SUR L'ALCORAN
Prononcé dans rAcadémie des Belles-Lettres, le mardi i4 novembre 17^4, à l'ouverture de rAcadémie, .par l'abbé DE Vertot (i).
De toutes les sciences qui occupent le loisir des hommes, il ny en a point de plus agréable, ni de plus ^ utile que la connoissance de Fhistoire. Quelle satisfaction pour un lecteur de voir passer soj^s ses yeux , et comme sur un grand théâtre , la suite de tous les siècles , les révolutions des plus grands empires , des législateurs , des conquérans , les auteurs même de différentes religions , autre espèce de conquérans ; enfin tous ces hommes fameux, qui, par leur valeur ou par leur science et leurs talens, sembloient avoir entrepris de changer la face entière de l'univers !
Malgré tous leurs manifestes, et de quelques couleurs dont ces hommes vains e^ambitieux, ou leurs partisans ayent masqué leurs projets, le tems en a fait tomber le fard ; la vérité enfin se découvre ; Thistoire , dégagée des préjugés de parti , pénètre dans les motifs les
(i) Le Discours sur VAlcpran qu'on va lire, se rattache de fait aux pages 10, 1 1 , et suivantes du tome I'** de Y Histoire des Chevaliers de Malte; cependant nous le rejettons ^ la fin de ce volume, de même que la Dissertation sur Zizim^ qui appartient naturellement au tome III : ces divers morceaux doivent être considérés copame de simples Pièces justificatives.
YJ DISCOURS
plus cachëg. On y voit que le dësir d^une injusce domination dans les uns , ramour dérègle des richesses oa des plaisirs dans les antres i quslqucfsid dans les sç»- Tans un sentiment de vanité et Tespénince de se faire un grand nom ^ ont presque toujours été les ressorts secrets qui led ont remués ; et c'est de la plupart de ces grands exemples > et qui tiennent lieu d'une expérience anticipée, qu*on peut apprendre que les entreprises injustes, même les plus heureuses, et que les opinions nouvelles et erronées attirent, à la fin, le mépris des siècles suivans , et que la vérité seule mérite d'être célébrée dans tous les climats, et partons les historiens.
Cependant , avant que d'abandonner entièrement notre créance sur la foi de ces écrivains , il est bien juste d'examineV leurs ouvrages par les règles d'une sage critique, espèce de flambeau, qui nous conduit sûrement dans les routes obscures de l'antiquité , et qui nous sert à distinguer le vrai du (aux, et la noble simplicité de l'histoire, du merveilleux de la fable, et de ces vains omemens dont on pare le mensonge et l'erreur.
Pour s'assurer de la vérité des faits que rapportent les historiens, et sur-tout les plus anciens, û faut examiner avec soin le texte de leurs ouvrages, s'il na point été interpolé, les différentes leçons des manuscrits, l'uniformité, ou la différence du style , de quel pays l'auteur étoit originaire, le siècle auquel il a vécu. Tordre qu'A a conservé dans la chronologie. On scait qu'il ne faut qu'une date anticipée où reculée , pour changer de nature les mêmes faits , ou du moins les conséquences qu'on en peut tirer : enfin oa doit s'instruire du nom, de la religion et des meeuTs d'un écrî*
SUR l'alcoran. vîj
Yaia. Et quand il seroit anonyme , où pseudonyme , la plupart de ces auteurs se décèlent eux-mêmes dans leurs ouvrages ; ils s'y sont peints sans s'en appercevoir; et il échappe à leur plume des traits qui les décou* vrent, et qui représentent leur caractère plus fidèlement que toutes les critiques ou les apologies que Ton a composées contre leurs ouvtBges, ou en leur faveur.
C est par le secours de ces différentes règles de la critique , que j'entreprends d'examiner quel est le véritable auteur de l'^coran, les motifs qui ont pu le déterminer à le publier; si c'est l'effet d'une inspiration , ou l'ouvrage d'un homme seul , aidé du secours de plusieurs sçavans ; enfin les différentes fortunes de ce livre, et s'il n'a pas essuyé, parla suite des tems, différentes variations , et changé, plus dfune fois, da principes et de maximes.
