étoient jettes , pour y être entrés en trop grand nombre , coulèrent bas ; d autres , qui manquoient de barques, embrassoient les genoux du soldat victorieux , et dcmandoient la vie; mais ils n eurent, pour réponse, que ce qu ou appella , depuis , la paye de Saint - Elme ; et , en représailles , ils furent tous taillés en pièces. Il y en eut qui , pour éviter ce genre de mort, quoiqu'ils ne sçùssent point nager, se précipitoient dans la mer où ils étoient noyés ou tués à coups de mousquets. L eau du Port , en peu de tems , fut couverte de corps morts , de tètes , de bras et de jambes coupées : il se toit peu vu de spectacle plus affreux et plus terrible : et , de quatre mille hommes que le général avoit embarqués pour cette entreprise, à*peine en échappa-t-il cinq

cents, et encore, la plupart, couverts de bléssures. DE LA

La religion , sans compter les simples soldats, '^^*"*perdit près de cent hommes de marque , chevaliers ou gentishommes séculiers , que le zèle pour la foi avoit amenés à Malte. On regretta su]>tout frère Frédéric de Tolède, fils du vice -roi de Sicile, jeune chevalier quér le Grand- Maître, par considération pour son père , à qui il étoit trèscher, avoit toujours retenu auprès de sa personne. Mais ce jeune seigneur, ayant appris lextrémité où les chevaliers qui défendoient 1 éperon de Saint-Michel étoient réduits , s'échappa, courut dans lendroit plus exposé , et y fut tué d'un coup de canon. Sa mort fut funeste au chevalier de Savoguerre, qui se trouva auprès de lu,i, et qui fut toé d un éclat de sa cuirasse. Un. autre coup tua, en même-tems, le chevalier Simon de Sousa, Portugais, et emporta le bras du 'chevalier Gaspard de Ponteve?& , de la langue de Provence. Les chevaliers Simiane de Gordes , ser- ^ gent-major; Mello, Portugais; Roderic de Cardinez, et Brunefay de Quincy, qui avoient introduit le premier secours dans Tisle, quoique blessés, ne quittèrent point leur* poste. Il ne fut pas au pouvoir du Grand -Maître de les faire rer tirer dans Tinfirmerie ; ils se firent panser , et restèrent dans Tendroit même où ils avoient reçu leurs blessures.

Il n y eut pas moins de sang répandu , de part et d autre, à lattaque du vice -roi d'Alger. Ce

3o IlISTOinE DE L ORDRE

' ' commandant, apros avoir fait donner le signal DK LA de lassant par uu coup de canon , s avança fièix> Valiiti. ment, à la tête de ses troupes, vers toutes les brèches que l'artillerie avoit faites du côté de Bor* mole et du château de Saint -Michel. Il avoit donné la pointe de lattaffue à ceux de ses sol* dats d'Alger qu'il avo.it retenus auprès de lui. Ils sy présent^èrent avec tant d ardeur et de résolution, quon vit bientôt leurs Enseignes arborées le long des parapets. Le mestre-de-camp Rohles% personnage fameux par sa valeur, et sur -tout par son expérience dans la guerre, conimandoit dans cet endroit; il opposa à la première impétuosité des infidèles tout le feu de son artillerie , quil avoit fait charger exprt'S à cartouches, et qui, tirant à travers les plus épais bataillons des ennemis , fit d'abord un horrible massacre. Pendant qu on rechaqjeoit le canon et les mortiers , un bon nombre de chevaliers Castillans et Portugais , qui tiroient du flâne de ce Bormole , secondèrent si heureusement, a coups de mousquets, le feu du canon, que les Algériens, tout braves et tout déterminés qu'ils étoient, nen pouvant soutenir la furie , leur commandant les fit couler le long du parapet, et les conduisit à une autre brèche, où, sur le rapport de quelques déserteurs, il espéroit de trouver moins de résistance.

