Livre dixième
Marius délivré les Ôaules et lltalie dé trois cent mille barbares, connus sous le nom de Teutons et de Cambres, qui avoient d^jà ravagé une grande étendue de pays, et défait plusieurs généraux Romains. Jaloux de la réputation et du crédit de Metellus, il songe à le perdre. Il s*unit avec Saturninus et Crlaucia, et vient à bout de le faire etiler. Ces deux hommes, les plus scélérats de la république, sont aséommés à coups de pierre et de bâtons. Metellus est rappelle. Habileté de Sylla dans le métier de la guerre. La jalousie qu'en Conçoit Marius, lui fait regarder Sylla comme son ennemi. Rome se partage entre ces deux cjnerriors. Prête à se déchirer par une guerre civile, elle se réunit tontre des peuples d^Italie, ligués ensemble, pour se faire accorder, par la force des armes, la qualité et les privilèges de citoyens Roftiains, Sylla
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préféré à Marius pour aUer faire la çuerre à Mithri-* date. Suites funestes de cette préférence. Détail de la guerre civile dont elle fut cause. Mort de Marias.
^n Le jour du triomphe de Marias , le peuple fit ^4^. * éclater sa joie non seulement par rapport à I intérêt public, mais encore parla raison que le consulat de ce plébéien étant son ouvrage, il se regardoit comme auteur de sa victoire , et associé à son triomphe. Les tribuns , dans leurs harangues continuelles , en prenoient lieu d Insulter aux patriciens et à tous les nobles. Ils leur demandoient fièrement quel capitaine et quel général de leur corps étoit comparable à ce plébéien ; et s'ils prétendoient encore que la yaleur , le courage , et la capacité dans le com- Bandement des années , ne se dussent trouver que dans la noblesse d'origine. Les patriciens , aif contraire, pour diminuer la gloire de Marius, publioient que tout Thonneur de cette guerre étoit dû à Metellus, qui, ^rès deux grandes victoires, avoit poussé Jugurtha jusqu^à 1 extrémité de ses États; et que Marius seroit encore en Afrique , si Sylla, autre patricien , ne à'étoit p^s rendu maître de la personne du rot de Numidie. Sylla même , encore plus jaloux de la gloire de Marius , que celui-ci ne 1 avoit été des conquêtes de Metellus, fit graver^ sur
IIOMAIIVES. 3
une pierre 9 rbiatoire de cet événement, pour ^^^ en perpétuer la mémoire. On y voyoitde quelle de Homo. manière Bocchus lui livroit Jugurtfaa; et, pour ^^' chagriner Marius , il se servit toujours de cçtte pierre pour cachet : circonstance peu considérable dans rhistoire , si elle n avoit pas donné lieu aux dissensions qui éclatèrent , depuis , entre ces deux grands hommes , et auxquelles le sénat et le peuple prirent tant de part.
Mais cette concurrence et cet esprit de parti, furent suspendus au bruit de Tapproche de ces barbares , dont nous venons de parler. Plus de trois cent mille hommes, connus sous le nom de Teutons et de Cimbres , et sortis de la Ghersonèse Cimbrique , s'étoient unis pour chercher de nouvdles terres^ et un climat plus doux et plus tempéré. Ces barbares, suivis dune foule innombrable de vieillards, de femmes, et d'enfans, se jettèrent dans les Gaules , où ils firent de grands ravages. Les Cimbres taillèrent en pièces larmée commandée par M. Junius Sila* nus , et un autre corps qui étoit aux ordres de M« Anrelius Scaurus, lieutenant de Gn. Mallius, alors consul ; et ce consul et Q. Servilius Cépion,peu de jours après, eurent un pareil sort , et perdirent , dans deux grtfndes batailles, plus de quatre-vingt mille hommes. Ces barbares se séparèrent ensuite; lâs Teutons resté-
4 RÉVOLUTIOilS
^„ rcnt dans le» Gaules , d où il» «e disposoiedt à d« Hoio« passer en Italie ; et les Cimbres prirent la routd de rAUemagne , pour s y rendre de leur eôtë« Tant de pertes ^ le nombre et la férocité de ces barbares, épouvantèrent les Romains. L envie disparut ; les deux partis , qui partageoient Rome, se réunirent; tout le monde , comme de concert , chargea Marins du soin de cette guer- ^^0' re. On lui décerna , de suite , un second et un troisième consulat , quil employa à lever de grandes armées , et à fortifier les détroits et les passages de Fltalie. (i) Il revint, à Rome, pour présider à lelection des nouveaux consuls ; il déclara qu après trois consulats , il ne concôurroit plus pour cette dignité^ et qu il la refuserait même , quand on la lui offriroit. Mais ceux qui connoissoient à quel point il étoit dévoré d am^ / bition, se moquoient de cette fausse modestie; et on regarda, comme une Comédie, le rôle quil fit jouer, en même temps, à un certain Saturninus , sa créature et tribun du peuple , qui lappelloit publiquement traître et méchant de refuser dé servir sa patrie, et qui exhortoit le peuple à le forcer de prendre le commande^ ment de larmée.
L'artifice étoit tro]^ grossier pour échapper a
(i) Plut, in Mario I p. aSi.
la pénétration de gens aussi éclairés que les Ro- ^^ mains. Mais comme on n'avoit point alors de àe Romp. capitaine plus habile , et que Metellus étoit trop âgé pour se charger de la conduite dune guerre , où il ne falloit pas moins d'activité que de valeur, Marins fut élu consul, pour la qua- 65i. trième fois; et on lui doni^a, pour collègue , Gatulus Luctatius , personnage qui ne lui étoit pas égal , à la vérité , dans la science militaire , mais qui le surpassoit par sa modestie , sa probité , et la douceur de ses moeurs.
Les deux, consuls partagèrent les légions.