Il y a trois opinions différentes au sujet de Tantêur de l'Alcor^n. Mahomet et ses sectateurs l'attribuent à Dieu seul ; quelques écrivains Chrétiens en font auteur le prince des ténèbres , transformé en Ange de lumière , et qui prit le nom de Gabriel ; d'»itres prétendent que ce livre , composé de différens passages de l'ancien et du nouveau Testament , a été compilé par Mahomet, qui, dans l'exécution de son projet, fut aidé par un Rabin , et par plusieurs Chrétiens de dif* férentes sectes : c^est ce qu'il faut examiner.
La première syllabe du mot Ahcoran (i) n'est qu'un article , et on pourroit aussi bien dire le Coran , terme arabe, qui signifie : lecture ou écrituf^e. Il n'y a persoime qui ne sçache que c'est un livre dans lequel la religion des Musulmans est comprise , et qui est révéré parmi
(i) Voyez Maracci, pag. 33.
Tiij DISCOURS
eux, comme rÉcriture-Minte Test parmi les Chréûena. Les Turcs appellent aussi ce livre eljbrcan , c est-^-dire, qui distingue le bien d avec le mal ; c*est une prétendue conférence de Mahomet avec Dieu et les Anges « dont il dit qu*il a reçu sa loi. .^/!i , cousin-germain et gendre de Mahomet, pour relever le mérite de ce fameux livre, publioit que les fidèles y trouvoient l'histoire des siècles précédens , des lois pour la conduite de la vie présente , et des prédictions sûres pour lavenir. Leurs prédicateurs le portent en chaire avec eux ; ils le tiennent ouvert, et en lisent, de tems en tems, quelque verset pour leur servir de texte. Leur théologie positive et la scholastique ne sont appuyées que sur des passages de TAlcoran, qui leur sert encore de prières, et dont leurs prêtres récitent, chaque jour, un chapttre dans la Mosquée.
Ce livre si merveilleux ne parut que vers le comment cément du septième siècle (i). Mais ceux qui en ont embrassé la doctrine , fondés sur le chapitre 97 du même ouvrage , soutiennent qu il est de même date que la création du Monde; que l'original de ce livre fut détaché du grand livre des décrets étemels ; qu'il fut mis en dépAt dans le ciel de la lune , et que c est de cette planète et de ce ciel, que, dans des tems marqués par la Providence , il fut apporté par lange Gabriel à Mahomet , qui ne sçavoit ni lire ni écrire.
On croiroit volontiers qu on n a pu pousser la fable plus loin. Cependant des théologiens SunnUes , et qui, parmi ces infidèles, se regardent comme les seuls orthodoxes, ont, par de nouvelles visions, renchéri sur
(1) Lant Deo, ait Mahmud filiut Omar, <][ui demisit è c«lo Alco« ranum. Afomcci, pay. 34«
SUR l'alcoran. ix
cette origine fabuleuse ; et ils enseignoient hautement que FAIcoran ëtait incréé , étemel , et qu'il faisoit partie de l'essence divine : Si guis dixerit Alcoranwn esse creatumy est infidelisy ainsi que le rapporte le traducteur latin de ïe^ràbe uilgazel {i) i opinion qui fut combattue , depuis et sous le règne des Califes Abbas- 8ide8 y par d'autres théologiens Musulmans , appeUés Mortazalesj qui opposoient^à cette espèce d'anathéme un autre semblable, conçu presque dans les mêmes termes : InfideUs est qui dicit Alooranum esse aster^ num ^ seu increatum. Cette dispute produisit un grand schisme et des guerres civiles , qui coûtèrent la vie à plusieurs partisans des deux opinions.
La seule chose en quoi ils convenoient , c'est que ce livre, soit créé, soit étemel, mais toujours émané du trône de Dieu, et plein de son esprit, méritoit le respect et la vénération de tous les hommes. Et on ht encore aujourd'hui, à la tête de la plupart des exemplaires , ces mots en forme d'avertissement : Qu'il n'y ait que les purs qui osent toucher à ce livre ; car c'est un présent descendu du ciel , et envoyé de la part du roi des siècles : Ne attingant eum nisi purificati.