Les chevaliers Carlorufo et de la Ricca, tous deux capitaines de galères , commandoient dans cet endroit : et , pour mettre leurs soldats à cou-

DES CHEVALIERS DE MALTE. 3l

vert de quelques batteries que les Turcs avoient — — — dressées sur des collines voisines , ils avouent fait de la creuser et abaisser le terrein de l'intérieur et du Valwie. dedans de ce poste. Mais , en s enfonçant dans la terre , la courtine se trouva alors si haute , que , ' pour défendre les brèches , et soutenir lassaut , ils furent obligés de former promptement une espèce de pont ou de galerie ; et, par le peu de tems qu on eut pour le construire , louvrage se trouva si mal fait , et sur-tout si étroit, que plusieurs chevaliers et un grand nombre de soldats y périrent par les feux d artifice que les Turcs y jettoient continuellement. Les chevaliers Rufo et la Ricca, qui faisoient face par-tout , y furent dangereusement blessés, et mis hors de combat. L'amiral Monté, qui commandoit en chef, prit leur place , et appella à son secours une partie des chevaliers , qui , à la défense de Icperon , venoient de repousser si courageusement les infidèles. Un grand nombre, et entr autres, Quincy, et le sergent -major Simiane de Gordes , quoique blessés , voulurent encore avDÎr part à de nouveaux périls : ils accoururent, à la tète d'une troupe de braves habitans, et, comme si le premier avantage qu'ils venoient de remporter eut été un gage assuré de la victoire , leur présence fit changer de face au combat. Le peu de chevaliers et de soldats qui étoient restés dans ce poste, à la vue de ce secours, reprirent courage; et tous se battirent avec une valeur si dé- ^ terminée, que le vice -roi, n'en pouvant plus

33 HISTOIRE DE L^ORDltB

soutenir les efforts , et , après avoir perdu à ses DE LA côtes la plupart de ses l>raves d*Alger, fut obligé VàLàrTK. j^ foire sonner la retraite et de se retirer.

Ije bâcha, qui nespéroit plus 'de vainct^ les chevaliers que par la lassitude et lepuisement de leurs forces, pour ne leur point donner de relâche, après cinq heures de combat, Ht continuer lassaut, et occuper la place des Algériens par les janissaires que le Grand-Seigneur lui avoit donnés pour cette expédition. Ces soldats, qui font la principale force de lenipire Ottoman, s y portèrent avec ce courage qui ne connoit point le péril. Ce fut contre de si redoutables ennemis quil fallut que les chevaliers, accablés de lassitude, et outrés de soif et de chaud, reprissent les armes. Cependant, comme s'ils neussent senti ni la chaleur extraordinaire

de la canicule qui dominoit alors, ni la faim ni la soif, et comme s ils eussent été invulnérables, après avoir fait de nouvelles décharges sur les ennemis, ils se présentèrent de face et à découvert, et les joignirent lepée à la main. Chacun s attachoit à lennemi qu il avoit en tète ; et , au milieu d'un combat général , il se faisoit souvent autant de combats particuliers qu'il y avoit de combattans. Les janissaires ne montroient pas moins d'intrépidité que les chevaliers; et on ne se ménageoit pas davantage. La fureur et le péril étoient égaux des deux côtés ; un Turc y voyant le carnage que le chevalier de Quincy faisoit de ses camarades, s'approche de lui, et,

content de périr pourvu qu il put le tuer, il tire, — — — à bout portant, un coup de mousquet, et lui dkla casse la tête ; et, dans le même instant, un che- ^^''■'^''• valiçr perça ce Turc d'un coup depée, qui lui fit perdre la vie : lùais la mort de ce soldat ne dédommagea pas rOrdre de la perte d'un si brave chevalier. Celui de Simiane ne lui survécut que de quelques momens; il setoit mis à la tête d^une troupe d'habitans, hommes, femmes et enfans; et, pendant que les personnes du sexe, , et les enfans , jettoient des pierres, des feux d'artifice, et renversoient de l'eau bouillante sur les ennemis, il fit, de son côté, une charge si furieuse, que les Turcs, n'en pouvant soutenir Teffort, abandonnèrent la brèche, et, malgré les cris et les menaces du hacha, prirent la fuite. Simiane, pour empêcher que leurs officiers ne les ramenassent au combat, fit avancer, sur-lechamp, des pionniers, qui, par son ordre et en sa présence, posèrent , sur la brèche, des barriques, des sacs de laine, et ouvrirent, derrière cette première barricade, des coupures fortifiées de bons retranchemens. Comme il étoit occupé d'un travail si pressant, et si nécessaire au salut de la place, et qu'il songeoit peu à sa propre conservation , il eut la tête emportée d'un coup de canon : chevalier des premiers de sa langue par sa naissance, et encore plus par sa valeur et son expérience militaire. Plus de quarante chevaliers, et environ deux cents soldats, périrent à cette dernière attaque. Comme ces combats

34 HISTOIBE DE L^ORDBE

""""^ éloient presque continuels, et quil y avoit tous w L4 les jours des morts et des blessés , c étoit une ne*

Valctti. eessité de mettre de nouveaux officiers en leur place. Ainsi le commandeur Antoine du Fay, de la Maison de Saint-Romain, fut fait sergentmajor; et le poste de Carlorufo et de la Ricca , tous deux mortellement blessés, fut confié aux chevaliers Jean-Antoine Grug[no, et Jules Malvicino, qui avoient quelque connoissance des fortifications, et de lart d attaquer et de défendre les places.