Marins, avec une partie ^ fut au-devant des Teutons, qu'il rencontra en Provence, et qu'il défit, proche la ville d'Aix. (i) On prétend que le combat dura deux jours entiers; que cent cinquante mille Teutons y périrent ; et que, par une défaite si générale , cette nation barbare fut presque éteinte. Les Gimbres, plus heureux d'abord , avoient franchi les Alpes , et pénétré jusques dans la Gaule Gisalpine. Gatulus les attendoit aux bords de l'Athesis (2) ; mais , comme il n'avoit que vingt mille hommes à opposer à une armée innombrable , la conster-
(1) Plut in Mario. — Orosius^ lib. V, cap. i6. — Florus, lib. III, cap. 3. — Tit, Liv, Ëpit. lib. LXVIII. -* Vell. Pau lib, II , cap. la. — (a) L'Adige,
j^^ nation s empara de Fesprit de ses soldats; plude Rome. $ieurs S enfuirent , avant ttue d'avoir vu len*
nemi; et le général Romain fut obligé, pour sauver le reste , d'abandonner les bords de la rivij'rc, et de se camper dans des défilés où il
65a. ne pût être force. Marins y à lentrée de son cinquième consulat, vint à son secours avec son 0rmée victorieuse. Les deux généraux, ayant joint leurs forces, (i) donnèrent bataille aux Gimbres , dans les plaines de Verceil. Ces barbares furent défaits; et les Romains remportèrent une victoire si complette , que , si on en croit leurs historiens , il y eut cent vingt mille Cimbres qui demeurèrent sur le champ de bataille, sans compter soixante mille prisonniers. Marius et Catulus triomphèrent conjointement de la défaite de ces barbares ; et Marius , insatiable d'honneurs , brigua un sixième consulat, avec autant dardeur qu il avoit fait le
653. premier. On prétend même qull Tacheta par de largent, que ses émissaires répandirent secrettement parmi ceux qui a voient le plus de crédit dans les tribus (2) , et qu il se servit , eu même temps, de cet indigne moyen pour faire donner
(0 Piat. ÎQ Mario et Sylla. — Orosius, Hb. Y, cap. i3. — Vell. Paterculus, lib. Il, cap. la. — (•!} Phu. in Mario , p. aQv'î.
RdMAINES. 7
Texclusion à Metelliis, que ses vertus, son ex- ^^ përience, ef les yœux de tous les geas de bieu , <l« ^omt< appelloicnt au gouvernement de la république. On lui préféra Valerius Flaccus, qui fut moins le collègue que Tesclave de Marius.
Cet homme , si grand par sa valeur , et qui avpit été si utile, à sa patrie , pendant la guerre, en devint le tyran, durant la paix. Dans ce haut point de gloire où ses victoires lavoient élevé , la présence seule de Metellus , plus esti* mé que lui par ses vertus, lui étoit insupportable, Non content de Tavoir exclus du consulat, il employa les plus bas et les plus indignes artifices pour le faire bannir de Rome. Il s al* lia , pour cela , avec deux sénateurs, appelles lun Glaucia, et Tautre Saturninus, tous deux ennemis déclarés de Metellus , les plus méchans hommes quil y eût dans la république, et que ce grave sénateur auroit chassés du sénat , pendant sa censure , sans 1 opposition de son collègue (i)j auprès duquel ils avoient trouvé du crédit.
Ces trois hommes unirent leurs ressentimens et leurs cabales. Marius étoit conftul , Glaucia préteur , et Saturninus , qui avoit déjà été tribun du peuple, briguoit, une seconde fois,
(i) App. Alex, de Bello civil! , lib. I, cap. a8.
^^ cette dignité, afin de pouvoir tourner, coude Rome, tre Metellus , le pouvoir qui y étoit attaché.
Mais le jour de Félection étant arrivé, Nonius,
un des compétiteurs de Saturninus, représenta au peuple , avec des couleurs si vives , les différens crimes dont il étoit noirci , que ce peuple, en qui il se trouvoit encore quelque rçste de lancienne probité de se3 ancêtres , eut honte de mettre un si méchant homme à sa tête. On lui refusa toutes les voix, et Nonius fut élu en sa place. Cette préférence lui coûta la vie. Saturninus le fit poignarder, à Tissue de rassemblée (i); et Glaucia, avec lequel il avpit concerté cet assassinat, ayant convoqué, le lendemain, de grand matin, une nouvelle assemblée, ses partisans nommèrent tumultuairement Saturninus pour tribun, avant que la plus grande partie du peuple eût pu se rendre sur la place.
Ces trois hommes, maitres alors du gouvernement, travaillèrent à perdre Metellus.
Pour y parvenir , Saturninus , en qualité de tribun du peuple , renouvella Tancienne querelle du partage des terres; mais, afin de ranimer une action qui paroissoit éteinte , il en changea l'objet. Comme Marins et Catulus , par la dé-
(1) App, Alex, de Bello civilî, lib. I, cap. a8.
BOMAINFJ. 9
faîte dc« Cimbrea, avoient repris des terres ^^ dont ces barbares s'ëtoient emparés dans la à9 Rom?. Gaule Cisalpine, il proposa de les partager entre les plus pauvres citoyens qui habitoient la campagne, la phipart gens sans aveu, dont Marius sétoit servi à la guerre, et qui lui étoient entièrement dévoués. Il ajouta, à cette proposition , que , si le peuple Tavoitpour agréah\e, le sénat seroit obligé de l'approuver dans cinq jours ; que chaque sénateur en feroit un ser^ ment solemnel dans le temple de Saturne ; et que ceux qui refuseroient de le prêter, seroient exclus du sénat, et condamnés à une amende de vingt talens. On indiqua ensuite le jour de rassemblée. Marius fit avertir secrettemcnt les partisans , qu'il avoit à la campagne, de s'y trouver en plus grand nombre qu ils pourroicnt ; et il y en accourut de difFérens endroits de ritalie. Saturninus se flattoit , à la faveur de leur nombre, de faire passer sa loi. Mais les habitans de la ville, jaloux de la préférence que Ton vouloit donner à ceux de la campagne, s'y opposèrent hautement. Cette assemblée tumultueuse se partagea en deux partis : les bourgeois, se trouvant les plus foibles , crièrent , pour faire rompre l'assemblée , qu'on avoit entendu tonner : ce qui, selon les lois et les principes de la religion, obb'geoit de sua
lO RÉVOLUTIONS
^^ pendre, ce joàr-là, toutes délibérations. Mais àe Rome, ces paysans , mêlés d anciens soldats , la plu*part g[ens de main, sans s'arrêter à cette observation superstitieuse , chargèrent les bourgeois à coups de pierres et de bâtons , les chas* sèrent de la place , et firent ensuite recevoir la loi.
Marins /qui conduisoit secrettement tous les ressorts de cette cabale, convoqua le sénat, en qualité de consul, pour délibérer sur le serment prescrit par la loi, et quon vouloit exiger impérieusement de tous les sénateurs.