Voilà donc les hommes , au sentiment des Mahométans , bien nettement exclus de la qualité d'auteurs de cette loi nouvelle. Mahomet, fondé sur l'excellence de cet ouvrage, avoit publié que ni les démons, ni les hommes, quand même ils joindroient leurs talens , n'étoient pas capables de faire rien qui approchât de la perfection de l'Alcoran : Si simul congregarentur ho^
(i) Algazel in profeasione fidei Mahometicae profitelur Alcoranum esse «ternum , sobsistentem essentiâ Dei. Foy, Maracci ,
mines et Aemones uîjacereni aliçuiil sùnite huic Alco^ rano , mtnçuàm id efieere passent^ etiamsi rmouo $c teadhocadlmHxtenL^ar^. 17.
La plupart des écrivains Chrétiens prétendent , au contraire , que le diable est le yrai auteur du Mahoroétisme, etqu'il ne s^est senride Biahomet que comme d'un instrument pour fonder une fausse religion sur les ruines du christianisme. Ce fut , à les en croire, le démon qui se présenta à Mahomet sous le nom et sous la figure de Fange Gabriel, ou, si Ion veut, sous la figure d^un pigeon , que Mahomet avoit dressé à loi Tenir becqueter loreille : preuve que ce fiiux prophète étoit un imposteur, qui ne se servoit de la religion que comme d*un expédient pour s*agrandir. Son dessein étoit de réunir toutes les religions qui ayoient cours dans TArabie en un seul corps , et de se faire de ses sectateurs, des sujets qui se soumissent à sa domination. Il y avoit, de son tems, dans FArabie , trois sortes de religions : des Idolâtres, des Juifs et des Chrétiens ; et, parmi ces derniers , les uns étoient cacholiques, et les autres schismatiques. Dès le tems de lempereur Justin, le christianisme étoit établi dans ÏVemeriy et cette église dépendoit de la jurisdiction du patriarche d^Alexandrie , aussi -bien que cdlle des Abyssins.
L'Arabie Pétrée , depuis la Palestine jusqu'au golfe d*Ayala , et tout le reste de la câte jusqu aux confins de rÉgypte, étoit soumise à la domination des Romains. L'Arabie Déserte reconnoissoit le môme empire, du moins pour la partie qui avoisinoit la Syrie et la Palestine, et dont Bostra étoit alors la capitale. On prétend que Fempereur Philippe en étoit né. Ce n*étoit anciennement qu un château bâti par quelque
SUR LALCORAN. xj
prince Arabe : Fempereur Sévère en fit une ville où il init une colonie : il se tint , à Bostra , un concile au sujet de Bercellus, son ëvêque, qui étoit tombe dans l'hërëôie de ceux qui nioient Imcamation du Verbe : ce fut vers l'an 249.
La plupart des habitans des trois Arabies étoient idolâtres, et se disoient tous issus d'Abrabam, par Cëdar, fils dlsmaël. Le docte Levinus Wamerus , dabs un ouvrage qu il avoit compose sur les mœurs des Arabes avant le Mahométisme, a prétendu que les Corisiens ou Corrischites , la plus noble tribu de cette grande presqu'isle, s'étoient préservés de l'idolâtrie; que, depuis Ismaël, ils avoient observé constamment la circoncision ; qu'ils faisoient de fréquentes prières , d'abondantes aumônes , et que les plus dévots ne buvoient point devin. La ville de la Mecque , par rapport à la religion, étoit considérée comme la métropole des Arabes payens. Un ancien temple, appelle le Cauba^ que la tradition faisoit croire bâti par Abraham, y attiroit, de toutes les provinces, une foide de pèlerins. Ils faisoient ces pieuses courses en mémoire des voyages de Ce patriarche, et sacrifioient, sur les montagnes voisines de la Mecque, le premier né d'un chameau.^ C'étoit peut-être la partie la plus essentielle de leur culte ; et il ne leur étoit guères resté qu*une idée confuse du Dieu d'Abraham. On trouve , dans la muraille dû CoahUy une pierre noire que l'ange Gabriel, disent les Mahômétans, apporta du ciel toute blanche au commencement du Monde , mais que les péchés des hommes ont noircie. Les Turcs, dans leurs pèlerin nages, révèrent, avec beaucoup de superstition, cette pierre mystérieuse. Mais il ne iFaut pas croire que Ma-i hqmet ait inventé ces cérémonies ; elles étoient, avant
xi} t}i%cotns
kti, M «nciciiDe* parmi le% Xnheé^ qaul n*j auroit pas en moyen de le» gatnr de cette •opervtîtkm, quand m<^me funpcMf eiar en eût forme le dcMetn.