Le hacha , qui ne se rehutoit ni par la grandeur du péril, ni par les difficultés, sur le modèle d un pont qu il avoit fait faire au siq;e de Saint*EIme, en fit construire un pareil , composé de grandes antennes et de mâts de vaisseaux. Le Grand-Mattre , qui en prévit ley suites, et lavantage que les Turcs en pouvoient tirer pour monter à lassant, tenta deux fois, la nuit, d'y faire mettre le feu : mais ses soldats furent toujours repoussés ; et on convint qu une entreprise aussi difficile ne pouvoit être conduite que de jour. Le péril étoit manifeste par la quantité de janissaires, tous excellens arquebusiers, qui bordoient la contrescarpe. Le Grand-Maitre, pour faire voir qu il ne ménageoit pas plus ses plus proches parens que les autres chevaliers , donna cette commission à Henry de la Valette , fils de son frère. Ce jeune chevalier, plein de feu et dardeur, accompagné du chevalier de Polastron, son ami particulier, et à la tète dun bon

nombre de soldats, sortit en plein jour. Comme — j

ce pont n'étoit pas encore bien afFermi, son des- de la sein, pour le rompre, étoit de lier étroitement, V^*-"^"avec de grosses cordes et des cables, les poteaux et les principales pièces de bois qui le soutenoient, et, à force de bras, de les tirer de leur place, et faire tomber tout l'ouvrage. Les soldats s'y portèrent d'abord avec beaucoup de résolution ; maiis, comme ils travailloient à découvert, ils se virent, tout d'un coup , accablés par une grêle de mousquetades , qui en tua une partie ; et ceux qui échappèrent au feu de cette décharge, cherchèrent jusques sous les défenses du château, un abri et un asyle contre un feu si terrible. Le jeune la Valette et lé cjievalier de Polastron, emportés par leur courage, prirent leur place, et, sans regarder s'ils étoient suivis, tâchèrent de suppléer à leur défaut, et d'atta- > cher, eux-mêmes, ces cordes aux appuis du pont. Mais ils eurent le même sort que leurs soldats : à peine étoient-ils descendus au pied du pont, qu'ils furent frappés, l'un et l'autre, de deux coups de mousquets, qui les tuèrent sur-lechamp. Comme le hacha avoit mis la tête de tous les chevaliers à prix, quelques janissaires s'avancèrent aussitôt pour couper celles de la Valette et de Polastron. Mais les soldats Chrétiens, au désespoir d'avoir abandonné leurs officiers, aimèrent mieux se faire tuer, à leur exemple, que de rentrer dans la place, sans y rapporter du moins leurs corps. Les uns et les autres en

JlA!I

vinrent aux mains; la dispote, à qui se rendroit dk*l\ maitre de deux corps morts, coûta la vie à plo- VàL&rjs. sieurs soldats des deux partis ; les Chrétiens, à la fin^ fureni ou les plus foris ou les plus opiniâtres dans ce combat particulier : et , avec ce triste avanta{;e, ils rentrèrent dans la place.

Le Grand-Maitre supporta la mort de son neveu avec beaucoup de constance; et il ajouta cette vertu aux grandes qualités qu il fit éclater pendant tout le siège. Sur ce que plusieurs anciens chevaliers entreprenoient de le consoler de sa perte: «Tous les chevaliers, leur dit-il, me « sont , également chers : je les regarde tous « comme mes enfaus : et la mort de Polastron «m'est aussi sensible que celle de la Valette. M Après tout^ ils n ont fait que nous précéder de «quelques jours; et si le secours de Sicile ne « vient point, et qu on ne puisse sauver Malte, « il faut mourir, et nous ensevelir tous, jusqu'au « dernier, sous ses ruines. » Sur quoi, un ancien commandeur lui ayant dit qu il avoit appris , d un transfuge, que le hacha avoit fait des sermens solemnels, s'il se rendoit maître de Tisle, de faire passer tous les chevaliers par le fil de lepée , et de n'en réserver que le seul Grand-Maitre, pour le présenter au Grand-Seigneur. « Je l'en empè- « cherai bien , répartit la Valette ; et si ce siège , «contre mes espérances, se terminoit par un «malheureux succès, je vous déclare, dit-il , en « adressant la parole à tous les chevaliers dont il « étoit environné, que j'ai résolu, dans cette ex-