Comme il connoissoit Metellus pour un homme droit et ferme dans ses résolutions, il feignit, pour le faire donner dans le piège, de détester une loi si injuste, qui navoit pour but, disoit* il , que de renouveller les anciennes séditions. Il ajouta, que, pour lui ^ il ne prèteroit jamais un pareil serment , si préjudiciaUe au repos de la république. Metellus, comme il layoit bien prévu , ne manqua pas de se déclarer de son sentiment; et son avis fut suivi par tout le sénat.
Marins, ayant tiré une pareille déclaration d'un homme incapable de varier, convoqua le sénat, le cinquième jour prescrit par la loi, pour prêter serment ; et alors il se montra plus à découvert. U dit , qu'il avoit fait de sérieuses
réflexions «ur cette f][rande affaire ; qu'infailli- "^J^ blement, on exciteroit une danjfereuse sédition, «le ^^oniosi on persistoit absolument à rejetter le serment proposé ; qu on avoit tout à craindre de la fureur et du ressen'timent de cette foule de gens grossiers et emportés; mais que, pour les éblouir et les renvoyer hors de Rome , il croyoit qu on pouvoit se tirer d embarras , à la faveur d'un serment conçu en termes équivoques; qu'il étoit davis qu'on jurât d'observer la loi , mais avec cette restriction , s il y avoii loi. Il ajouta, qu'après que ces habitans de la campagne seroient retirés, il seroit aisé, dans une autre assemblée moins tumultueuse, de faire voir, au peuple de la ville, qu'on ne pouvoit regarder, comme loi, la proposition d'un tribun , qui n'avoit été reçue que par des séditieux, et dans des circonstances qui rendoient nuls tous les actes de ce jour.
Le fourbe, ayant ainsi déguisé son manque de parole, sort du sénat, suivi de sa cabale, court au temple de Saturne , et prête un serment pur et simple. Ses partisans en firent autant; et la plupart des autres sénateurs, les uns gagnés, et les autres par la crainte de l'exil, suivirent son exemple. Metellus seul persista courageusement dans son premier uvis. G'étoit aussi sur sa fermeté que ses enne-
"■"■^JJ mis avoient principalement compte , pour exëde Rome, cuter le dessein quils avoient de le perdre « Saturninus, voyant quil navoit point prôté le serment dans le temps prescrit par la loi , envoya un huissier pour le faire sortir du se ^ nat. Mais les autres tribuns du peuple, qui n'étoient point de cette cabale, et qui rêvéroient la vertu de Mctellus, s'opposèrent una*^ nimement à Tinsulte qu on vouloit faire à ce grand homme.
Saturninus, irrité de l'obstacle qu'il trouvoit à ses desseins , fait revenir à Rome ces habitans de la oampafj^ne, dont nous avons parlé. Il convoque l'assemblée, monte à la tri* bune aux harangues; et, après s'être déchaîné contre Metellus, il déclare, à cette populace, qu'ils ne dévoient point s'attendre au partage des terres, ni à l'exécution de la loi, tant que Metellus seroit dans Rome. Sur les remonr trances de ce séditieux tribun , l'assemblée condamna Mctcllqs à un exil, si, dans le jour mè-^ me, il ne prètoit le serment porté parla loi. Les grands de Rome, tout le sénat, et même les plus honnêtes gens parmi le peuple , vouloient s'opposer à un plébiscite si injuste. Plusieurs même, par attachement pour la personne de Metellus, s'armèrent secrettement sous leurs longues robes, et sous leurs habits de ville.
AôMaïnes. i3
Mais ce sage sénateur , qui aimoit véritable- j^^ tuent sa patrie, après les avoir remerciés ton- cleKom«. drement de laffection qu'ils lui faisoient pa-^ roître, leur déclara qu il ne souffriroit jamais qu*à son occasion il y eût une goutte de sang répandue : et on prétend , qu après s^ètre résolu de subir son exil, il dit à ses amis particuliers, pour justifier le parti qull prenoit, quou bien le calme se rétabliroit dans la république , et qu^alors il ne doutoit point qu on ne le rappelât , ou que , si le gouvernement demeuroit entre les mains de gens comme Saturninus, rien ne pouvoit lui être plus avantageux que de demeurer éloigné de Rome. Il partit ensuite pour son exil : sa vertu et sa haute réputation lui firent des concitoyens , dans tous les lieux où il passa; il ne se trouva étranger en aucun' endroit : et, ayant fixé son séjour dans Tisle dé *
Rhodes, il y jouit, dans un doux repos, de cet empire naturel que la vertu donne , sans le secours des dignités.
La république , par la retraite de Metellus , demeura en proie à Saturninus. Marius ,' pour reconnottre les services qu il lui avoit * rendus dans cette affaire, soufFroit qu'il exer(;ât, dans Rome, une tyrannie déclarée. Il n y avoit plus de liberté dans les élections ; et la violence dé^ cidoit de tout. Ce tribun furieux , toujours es-
i\ RÉVOLUTIONS
"^"T^ corté dune troupe d assassins, qui luiservoient dti Rome, de Satellites, se fit continuer dahs le tribunal
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pour la troisième fois, et fit nommer, pour un de ses collègues, un esclave fugitif, appelle L. Equilius Firmanus , qui se disoit fils de Tiberius Gracchus. Enfin , il en vint à ce point de violence, que, voulant élever au consulat Glaucia , le complice de tous ses crimes, il fit tuer, à coups de bâtons par P. Mettius, un de ses satellites, Memmius, illus-* tre patricien, qui se trouva compétiteur de Glaucia.
Cet assassinat fit prendre les armes aux plus honnêtes gens; le peuple même se joignit au sénat; la place publique étoit comme un champ de bataille , où Ton répandoit impunément le sang des citoyens. Saturninus, Glaucia, C^ Saufeius , alors questeur, et leurs partisans , ne se trouvant pas les plus forts ^ se ssnsirènt du Gapitole. Le sénat, par un décret public, les déclara ennemis de 1^ patrie, et ordonna à Marins de les poursuivre. Il fut obligé d armei ; mais ce fut avec une lenteur qui fit bien voir que ce netoit pas sans répugnance quil exécutoit les ordres du sénat.