Le* Arabe* idolâtre* recooDOtMOÎent, à la ▼érité, on premier Être, oniqne et fouverain créateur de toucn» cho4e« ; mai» tU en fiiijk>ient, pour aioai dire, une duinité oisive « san* providence : et« dans leun be»oia4, il* R4drr»^ient à des génies subalternes» ei à de* e*|W*t'e* de d4*e«»«e* : telles ëtoient , parmi ce* Ii»maéliteii modemei» » AUaih « Aiemach et A U u zza , qu'ils rvviYoient comme les filles du grand Dieu.
Quelques Arabes, »ujeu des Perses, en suivoient la religion, et adoroient le feu ( i ). Il y avoitencored autres e»|NVes d*idolAtres, appelli^ Sabiens^ qu il faut distinguer de* anciens «SctAcViu, et qui rtWèroient certains gé^ nie< qu*il* plaroient dans les planètes et dans les étoiles. D*autre6 bomoient leur culte aux astres même qu*ilâ adoroient; quelques*uns plus grossiers, sans s^ëlever si haut , » attachoient à des simulacres qui représentoicnt les différens attributs de ces astres : et le Caaba . ou le grand temple , Il trouva insensiblement rempli de cette foule didoles, dont Mahomet, |)ar la suite des tems, le purgea.
A IVgard des Juif», depuis que les empereurs Tite et Adrien les eurent chassés de Jérusalem, un grand nombre de cette malheureuse nation sVtoient réfugiés dans TArabie , contrée voisine de la Palestine. Us s'y étoient multipliés considérablement : mais la plApart étoient moins attachés à la loi de Moyse et au texte sacré de la bible , qu aux rêveries de leurs Rabins et des Talmudistes.
(i)Pocockii tpecim. Amb. pa^. 53.
SUR LALCORAN. xlij
Les Arabes chrétiens suiToient le rit grec. Il y en «voit peu de catholiques : la plupart ëtoient derenus Eutichietis ou Jacobites** On trouyoit encore parmi eux d'anciens sectaires de la^doctrine d'£l6ion et de Cirinthej hérésiarques, qui vivoient dans le premier siècle de Féglise ^ et du tems de Fapôtre Saint* Jean.
II y avoit aussi des Arriens, des Nestoriens et des Cophtes, eifi^èce d'Eutichiens ; mais, indépendamment du culte extérieur de ces différentes religions » une corruption presque générale, et une égale igno-' rance régnoient parmi tous ces Arabes ; et le Juif et le Chrétien n'étoient guères distingués que par la cir-* concision ou par le baptême.
Si on examine le gouvernement civil, on trouvera, qu'outre certaines contrées, qui relevoicnt soit de Tempire des Grecs , soit de la domination des rois de Perse, TArabie avoit eu autrefois ses souverains particuliers. Pokoke^ dans ses notes sur Abid-farage, auteur Arabe, et Jacobite de religion , nous a conservé les noms de ces princes , mais sans avoir marqué ni les lieux où ils commandoient , ni la durée de leur règne. Et dans le septième siècle , et du tems de Mahomet , on ne trouve dans FArabie Pétrée pour souverains, soit à 1a Mecque , soit à Medine, les deux principales villes de cette pro^ vince » que les chefs de chaque tribu , qui étoient en même tems les capitaines et les magistrats de ces petites Républiques.