« trêmité, et plutôt quon voye à jamais à Cons- — — — « tantinople, moi vivant, un Grand-Maître char- dk la « gé de chaînes, de prendre Thabit d un simple V^"" « soldat, de me jetter, lepée à la main , dans les «plus épais bataillons de nos ennemis, et de « m y faire tuer et de mourir avec mes enfans «< et mes frères. »

Tels étoient les sentimens de ce grand homme si digne de sa place; et on peut dire, comme tous les chevaliers de ce tems-là en convenoient, que la vertu de la Valette, son courage, sa fermeté et sa prévoyance, faisoient la principale force de Tisle, et que le salut de Malte dépendoit de sa conservation. Cependant il se ménageoit moins quun autre; et, après avoir été reconnoître lui-même le pont où son neveu avoit péri, il fit ouvrir la muraille vis-à-vis et de ni^ veau à cet ouvrage; ayant ensuite placé une pièce d'artillerie dans cette ouverture, le canon tira si heureusement, qu'après avoir ébranlé le pont, d autres coups le firent crouler : et , la nuit suivante, ou y mit le feu, qui le réduisit en cendres.

Le hacha, outré d'une telle résistance, et craignant que le mauvais succès du siège ne lui attirât la disgrâce du sultan , assembla un Conseil de guerre extraordinaire. Après y avoir exposé ce quil avoit fait jusqu'alors pour réduire les différentes places de Fisle, il représenta qu'il ne s'étoit attaché au fort Saint-Michel, que parcequ!il lui avoit paru l'endroit de toute l'isle le plus

~""""~ foible; et que, par 8a conquête, il ëtoît sûr de DK UA s ouvrir un chemin aisé pour se rendre maitre Vaultts J^ grand Bourg et du château Saint-Ange ; qu'il navoil pas laissé de faire battre continuellement cette dernière place par lartillerie qu'il avoit placée sur le Mont Salvador, et sur les autres postes qui en étoient voisins ; et qu il s agUsoit de délibérer si on abandonneroit lattaque de Tisle de la Sangle , pour porter toutes ses forces contre le château Saint-Ange; ou si, pour afFoiblir celles des assiégés , on continueroit d attaquer, en mème-tems, plusieurs endroits diffiérens.

Le Conseil , après avoir mûrement considéré les motifs qui pouvoient faire embrasser Tun ou lautre parti, s attacha au dernier : et il fut résolu que le bâcha, avec le vice-roi d'Alger, continueroit lattaque de Tisle ; que lamiral Piali, avec les. soldats de la marine, feroit le siège du grand Boui^ et du château Saint-Ange; et que, pour prévenir le secours que le vice-roi de Sicile pourroit jetter dans ces places, Gandelissa, lieutenant de Hascen , tiendroit la mer avec quatrevingts galères bien armées. ,

En exécution de ce projet, le hacha renouvella ses batteries contre Tisle de la Sangle; et non seulement les murailles et les bastions du fort en furent renversés, mais les maisons du Bourg et le dedans même du château en furent endommagés; et il n'y avoit point d endroit qui ne portât des marques de la fureur de la guerre.

DES CHEVALIERS DE MALTE. Sg

L'amiral Piali, de son côté, pour ne le pas céder, ' à Mustapha, dans lempressement de pousser ses p^'^" travaux, fit dresser, sur le Mont Salvador, une Valette. nouvelle battexie de vingt canons, parmi lesquels il y a voit trois basilics et deux mortiers, dont les uns jettoient des boulets de pierre de trois cents livres, d autres de fer de soixante, et quelques-uns de quatre-vingts. Toutes ces batteries différentes tiroient continuellement contre le poste de Castille , le flanc de celui d'Auvergne , ^

et contre tous les autres endroits fortifiés , et jusqu'à l'infirmerie.

Les ingénieurs s'étoient fMrincipalement attachés au poste de Castille , contre lequel les tranchées et leurs autres ovK^rages étoient fort avancés. Us s'y employèrent, avec une ardeur infatigable, pendant les jours et les nuits, et sans s'épargner même pendant la plus grande châ* leur du jour : en sorte qu'en peu de tems ils gagnèrent jusqu'au pied des murailles ; et la terre qu'ils remuoient , et les pierres même jettées du côté de la ville, mettoient les travailleurs à couvert.