Le peuple, qui nignoroit ni son penchant ni ses liaispns secrettes , ennuyé des longueurs quil affectoit, et souffrant impatiemment ces
sodtmit^ dans Tetidroil le plu* for* Je la \Ule> J^[^* c<Nii|Mi le» tuyaux qui poHotenl de Teau tlan^i «^ k<^< W emploie ^ et mluml hieulàl €e$ sétUtieux à «MMurir de soif. La plupart > plutôt que de ;^ tettdre> xouloieut luettre le feu au Oipitole» dUtt» re^spêrauee de s êchapi^er > à la faveur de la eaafu^aa et du tumulte que produkeut cvdÙMÙveatieul ceti sortes d accident ; mai^ Sa-t^tttànu» et Glaucia > qui coniptoieut sur leurs Kawon^ avec Marius> se reuiireut eutre $es ■minî , 11 k« fit eulenuer daus le palais^ connue «y eàt voulu leur faire faire leur pix>cè$ daus k» lorwe$^ Slai« cette ttiai$«iu leur servoit plu- HM dTasyle que de pri$ou; et il y a voit mi:» des IpNWJgfJ^ moins pour les empêcher de senfuir» ^ue pour les défendi^e contre les entreprises de k«RCfiA€«nis.
Oe» précautions n empèclièrent )>oint le peuffe^en iureur» de se faire justice lui-même:
iMie partie cbasw lct> gardes > et entoure la mais««i oà Us étoient enfermés; d autres montent Mr le loit > le découvrent ; et > à coups de tuiles «I de piètre» > ils assomment Satumiuus Olaii* ciia> Saiifinus> et cette troupe de scélérats qui y avoMM été renfermés avec eu\ vO^ l^w
vO ^^ Alex, èe belto civiU. BU 1> e^jvîl. — Cieer<>
l6 RÉVOLUTIONS
**""J^| mort fut comme le signal du rappel de Mede Borne, tellus. Ses pareus , ses amis , ou , pour mietix ■^^^' dire, le sénat entier, le demandèrent , au peu-' pie, dans une assemblée publique. Tous les suffrages lui furent favorables; et il n y eut quun seul tribun du peuple , appelle Furius, qui osât s opposer aux vœux de tous ses concitoyens.
Ce tribun n étoit que le fils d'un affranchi ; mais , comme il étoit revêtu d une dignité qui donnoit droit d opposition , les amis de Metellus firent tout ce qu ils purent pour Fobliger à lever celle qu il avoit formée. Le fils même de Metellus se jetta à ses pieds , au milieu dé rassemblée , et le conjura 4 les larmes aux yeux, de lui rendre son père: ce qui lui fit donner depuis le nom de Metellus le Pieux; mais le tribun inexorable rejetta sa prière avec dureté; Heureusement G. Canuleïus fut élu tribun du peuple, Tannée suivante. Ce magistrat j^ébéien , qui révéroit le grand mérite de Metellus , ne se contenta pas de lever lopposition , mais il attaqua lui-même Furius , et se rendit sur-le-champ son accusateur. 11 représenta au peuple, avec beaucoup d'éloquence, son in-* humanité , et labus qu il avoit fait des privi-* lèges de sa charge ; il disoit que , pour satisfaire sa passion particulière , il avoit privé la ville et la patrie d un des meilleurs citoyens dé la ré*^
KOMAINEâ. 17
publique ; enfin il sçut rendre son collègue si J^ odieux, (i) que le :peuple, sfiatis vouloir enten- àe Rome. dre laccusé dan^ nés défendes , le mit en pièces ^uMe-champ : et le tribtmttt, (^ette tnagistrfeiture sacrée, qui n'avoit éfé étàfblie que ^our la défense et la conservation des citoyens, fut violé, dans la personne d'uti tribun , pour avoir vonhi porter trop loin 'soû aûtorifé , pendant son tribunat.
lie rappel de Metelltis Vie trouvant pltis d ob^ stade, il rervint è Rotne. Toute la ville sortit au->devant de lui; et som retour ftit un véritable triowiphe. Là jotrrftée €?n'tière ne suffît |»s «potfr recevoir ïes complîtnens dii sénat, et les sqipiaudissèfmens du |>euple; tout le tn onde crut Voir rentrcJr, avec Itri , la jtfsftice , la paik , et la Kfaerté. 11 n'y eut que le seul Marins , qui , tOTTJours jalons de ^a gloire , et ne ^otivan t èmjpécfaer ni soufïrir sfoû retour, sortit de Rome , ek s'embarqua , sous prétexte d'aller, en Asie , faire certains sacrifices qu'il avoit voués , à ce qu'il disait, à la mère des dieux, pendant la ^erre des Tentons et des Cimbres. Outre la présence de Metdkrs , qu'il fuyoit , et qui sembloit lui iaire un reproche continuel de son ingratitude, il y âvoit encore un motif secret ,
(i) App. Alex, de bello civili, lib. I; cap. 33. 3. 2
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Ar qui lavoit obligé de s éloigner de Rome , el de * 655™* passer en Asie. Marins , grand capitaine , mais d'une humeur farouche , 'et accoutumé à cette autorité absolue que donne le commandement des armées , languissoit au milieu de la paix ; «t il n avoit pas. même les talens nécessaires pour se faire valoir dans une république , où Téloquence donnoit tant de part au gouvernement.
La guerre lui étoit nécessaire pour renou- Wler son crédit. Si on en croit Plutarque , le dessein secret de son voyage étoit de Tallumer dans TÂsie , et sur-tout d engager les Romains à la déclarer à Mithridate , le plus puissant roi de rOrient, qu'on soupçonnoit de faire des ligues, et d^armer contre les Romains. Marins auroit été ravi qu'il eût fait éclater ses desseins , dans la vue d'avoir le commandement de cette guerre , d'obtenir de nouveaux triomphes', et de xemplir sa maison des richesses de rOrient.
On prétend qu'étant passé à la Cour de ce prince , et lui ayant fait différentes propositions , pour tâcher de pénétrer ses desseins^; comme Mithridate ne lui rendoit pas une réponse assez précise (i) : « Il faut, Mithridate,
(i) Plut* in Mario.
« lui dit-il , ou que tu fasses en sorte de te ren- ^^ tt dre plus puissant que les Romains , ou que <^« i^oine « tu subisses la loi du plus fort. » Le roi de Pont, le pluâ fier de tous les princes de son temps , et accoutumé à ce langage servile qu on parle dans le palais des rois, parut surpris du discours hardi de ce républicain. Mais, comme il n etoit pas moins bon politique que grand capitaine, et que toutes ses forces n^étoient pas encore sur pied , il dissimula son mécontentement, et>envoya Marins comblé de présensu
Ce Romain , après avoir parcouru une partic de TAsie , revint à Rome, où il trouva peu damis , et encore moins de considération.