Cette pluralité de chefs , indépendans les uns des autres, et la diversité de culte et de religion , parurent, à Mahomet , des conjonctures favorables, pour rétablissement et le succès de ses desseins. On verra, au commencement de cet ouvrage, le portrait quElmacin
xiv DISCOUIS
■mM Uiste de Mahomet ( i )• Sa conduite le peint encore mieaiL. Cétoit un homme avide de U domination et des plaisirs ; d*un génie supérieur^ et qui, soit par son éducation, ou par la force de son raisonnement, connut tout le ridicule de cette foule de divinités que le peuple avoit consacrées ; et , s'il n avoit pas eu la vanité de Âiire croire qu il entretenoit un commerce étroit avec Dieu , par le ministère de I ange Gabriel, il n^anroit pas été chassé de la Mecque par le magistrat. Mais, comme il vouloit jouer un râle extraordinaire, et qu il n avoit ni mission ni miracles pour s autoriser, il fut obligé , à la fin , de joindre à la force du raisonnement celle des armes, et d'établir son système lepëe à la main, et sur des révélations dont il se faisoit luimême le ministre et le héraut.
Pour y parvenir, il associa d'abord à son dessein un sçavant Juif, Rabin dans sa secte, appelle par Elmacin, Talman^ Persan de nation (2). Mais celui dont il tira plus de secours, fut un moine Nestorien, appelle par les historiens d'Occident Ser^us , et par les Orientaux Bahira, apostat de sa religion, et qui avoit été chassé de son monastère, pour sa mauvaise conduite. Tels furent les architectes que Mahomet employa pour fabriquer le nouveau système qu'il minutoit. Le Juif lui foumissoit différentes histoires de l'ancien Testament, mêlées avec les chimères et les rêveries du Talnmd, et auxqueUes Mahomet, pour en rehausser le merveiUeux, ajouta encore, de son invention, des circonstances toutes fabuleuses, et telles qu'on les
(1) Pages 5 et 7.
(a) Abdias Bensalon. — Cantac. Orat. i. contra Mahometem. — Tract. Fr. Rie. cap. 6 et i3. Theoph. — Zonan Fortalitium fidei. Lih. 4.
SUR l'alcoran. xvij
et voluptu^ix, dans un pays, où, au rapport d'Ammien Marcellin (i), il n'est pas croyable avec quel eia» portement les hommes et les femmes s abandonnoieut à Timpudicité : IncrediBile est ^uq ardore apud eos m ê^enerem uterque solvitur sexus ; Mahomet, pour les séduire, promet jaux hommes que les pépins des fruits qu'ils mangeront dans le Paradis, se changeront en autant de jeunes filles d une beauté divine , créée$ exprès pour leur félicité, ai douces et si cofiptplaidantes, que, si une goutte de leur salive tomboitdans la mer, elle seroit capable d'en enlever toute Tamertume, et, quoique dans un ,u$age fréquent du mariage, toujours vierges et jamais mères.
Si cette doctrine flatta les homiaes sensuels, des femmes âgées au contraire (a), ^et qui, par -là, £« croyoient exclues de ce lieu de délices, en furent alar* mées. Une dentr elles , à ce qu'^n dit Lamacf dans son Lathaif, en porta des plaintes au prophète, qui ^ pour les rassurer, lui dit qu elles ressuscitQroient toute$ à rage de quinze ans, et avec une beauté parfaite : c^ qui consola et réjouit les vieilles et les laides*
Par opposition au Paradis, Mahomet représente l'Enfer. comme une fournaise ardente, couverte et en>vironuéfB , en tout tems , .de nuages épaiB , et d'une fumée chaude. et salée (3). Pour rafratchissement, il £ait avaler aux damnés une liqueur noirâtre, toujours brûlante , semblable à de la, poix fondue, .qui circulera dans leurs veines ; et il ne laisse à ces malheui^nx, pour ombrage, qu'un certain arbre qu'il appelle Zuciifii,.dont les fruits , dit -il, représentent des têtes. d« diables.