Le siège devenoit, de jour en jour, plus laeurtrier et plus à craindre pour ses suites : les infidèles ne donnoient pas un moment de relâclfe aux assiégés : tantôt ils en attaquoient plusieurs à-la-fois et en même-lems. Mais, quoique les Chrétiens, en les repoussant avec vigueur, leur tuassent beaucoup de monde, par la disproportion de leurs forces , ils en perdoient encore plus

4o HISTOIRE DE L^ORDRE

que les Turcs; et leur» garnisons safFoiblissoient i>E L4 de jour en jour. Le bâcha, après les avoir har» ^ALiTTK. Q^\^^ pendant quatre jours, par des escarmouches continuelles, et en présentant lescalade en d^flerens endroits, le deuxième d*0oùt, donna un nouvel assaut au fort Saint-Michel. Les infidèles, par Fespérance du pillage, se présentèrent à la brèche avec beaucoup de résolution. Les assié* gés soutinrent courageusement cet effort; les ennemis furent repoussés : leurs officiers, pendant six heures que dura cette attaque, les ramenèrent jusqua cinq fois à lassant; mais ils furent toujours reçus avec la même intrépidité. Gomme ces troupes, et sur-tout les janissaires, ne se ménageoient-plùs, les chevaliers en firent un horrible carnage ; et le bâcha , craignant de perdre tout ce qui lui en restoit, fit sonner la retraite.

Cinq jours après, et le sept du même mois, le bâcha revint, tout de nouveau, au combat. Poor obliger les assiégés à partager leurs forces, il envoya trois mille hommes attaquer le bastion de Castille; et, à la tète de huit mille, il se présenta, lui-même, devant celui de Saint-Michel. L'on ne combattit presque, au poste de Castille, qua coups de feu et de flèches: les mousquetaires Turcs, et leurs archers, pour attirer de leur côté les principales forces de la religion, sapprochoient lentement pour monter à Tassant. Mais le plus grand effort, et la véritable attaque, se fit contre le fort de Saint-Michel. Les janissaires ,

qui avoient la tête de cette attaque, s'avance- — rent fièrement, et en poussant, à leur ordinaire, d« la de grands cris ; oii ne leur répondit que par un Valetw. feu terrible de la place, qui leur tua beaucoup de monde, avant qu'ils eussent pu approcher du pied de la muraille. Mais, malgré la mort quils voyment de tous côtés, ils'passèrent , avec intrépidité, par-dessus les (;orps de leurs camarades, et gagnèrent le haut de la brèche. Ce fut, entre les deux partis , comme un champ de bataille : pendant quatre heures entières, on s y battit avec une fureur égale: les Turcs vouloient se maintenir dans le poste dont ils s etoient rendus maîtres, et y faire des logemens ; et les Chrétiens employoient toutes leurs forces pour les empêcher de s'y établir. Parmi ces derniers, tous, jusqu'aux femmes, se signal oient contre les infidèles : pendant que l'habitant de la campagne, et le citoyen défendoient leur patrie, leurs femmes et leurs enfans faisoient des efforts qui égaloient, en quelque manière, la valeur déterminée des chevaliers; et, si l'amour paternel ou conjugal «fit trouver, à ces hommes, dans leur courage et dans leurs forces^ des ressources qu'ils avoient jusqu'alors ignorées, il se rencontra aussi des femmes courageuses, qui, pour secourir leurs enfans, leurs pères, leurs frères et leurs maris, s'exposèrent généreusement aux plus grands daur gers.

Les unes apportoient , aux combattans , des pierres, des flèches, de la nourriture et des rafrai-

VâL&TTB.

43 HISTOIRE DE LORDRE

chissemeos; d autres ^ plus hardies, se mèlèreot i>K LA même parmi eux , et jettèreot sur les Turcs des feux d artifices , de leau bouillante et de la poix fondue; et la crainte de perdre leur honneur et leur liberté, si elles toniboient entre les mains des infidèles, lemportoit, dans ces femmes fortes, sur toutes les ht>rreurs d une mort prochaine. IjCS Turcs, toujours féroces et cruels, indi^^és qu on opposât à leur courage de si foibles ennemies, ne les éparf^noient point : plusieurs périrent par leurs armes , ou par des feux d'artifices quils lan(;oient de leur côté. La brèche, le château même paroissoit tout en feu ; et le tumulte des combattans , le bruit des armes , les cris des soldats , la plainte des blessés et des personnes de Tun et de Tautre sexe , qui expiroient étendus par terre confusément, formoient un spectacle également terrible et touchant.