Ses manières dures et impérieuses ne convenoient point dans un État libre, où tous les citoyens se croyoient égaux , et où les plus grands ne faisoient des créatures , et ne les conservoient , que par des caresses et des bienfaits. Il eut le sort des plus grands capitaines , qui vieillissent dans une longue paix ; on oublia jusqu'à ses victoires ; et on ne le regardoit au plus , dit Plutarque , que comme ces vieilles armes couvertes de rouille , dont on ne croit pas avoir jamais besoin. D'ailleurs , il s'étoit élevé d autres capitaines plus jeunes, et qui s'étoient emparés de la faveur du public ;
ao RÉVOLUTIONS
^^ et , (parmi ceux du parti de la noblesse , qui ^R^T^' ëtoienrt les plus distillés , Sylla , dont norils avons déjà parlé , tenoit le «premier rang;.
On a vu par quelle adresse ce patricien avoit •mis -fin, tout d'un coup, â la gfuerre de Numidie , en obligeant Bocchus de lui livrer Jugurtha. -Ce fut avec la même 'habileté que, pendc^trt '^pte les Romains étoient fmx crises avec les Oinrbres et les Tentons , û engagea les Marges (i), lune des pius puissantes nations de 11talie , à ise déclarer en faveur des ftomains. Personne , après Marius , n eut tant dé part à la défaite des Grmbres, et il fit même prisonnier un de ces rois barbares.
Marius, jaloux de toute e9pèce de mérite^ mais encore plus ée ta répulfi^ion que donnoient les armes, obligea Sylla, à force de Sftauvais traitemeos, de se retirer. Catuluii, qui connoissoit sa capacité et sa valeur , lui offrit^ dans son amtée , remploi qu'il avoit dans celle de Marius; il y ajouta une confiance parfaite. Sylla, vif, actif «t plein de courage, le soula^ geoit dans toutes les fonctions de général ; et comme €attdus étoit âgé et pesait, tout rou^
(i) Peuples de I^italie, voisins des Samnîtes, et quî occupoieni cetle partie du royaame de Naples, qu'on s^ppelle rAbrusze iJhérieure.
ROMAIKES. - 21
loit sur Sylla : marches, campemens, la con- j^^ dnite des partis, et jusqu'au soin des vivi^s, ^J^** il se mêloit de tout : et, pendant que les troupes de Marius memquoient de provisions, il y en» avoit une si grande abondance , dans le camp.de Catulus, que ses soldats en donnoient libéralement à ceux^ de son collègue. On dit que Marius en conçut une furiause jalousie contre Sylla ; qu'il regarda^ cette libéralité ; comme une manière indirecte de séduire se»
soldats; et que ce fut un des motifs qui firent naître, entre eux, cette haine, dont les suites furent, si funestes à la république. Elle corn*mença à> éclater au sujet de quelques figures de la Victoire , et de certaines images dor que Boochus consacra dans* le Capitole.Ges images représentoient la manière dont il avoit remis Jugurtha entre les mains de Sylla« Marius vou< lut faire enlever cesmonumens, quisembloient rapporter à son questeur, qui nétoit qu'un officier subalterne , toute la gloire dtin événement qui^^étoit passé sous son consulat» Sylla*, de son côté, s y opposa^ avec une fermeté in«« vincible : on fut prêt à en venir aux armes , dans un temps où tout* se décidoit*, àRomei par la. force et la violence. Chacun prit parti selon ses intérêts et< ses engagemens. Rome entière^ se partagea; et Un si. petit sujet, soutenu,
^ de part et d'autre , par deux hommes fiers , haode Rome, tains , et qui se haïssoient , fit renaître cette antipathie entre la nohlesse et le peuple, presque aussi ancienne que la fondation de la république. On cabale ; il se forme des factions ; chacun s assure de ses amis et de ses créatures. Enfin y la ville était dans cette agitation qui précède ordinairement les guerres civiles , lorsque la mort de Livius Drusus donna lieu à la guerre sociale ^ qui suspendit ces divisions domestiques.
Peut-être qu'il ne sera pas inutile de démêler ici de quelle manière cette guerre étrangère prit son origine dans Rome même , et se répandit, ensuite, dans toute lltalie. La république Romaine observoit différentes formes de gouvernement à legard des diflerens peuples qui lui étoient soumis. Les citoyens Romains , soit qu'ils habitassent dans Rome , ou qu'ils demeurassent à la campagne , inscrits dans le rôle des tribus, donnoient leur nom aux censeurs^ celui de leurs enfans, de leurs esclaves , et le dénombrement de leurs biens , sur quoi on régloit le tribut qu'ils dévoient payer. Côtoient les citoyens seuls, qui composoient ces légions invincibles, qui rendirent Rome la maîtresse du monde; ils élisoient leurs capitaines et leurs magistrats ; ils décidoient
eùx-mèmes de la guerre et de la paix ; et le droit ^^ de suffrages les rendoit participans de la sou- àe Home. veraineté de l'État. Les peuples du Latium, ou du pays Latin, s*étoient donnés à la république, ou avoient été subjugués par la force des armes; ils pay oient les tributs qui leur étoient imposés, et fournissoient, dans des temps de guerre , le nombre de cavalerie et d'infanterie qui leur étoit prescrit. Du reste , quoiqu'ils fissent, en quelque manière, partie de la république, et qu'ils en supportassent les charges, ils n'étoient point admis aux dignités, et ils n'a- Toient pas même le droit de suffrage. Il est vrai que, dans des temps difficiles, pour les attacher plus étroitement aux intérêts de la république, on s'étoit quelquefois relâché làdessus, Gonotme on en usa dans la seconde guerre punique ; de peur que ces différens peuples, qui, tous unis ensemble, faisoient la principale force de la république , ne se laissassent séduire par Annibal, aussi adroit à ménager ces sortes de défections et de révoltes, que redoutable les armes à la main ; mais , quand le péril fut passé, les Romains n'oublièrent rien , pour faire regarder ces concessions comme des grâces passagères, et qui ne fondôient point de droit. Du reste , chaque peuple du Latiumétoit gouverné par un de ses citoyens , élu à
j^ la pluralité dç$ voa , qui , sous le titre de préde Rome, teuf^ leur adioinistroit la justice; et ce pi>étf»r, après être sorti de charge, étoit çwsé citoyea Romain : cette fonctîoa lui servoit, de titre dç noblesse ; et. ce privilège distinguoit ce capton des autres pays, quou.^pelloit les proviaces. de la république , aii lion eavayoit , de Romcv, ua préteur pour rendre justice, et un questeur, pour lever les tributs.
Il y avoit long-temps^, comme nous Tayona déjà dit, que ces peuples, voisins de Borne, demandoieat la qualité de citoyens Romains.