(i) Lib.'XÎV, cap. 4- — (i^Honing. hist. Orient, lib. II, cap. 4- — (3) Aie. cap. 7, 37, 43, 44, 47, 5o, 74, 77, 78, 90.
xviij DISCOURS
Il est ai«é de Toîr, «u travers de toutes ces fables, que ces fontaines du Paradis de Bfahomet, sont empruntées de ces paroles de TÉcriture, qui dit : Que les élus seront abreuvés d un torrent de délices, de Êorrenis 'votupUUis pouMs eos ; et, à Tégard de ces jeunes personnes destinées à leurs plaisirs, tout cela a été formé sur le plan du Psuradis terrestre de Cérùuhe, qui assuroit quaprès la résurrection générale, il y anroit, à Jérusalem et dans la Palestine, un règne temporel de Jésus-Christ ; que les hommes alors jouiroient pleinement des mêmes plaisirs dont il se seroient privés pendant leur vie ; et que le jour de leurs noces dureroit pendant mille ans entiers.
A ne consulter simplement que le texte de 1* Alooran , et à le prendre à la lettre, rien n est plus grossier que ces promesses, qui nont pour objet que la satisfaction des sens. Aussi Mahomet, voyant bien que cette sorte de béatitude ne satisferoit pas les esprits éclairés , pour contenter les uns et les autres, il ajoute, dans le chapitre intitulé Jonas , que, dans ces jardins de délices, les bienheureux répéteront sans cesse ces paroles : «Vous êtes saint, Seigneur notre Dieu, et louange « étemelle au maître de toutes les créatures. £t le «Schéikh Alalem s'écrie : le Paradis, Seigneur, n'est m souhaitable que parce qu on vous y voit : car, sans « Téclat de votre beauté, il nous seroit ennuyeux: • ce qui peut foire croire que ces difFérentes peintures des plaisirs sensuels et des peines corporelles de lautre vie n étoient que des allégories dont Mahomet enveloppoit ses discours : figure femilière aux Ori^itaux, et qu'il ne (aut pas toujours prendre à la lettre sdoa certains docteurs de cette secte. Ce qui a fiût dire à un Musulman, spirituel et dévot : « O vous qui me convies
SUR l'algoran. xix
n à jouir des délices du Paradis, ce n est pas le Paradis M que je cherche, mais seulement la face de celui qui a fait le Paradis. »
Quelque soin que prit Mahomet d ajuster le plan de son Paradis aux goûts différens des hommes , entreprise qui n*étoit pas aisée ; et comme d'ailleurs il n'ignoroit pas quen matière de religion, tout ce qui porte le caractère de nouveauté est justement suspect, il déclare, dans TAlcoran, quil prétend moins annoncer une nouvelle loi, que de faire revivre çeUe que Dieu avoit donnée à Adam et aux premiers hommes, et qui , par Noë et ses descendans, étoit passée à Abra« ham et à Ismaël, leurs ancêtres : loi, dit -il, plus ancienne que ni celle des Juifs, ni celle des Chrétiens. Il ajoute que cette loi, quoique divihe, avoit été altérée et corrompue' par les successeurs des patriarches, qui avoient substitué, au culte du vrai Dieu, des simulacres et des idoles, dont ils avoient fait Tobjet de leur religion ; que Dieu , pour ramener les hommes de leurs égaremens, leur avoit envoyé d abord un grand prophète, appelle Moyse, qui leur avoit donné, de sa part, une nouvelle loi ; et que ce prophète avoit autorisé sa mission par des miracles éclatans; mais que le peuple d'Ismaël, auquel il étoit envoyé, avoit, dans la suite destems, préféré, à une loi si sainte, des traditions humaines ; et que , plusieurs fois , cette nation étoit retombée dans Fidolàtrie ; que le souverain créateur des hommes, dans des tems marqués par ses décrets étemels, avoit suscité un second prophète pl\)9 «grand que Moyse, appelle Jésus, (ils de Marie, conçu, dit-il, par un soufle* divin, sans père comme Adam, et dune mère toujours vierge ; mais que, quoique ce nouveau prophète n eut publié qu une loi remplie de douceur