Le hacha , de son côté , du pied de la brèche , oii il étoit placé , couroit, le sabre à la main, par-tout : il exhortoit , prioit et menaçoit ses soldats , et leur crioit qu avec un peu d effort ils alloient se rendre maitres de la place. Il tua même, de sa main, deux janissaires, qui, pressés par des chevaliers, et pour éviter leur fer meurtrier, s'étoient précipités du haut de la brèche en bas. Les autres soldats , intimidés par cette action, et qui voy oient bien qu'ils n^avoient pas moins à craindre de Tépée de leurs officiers, que de ceUes de leurs ennemis , ne cherchèrent plus la fin du^ combat que par la mort de tous les assiégés.

Valette.

Chacun de ces janissaires combattoit avec ardeur, et comme si la victoire neut dépendu que de la de lui seul : enfin , après que lassaùt eut duré plus de quatre heures , dans le même tems que le Grand-Maître netoit pas sans inquiétude du succès, au grand étonnement des Chrétiens et même des Turcs , le bâcha fit sonner la retraite. On apprit , depuis, que le commandeur Mesquita , gouverneur de la Cité Notable , avoit donné lieu à cette retraite précipitée.

Ce commandeur, vieil officier, toujours attentif à tous les évènemens, ayant découvert, dû haut de la Cité , que le château Saint-Michel parois* soit tout en feu , et ne doutant point que ce ne fût leffet d un assaut, et que les assiégés ne fussent extrêmement pressés , pour faire diversion , fit sortir de sa place un corps de cavalerie, dont chaque cavalier portoit en croupe un fantassin. Les chevaliers de Lugny et de Vertura étoient à la tète de ce détachement : ils avoient ordre. d'aller reconnoitre ce qui se passoit du côté de la fontaine de Marza , et de tâcher de surprendre ' et d enlever les malades et les blessés , que le bâcha avoit fait loger en cet endroit , à cause de la commodité de Veau et de la firaicheur dû lieu ; mais il ne leur avoit donvbé qu une foible garde. Le chevalier de Lugny, pour faciliter sa retraite^ ayaujt laissé son infanterie en embuscade, dans, un village ou casai voisin , appelle Azabugi , s avança jusqu'à la fontaine; et, ayant reconnu que la garde de cet hôpital s'étoit écartée sur les

Jkav

44 HISTOIRE DE L^ORDnE

collines voisines, pour voir de plus près les deux Df lI assauts , il fit mettre pied à terre à ses cavaliers , VALim. coupa la gorge aux malades et aux blessés, et en fit un horrible carnage. La surprise et le tumulte, , ordinaires dans ces sortes d attaques imprévues, les cris des mourans, la fuite des blessés, qui purent échapper à la fureur des Chrétiens, tout cela repandit une terreur générale dans le camp des Turcs. Les fuyards publièrent que cetoit la tète de larmée de Sicile, et du secours des Chrétiens , qui avoit débarqué proche de-là, et qui s^avançoit pour faire lever le siège. Ce bruit alla bien vite jusquau bâcha; et comme, dans une épouvante générale , la raison ne sert , souvent , qu a augmenter la frayeur et la créance du péril, ce généraF, quoique grand homme de guerre, se laissa séduire par un préjugé public. Ce fut ce qui l'obligea de faire sonner la retraite; et, après avoir rallié ses troupes, il se mit à leur tète pour s avancer du côté où il croyoit rencontrer Fennemi : il trouva partout une égale solitude. Le chevalier de Lugny , après avoir exécuté les ordres de son commandant , s etoit sagement retiré. Le bâcha arriva jusqu a la fontaine de Mar* za , où il apprit qu un coup si hardi n etoit venu que d'un parti de la garnison de la Cité. Il en fut outré de colère : et , ce qui augmenta sur-tout sa rage et sa honte, cétoit d'avoir pris si légèrement le change, et discontinué un assaut dans un tems qu'il en espéroit un heureux succès. Il vouloit , à toute force , retourner à la brèche ,

continuer lassant , et s y faire tuer ou emporter

la place. Mais ses principaux officiers lui repré- ^^^" sentèrent que la nuit approchoit ; que ses trou- Valette., pes étoient extrî^ordinairement fatiguées de la chaleur, et d^n combat si opiniâtre, et quil falloit leur donner le tems de reprendre de nouvelles forces. Par ces raisons , ils le ramenèrent au camp, et le conduisirent jusqua sa tente, où il passa la nuit à former de nouveaux projets pour se rendre maître ,du boulevard de Gastille, et du fort de Saint-Michel.