Rs représentoieat qu'ils payoient des tributs considérables; que, dans la guerre, leur pay^s seul fournissoit une fois plus de troupes que. Rome et son territoire ; que la république devait, en partie , à. leur valeur, ce haut d^ré. de puissanice oii ellq étoit parvenue ; et qu'il étoit juste qu'ils eussent, part aux. h'onnears. d'un État, dont ils avoient, étendu 1 empire par leur^ armes. Nous venoi|s de voir de quelle, manière Caïus Gracchus périt, pour avoir v.ou= lu procurer, aux, Latins, œ droit de citoyens Romains. Le sénat et.les grands s y o]^osèfent, sous prétexte qu'il n étoit pas juste qu'on leur donnât, pour égaux et pour, concitoyeiis , des. sujets.de la république. Mais le véritable motif, de leu ' opposition venoit de ce qu'ils ne pou-
ROMAIIVES. 25
voient, soufftir qaon rendît le. parti du peuple '^ pliifi £Drt , ea le rendant plu& nombreux, par àt Home. cette afiAociation. La mort de Gaïus n!épouvanta point Bru8U3 , parce qu il se Quitta de réussir en prenant une autr.6 routa, et eç cher'' chaut, ai se r.endre médiateur entre ces différons partis : dessein- louable à la Viérité , mais, éga-; lement aurdessus.de sou habileté et de^sini cré* dit. Ge fut. pour, se rendre agréable aux uns. et t)6a. auy autres qu'il proposa, pendant son second tribunat , de r^dre au séuat la connoissance des crimes de concussion^ attribuée au corps desichevaliers; de dédomn^ager ce second>Ordre, en donnant entrée dans. le sénat , à. trois cents cbev.ali'ers. ( i ) ; et , à. la faveur de ces. deux lois.qif'il prqposoit , il tadba , en même temps^ de faire passer celles de Caïus. Graçchus , touchant le partage des.terres.et le droite de cité en faveur des Latins.
Bfaisil trouva les. sénateurs et les chevaliers également opposés à ces. propositions. Le sé^ nat parut offensé quun tribun entreprit de faire entrer, dans une comp^nie aussi au^ guste que le sénat , trois cents chevaliers , qui
(i)Tit. I^iv. Épit, liU. LXX^ LXXÎ, — App. Alex, de bcllo civili, lib, I, cap. 35. — Orosius^libu V, cap. 18. *— Aurel. Victor, de virls illustribus, cap. 66. — Cîcero pro Gluentio«
j^ se rendroient maîtres de toutes les délibérade Rome. tioDS ; et ccux de rOrdre des chevaliers , qui
pouYoient appréhender de netre pas élevés à la dignité de sénateurs^ ne vouloient point consentir qu'on privât leur corps d'une jurisdiction et d'un tribunal qui leur donnoit une grande considération dans Rome : -de sorte que ces deux Ordres, quoique dans des intérêts opposés , s'accordèrent à rejetter les lois de Drusus. Il trouva encore plus d'opposition dans celles de Caïus, qu'il vouloit renouveller. Le nom seul des lois agraires souleva tous ceux qui possédoient les terrés de conquêtes; et les grands de Rome, accoutumés à cet empire qu'ils exerçoient sur les peuples soumis à la république, ne purent pardonner, à Drusus, de vouloir leur donner, pour concitoyens , des gens qu'ils regardoient comme leurs sujets. Des intérêts aussi opposés firent naître des contestations continuelles dans toutes les assemblées; et, comme tout s'y décidoit alors moins par les règles .de l'équité , que par la force et la puissance de chaque partie, une foule de Latins étoient accourus , à Rome , pour soutenir leur protec > teur : mais il ne put échapper à la fureur de ses ennemis. Pressé d'une multitude de peuple , qui entouroit son tribunal , qu'il avoit fait
placer dans sa maison , et dans une galerie ^^ obscure, il fut blessé, au côté, dW coup de Je Rome. couteau , que le meurtrier laissa dans la plaie , et dont il mourut. Il ne fut pas possible de démêler Tauteur du meurtre, parce quil se perdit dans la foule (i) : mais Quintius Varius, tribun du pfeuple, s en rendit suspect par une loi qu'il proposa , depuis la mort de Drusus. Cette loi déclaroit criminels et ennemis de l'État, tous ceux qui renouvelleroient la proposition d'accorder le privilège de citoyens aux étrangers et aux peuples d'Italie , sujets de la république.
La mort de Drusus , (2) assassiné dans son tribunal , pour avoir voulu procurer, à ces peuples, le droit de bourgeoisie, fit naitre la guerre, qu'on appella sociale^ ou des alliés. Ces peu* pies , outrés de se voir exclus de leurs prétentions par la mort de leur protecteur , résolurent d'en obtenir l'effet, les armes à la main. Les villes principales s'envoyèrent d'abord des députations secrettes, pour se communiquer leur ressentiment commun. Elles signèrent ensuite une ligue , et se donnèrent réciproquement des otages. Chaque canton fit provision
(i) App. Alex, de Bell. civ. lib. I, cap. 3^. — (2) Vell. Paterc. lib. II, cap. i5. — Plin. lib. II, n. 83.
28 RÉV0l4UTI0>'S
^ d armes et de chevaux ; on enrôla des soldats ;
dff Rome, on en nomma les. chefs. T. Afranius , P. Ven* 662,
tidius., M, Ëgnatius , et Vetius Cato , tous capitaines de réputation , dévoient commander dïi'^ férens. corps. Mais, avant que de faire aucun acte d'hostilités ^ ils envoyèrent des députés à Rom^, pour demander, de la part de tous les peuples. d'Italie , alliés ou dépcndans de la ré* puhliquQ, detre reçus au. nombre dès. citoyens Romains.
Le sénat, également instruit de leurs prétentions et de leurs forces , refusa , avec hau-^ teur, d^en tendre leurs députés; et on leur fit dire qu ils n auroient point d audience , jusqu à ce que ceux qui les avoicnt envoyés , eussent renoncé à la confédération qu ils venoiènt de signer; et on les congédia avec cette réponse.
Les.allics , au retour de leurs ambassadeurs , prirent, en même temps, les armes, de tous côtés. On: vit, tout dW coup, au milieu, de ritaUe , une armée de cent mille hommes , tous conjurés, contre Rome; et ce qui rendoit:cea troupes redoutables, cesti quelles. étoientcom*mandées par d'^exicellens chefs, et: qui avoient été élevés dans les armées et dans la. discipline 663. des Romains.
Le sénat arma, de son. côté, avec une extrême diligence, et mit sur pied un plus grand
ROMAINES. 2gi
nombre de tëgicins qu a l'ordinaire. Sextus Ja- An Has <3é8ar,*et ?P. Rutilius Lnpus, taus deto "^^ ^^^3^*' constAs , cette iatiitiéeymarchèrent en campagpcie, et oottimâlidèrent, cbacuti^ une armée. On leut* dotttia, pour tieutenans /GaYus Marrixs, Gn.
Pomp^ius, Goi*»eUtis Syïla, eft liicinius Crâs- Ms , <pÀ pa9dod6tit pour ks plus g^rands capitaines Ae la ré^yiïl^ique , et dont la plupart avoieiit oditittHindé des armées , en qualité de consuls et de généraux. Mais Taifnour de la pattie fàïsàk que ceux mêmes qui avoient commandé en chef, ufne amïée, lïe dédaignoient point de servir, la suivante, dans la même ai^mée , en ^alit^ de Keutenans. On donna , à oeu^-d , le tiïîre de pro-consuls ; et , quoique toujours soumis aux ordres des deux consuls, ils cottnmiindoient séparémelfit, à cause desdifférens ettidroits où Ion fut obligé de faire la guerre. Jamais la république n'avoit eu tautdar- «nées dilVérientes , en même te^ips, dans Tltalie. De peur de surpriCK^, on mit des gardes aux portes de 'Rome^ pendant une guerre dans laquelle les soldats des deux partis étoient liabiHéB de ht même manière, parloient la même langue, et se connoissoient les uns l^s autres ; en sorte qu il étoit difficile de distin^ guer le citoyen de lennemi. Il y eut des combats sanglans, des batailles, et des prises de
3o RÉVOLUTIONS
^^ villes. La fortune passa , plus d une fois , dans ^^s^A^^' ^'^^ ^^ lautre parti, qui s afFoiblirent , réciproquement , sans rien relâcher de leur animosité, et de leur fureur. Enfin le sénat s'appercevant que la république ne remportoit pas même de victoires qui ne lui fussent funestes , et qu en faisant périr les alliés , elle perdoit autant de soldats, qui con^osoient auparavant ses arïnées , ce corps si sage se relâcha de sa première feruieté; mais il ne cé4a que peu-à-peu, pour conserver toujours la dignité du nom Romain, et même pour jetter de la division entre les alliés. ^ On n!accorda d'abord ce droit et ce privilège de citoyen, quifaisoitle sujet de la guerre, quaux peuples voisins de Rome, ou qui n'avoient point pris les armes , ou qui ofîfrirent les premiers de les quitter. Cette conduite ralentit lardeur des ennemis; les alliés, dans une défiance réciproque, se pressèrent de faire, chacun , leur traité en particulier ; et les Romains, de leur côté, trouvèrent plus de grandeur à se relâcher en faveur des ennemis divisés et affoiblis , que de céder au corps entier de la ligue , lors même qu elle étoit dans sa plus grande vigueur (i). Enfin .tous ces peuples obtinrent,
(i) App.Alex. de bello ciTilî, lib. i , cap. 49* — VoiJ. Paterc. lib. II, cap. 16.
ROMAINES. 3l
Micceflâivement , le droit de bourgeoisie Ro- ^^ maine, à l'exception desLucaniem et des Sam- de Rome. nites, leurs voisins : peuples féroces et courageux , jaloux et ennemis de la grandeur de Rome., et qui soutinrent encore quelque temps la. guerre, mais plus par leur animosité, que par leur force.
Quoique le sénat eût accordé ce droit de bourgeoisie^ aux voisins de Rome , il le réduisit, presque à rien, par la forme quil donna au traité; et, au lieu de distribuer cette foule de peuple, dont on faisoit de nouveaux citoyeiM, dans les trente-cinq tribu» anciennes, OÙ ils auroient été maîtres de la plupart des délibérations par leur gvand nombre, le sénat eut ladresse de les ranger, de leur consentement, sous buit tribus nouvelles. Gomme elles se trouvèrent , par leur institution , les dernières ù opiner, il étoit inutile de compter leurs suffrages, quand les anciennes étoient de concert; et le droit de bourgeoisie , qui avoit coûté tant de sang aux alliés, ne devint presque, à leur égard , qu un vain titre , sans fonction et sans autorité.
Us ne furent pas long -temps sans sappercevoir quon ne les avoit placés, tous ensemble, dans les huit dernières tribuj , que pour rendre leurs suffrages inutiles.
3a RÉVOLUTIONS
j^^ Cependant le âénat, par cette politique, se
de Rome, ilattoit davoir rétabli le calme dans lltalie: et 11 songeoit à porter ses armes en Orient , •lorsque la jaloùisie, entre les grands, fit succé- ■der la çucfrre civile à la guerre sociale. Marius, âgé de pins de soixante-dix ans ; n'avoit pas soutenu , dans cette dernière guerre , cette haute réputation qu'il avoit acquise ^ans celle •des Tecrtotos et àes 'CSmbres , soit phr la apesanteur ^ amènent les années , soît que la fortune ne lui eut pas fommi d'occasion de Se digtialer : il s'étoit même presque toujours teaà sur la défensive. Sylla , au contraire , vif, ôcttf , A!ia(pé«tueux , avcdt gagné de grandes batailles , pris * 665. des villes considérables ; et il ^'étoît distingué , dalfis cette guerre , pat* de si glorieux succès , que le consulat fut la preMrîère i^coïri^nse de ses services. On lui décerna e¥isuite le couver- / nement de TAsie Mineure , avec la commi^ion de faire la guerre a Mithridate , le][>lûs fmissant prince de TOtient , grand capitaine , mais in* juiste , cruel , sanguinaire , eoméie ht plupart des conquérais, et dont Tempire ïi^étoft presque composé que des États qu il avoit usurpés snr ses voisins. Ses forces étoient proportronttées à ses desseins, et à son ambition. On comptoit, dans Ses armées , jusqu'à deux cent cinquante mille hommes d'infanterie, cinquante mille
chevaux , un nombre infini de chariots armés; j^ et ses ports renfermoient plus de quatre cents ^^ ^J^^^ vaisseaux de guerre. D'habiles généraux étoient à la tète de ces corps différens; mais il en étoit toujours le premier général ; et , quand il ne les commandoit pas en personne, lui seul en régloit les opérations. Il s*étoit emparé de la Cappadoce et de la Bithynie , qu il avoit conquises sur Ariobarzane et sur Nicomède , qui en étoient les souverains , et les alliés du peuple Romain. La Thrace, la Macédoine, la Grèce, Athènes, la plupart des isles Cycladea, avoient subi le même sort; et le sénat lui ayant fait dire , qu'il eût à retirer ses armes de toutes ces provinces , qui étoient sous la protection de la république, ce prince (i), pour faire voir qu'il n'en redoutoit, ni la puissance , ni le ressentiment, fitégorger, en un jour marqué, cent cinquante mille Romains, la plupart marchands, qui, à la faveur de la paix , négocioient , et s'étoient établis dans l'Orient , et dans les principales villes de la Grèce. Il me^ naçoit Rome même et toute l'Italie de l'effort de ses armes , quand le soin de cette guerre échut à Sylla. Marins, dont l'ambition étoit toujours vive, et qui, comme nous avons vu,
(i) Vell. Paterc. Ub. II, cap. i8.