De toutes les sortes d attaques, que Fart mili-tajre et la science funeste de la guerre avoient inventées pour prendre des places^ le bâcha n'en avoit omis aucune: tranchées, placés d armes,' redoutes, cavaliers, sappes, mines, escalades, batteries multipliées et placées en différens endroits, assauts renouvelles presque tous les jours, tout, jusqu'alors, avoit été mis en usage, et souvent rendu inutile par la valeur des chevaliers. Leur présence sur les brèches, et leur intrépidité avoient tenu lieu des bastions les plus forts. Le général Turc , pour leur cacher ses desseins , et les empêcher de s'y opposer , eut recours , de nouveau , aux mines : ses pionniers et ses soldats y travaillèrent continuellement. Les chevaliers , de leur côté, n'oublioient rien pour les découvrir et les éventer; et souvent, par des contremines, ils rencontroient les infidèles : on en venoit aussitôt aux mains. Il étoit question , dans ces combats souterrains , du parti qui restei:pit

maître de la chambre de la mine; et souvent Dc LA I^^ UD' ^^ 1^ autres y périssoient, ou par le feu VALrm. quon y mettoit , ou par Téboulement et le poids des terres enlevées en lair, et qui retoroboient sur les combattans. Mais la cognoissanœ de toutes ces mines ne parvint pas au Grand- Maitre et à ses officiers : plusieurs échappèrent aux observations et aux recherches des plus habiles ingénieurs : les Turcs, par diflerens rameaux , en avoient poussé également sous le fort de Saint-Michel et sous le boulevard de Castille : lun et lautre endroit étoit entièrement miné.

Le Grand-Maitre et ses chevaliers , peu assurés sur le terrain même quils occupoient, étoient toujours , pour ainsi dire , entre deux feux ; et ils avoient à craindre leffet du canon ; et celui de la mine, qui ne se faisoit connottre quen éclatant tout-à-coup , n etoit pas moins redoutable.

Dans une si affreuse situation , la Valette écrivit, au vice^roi de Sicile, pour lui représenter le besoin pressant qu'il avoit d un prompt secours : il ajoutoit que les fortifications de Tisle étoient entièrement ruinées ; qu il avoit perdu , en différentes occasions , la fleur et lelite de ses chevaliers , qui s étoient précipités dans le péril ; que des guerriers de ce caractère ne duroient pas long-tems; que ce qui lui en restoit, étoient, la plupart, ensevelis dans une infirmerie; que Fennemi, puissamment retranché, étoit au pied de la muraille; et que, dans le besoin où il se trou-

voit , sans fortifications , sans troupes et sans se- — — cours , il le conjuroit de lui renvoyer au moins be'la les deux galères de la religion, qui étoient dans Valette. le port de Messine , avec les chevaliers des na-* tioDS les plus éloignées, qui s y étoient rendus: « N étant pas juste, disoit-il , en finissant sa let- ' tf tre , de ménager une partie et un membre u particulier , quand le corps entier étoit exposé u à une perte presque inévitable » .

Garcie , quoique toujours incertain et toujours irrésolu, voyant cependant que, pour llionneur de son maître et le sien propre, il falloit prendre un parti , proposa l'affaire dans un Conseil. Jean- André Poria , si digne, par son courage , du nom illustre de son grand oncle , proposoit d armer toutes les forces maritimes du roi d'Espagne , et de livrer une bataille navale aux infidèles. Mais le vice -roi déclara d abord qu'il ny avoit ni autorité, ni raison qui pussent l'engager à bazarder l'armée royale; que, si les Turcs en demèuroient victorieux, les côtes des difFérens royaumes de Philippe demeureroient sans défense, et exposées aux invasions des Turcs ; qu'ainsi il falloit seulement délibérer s'il convenoit aux intérêts de ce prince d'envoyer, à Malte, une partie de ses troupes; et, supposé qu'on prit ce parti, si on pourroit y faire passer ce secours, et le débarquer avec sûreté , à l'insçu ou malgré même les infidèles. Il n'y eut pas grande difficulté sur ce dernier article. Les officiers de marine , qui furent les premiers dont on demanda l'avis ,

48 HISTOIRE DE l'ORDRE

•""■^^ convinrent , et firent voir , qu'il étoit aisé de ftàLA faire passer des troupes dans Tisle. Mais,' à Të*

VAinrt. pgpj jç I3 pi^niière question , les officiers de terre furent partagés. Alvare de Sande, Capitaine illustre, dont nous avons déjà parlé au sujet du siège quil soutint dans Tisle de Gelves, dissuada entièrement cette entreprise, et soutint hautement que Philippe n étoit engagé, ni par justice, ni par son propre intérêt, à bazarder ses troupes ; que c etoit à la Valette , sans attendre lextrëmité, à prendre conseil de lui-même, et de Tétat de ses forces, et qu à lexemple du Grand - Maître Villiers de Tlsle-Adam» lun de ses derniers prédécesseurs, il pourroit traiter avec lennemi , et sortir de Fisle à des conditions supportables.

Ceux quiconnoissoient la valeur de Sande, et qui l'entendirent opiner avec tant de foiblesse, nen pouvoient comprendre la raison. Les uns lattribuoient à la crainte de retomber sous la puissance des Turcs, dont, pendant sa prison, il avoit été maltraité ; d autres soupçonnoient qu il n avoit pris ce parti que pour faire sa cour au vice-roi , et peut-être à Philip{>e même, prince qui donnoit tout aux apparences, comme nous lavons déjà dit, et qui, après avoir rassemblé un grand nombre de vaisseaux , levé des troupes dans tous ses Ëtats , et rempli l'Europe entière du bruit et de l'espérance cle ce secours, n'auroit peut-être pas été fâché que le Conseil de guerre , composé alors des plus grands Capitaines

du siècle, n'eût pas trouvé à propos de bazarder ■ une partie de son- armée. b& la

Mais Ascanio de la Corne, qui avoit acquis v*"**"*beaucoup de réputation dans les guerres de Piémont et d'Italie , soutint hautement qu on ne pouvoit , sans se couvrir de honte , refuser ce secours aux chevaliers de Malte. Il représenta que , depuis leur établissement dans cette isle , la Sicile et le royaume de Naples n avoient point eu de plus zélés défenseurs; et que, quand il avoit été question de combattre, parmer,Jes infidèles, ou de porter la guerre en Afrique, on les avoit toujours vus , à 1 avant-garde des flottes et des armées d'Espagne, s exposer aux plus grands dangers; qu'il s'agissoit alors de conserver un Ordre illustre, qui , sans ambition , et sans avoir jamais voulu faire de conquêtie pour son profit particulier, ne prenoit les armes , et ne sacritioit tous les jours sa vie, que pour défendre également et sans partialité les Ëtats et les sujets des princes Chrétiens. Il entra ensuite dans un plus grand détail ; et il remontra que les officiers de marine étant convenus qu'on pouvoit conduire sûrement ce secours, et le débarquer dans Tisle, ceux qui en auroient le commandement par terre, pourrôient, en prenant des logemens avantageux, et en se prévalant des rochers, des collines et des défilés, dont Tisle étoit remplie, s'avancer à la vue des places assiégées ; que les Turcs, qui alors n'avoient pas plus de quinze à seize mille hommes, et dont les troupes étoient 5. 4

JtAlf

5o HISTOIRE DE l'oRDRB

extrèmeinent affoiblies, ou leveroient le àé^^ irCk ou 86 trouveroicnt eux-mêmes assiégés; cpi^ils VALtTTB. auraient , en raème-tems, à soutenir les attaques • de larmée Chrétienne , et les sorties des chevaliers; et qnà la faveur de ces combats, il seroit aisé de jetter dn secours dans ces places , et d'en changer , ou du moins d en augmenter les garnisons.

Cet avis, comme le plus généreux , remporta à la pluralité des voix : le vice-roi même »'y rendit, et, pour se disculper de ses rctardemens affectés, il écrivit aussitôt auGrand-Maitre, quil venoit de recevoir des Ordres de Madrid , qiti le mcttoient en liberté de suivre son zèle et son inclination pourfOrdre; qu'il conduiroit à Malte, vers la fin du mois , dou2e mille hommes de débarquement ; que Doria et Vitelly y en dévoient encore amener quatre mille dltalie, et qu^il feroit partir, au premier jour, les deux galères de la religion , commandées par les chevaliers de Gornusson et Saint-Aubin , et chargées de plus de deux cents chevaliers, et de plusieurs seigneurs <le différentes natîqiis, qui , pour avoir part à la défSense de Malte , s ctoient rendus à Messine ; qua la vérité le roi d*Espagne, son maître, loi avoit ordonné de ramener, lui-même, en Sicile, ses vaisseaux et ses galères, après le débarquement,* que , quelque envie qu il eût de se signaler h la tète de ses troupes, il ne pou voit se dispenser d obéir; mais que, suivant Fintention de ce prince^ il laisseroit, en partant, des ordres très-

DES CUEVALIERS DE MALTE. 5l

"précis à ses officiers-généraux de le reconnoltre

pour leur unique général.

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