^^ aspiroit à ce commandement, regarda cette de Borne, préférence comme une injustice. Il sembloit que tous les emplois de la république lui appartinssent. Il résolut d'enlever , à Sylla , celui de faire la guerre à Mithridate (i). Il mit dans ses intérêts un tribun du peuple , appelle P. Sulpitius , grand ennemi de Sylla , homme éloquent , vif y entreprenant , d'ailleurs considéré , à Rome , par des biens immenses, par un grand nombre de cliens , et encore plus craint par le mal qu'il pou voit faire, et par le crédit que lui donnoit sa chaire.
Ces deux hommes, unis par la haine commune qu'ils avoient, l'un et l'autre, contre 8ylla, et contre le corps de la noblesse, convinrent , avant que de se déclarer , de grossir leur faction. Pour y réussir, Sulpitius, quiavoit reconnu combien les alliés étoient mécontens de se voir placés dans les huit dernières tribus ,de la république , proposa , en leur faveur , de ^supprimer ces huit tribus , et de distribuer ensuite tous ces peuples de l'Italie, dont elles jétoient composées, dans les trente^cinq anciennes tribus. Il se flattoit, par leur grand nombre , de se rendre maître de toutes les dé-
(i) Vell. Paterc. lib. Il, cap. x8. — Plut vie de SyUa, p. 456.
R0MAINR8. 35
libérations publiques. Les anciens citoyens,
An
par le sénat , n'eurent pas de peine à «le Romt. s appercevoir que , si on méloit , parmi eux , lei nouveaux, des étrangers, qui venoient d'ètra admis, par grâce, au rang des citoyens, ruineroient insensiblement le crédit dès auteurs même du bienfait. Ces considérations les déterminèrent à s*opposer à la publication de la loi. Le tribun , de son côté , soutenu de ces nouveaux citoyens, quil avoit fait venir exprès à Rome, vouloitla faire recevoir par la force.
Les deux partis en vinrent aux mains ; il y eut, dans ce tumulte , un grand nombre de citoyens tués de part et d autre. La nuit, qui survint, dissipa l'assemblée , sans qull y eût rien d arrêté.
Les consuls, pour reculer le temps d^une nouvelle convocation (i) ordonnèrent, sous diffërens prétextes, des fêtes solemnelles, pendant lesquelles il étoit défendu de vaquer à aucune affaire. Sulpitius, sans avoir égard à ces fêtes, convoqua une nouvelle assemblée. Il s'y rendit à la tête de six cents hommes de son parti , qui avoient des armes sous leur robe : espèce de satellites dont il se faisoit accompagner pai^ tout, et qu il appelloit Xanix^sénaU II fit sommer
(i) App. Alex, de bello civili Ub. I, cap. 55, S6.
^^ les deux consuls , de se rendre à rassemblée , et ^%fi?"** d'y révoquer , sur-le-champ , les vacances <^*il9 i^voient ordonnées , afin que le peuple put don* ner ses suffrages au sujet de Tabrogation des huit dernières tribus , quilavoit proposées dans la dernière assemblée.
Ce discours excita un grand tumulte entre les anciens et les nouveaux citoyens (i). Les partisans du tribun mirent Tépée à la main , et chargèrent la multitude : le peuple s enfuit; et le fils de Q. Pompeïus , qui étoit gendre de Sylla, fut tué en voulant secourir son père. Pom* peïus se cacha dans la foule ; Sylla , poursuivi par ses ennemis, se jetta dans la maison même de Marins, dont il trouva la porte ouverte.
Marins , quoique naturellement cruel et vindicatif, ne voulut point faire tuer un homme à qui sa maison venoit de servir d'asyle ; il lui sauva la vie. Mais il fut obligé, pour la con-* server , de revenir sur la place , et de déclarer qu il révoquoit Tinstitution des f^tes. Il se retira ensuite de cette assemblée ; et ne trouvant plus pour lui de sûreté dans Rome, où le parti con-^ traire prévaloit, il en sortit sur-le-champ, et se rendit , en diligence , à la tète des troupe» qu il avoit commandées pendant la guerre so-*
(i) Plut, in Mario ; p. 3o8| et Sylla, p. ^i^.
BOMAINES. 37
,ciale , et qui dévoient marcher, sous ses ordres, — ~^ en Orient , contre Mithridate. de Rome.
Les fêtes étant révoquées , et les deux consuls en fuite , Sulpitius , mattre de Rome , fit recevoir, sans peine, la loi qui.ayoit été cause du tumulte; et, par la même loi , il 6ta à Sylla le commandement de Farmée qui devoit marcher, en Asie, contre Mithridate (i)) dont il fit décerner la commission , par le peuple , à Marins.
Ce général envoya aussitôt des officiers de son parti pour en prendre le commandement , en ajttendant qu il y fût arrivé. Mais Sylla les avoit prévenus, comme nous Tavons dit; il avoit mis tous les soldats dans ses intérêts, par Tespérance de les enrichir des dépouillés de rOrient ; en sorte qu au lieu de recevoir les ordres de Marius (2) , ils assommèrent ses officiers; et ils conjurèrent Sylla de les mener contre les ennemis qu il avoit à Rome , avant même que de passer en Asie. Mdrius, irrité de la mort de ses officiers, usa de représailles, fit tuer 'plusieurs amis de Sylla, et piller leurs maisons : ce qui obligea les autres de sortir de la ville avec précipitation , et de chercher un asyle
(i) App. Alex. de bello civili, Ub. I , cap. 56. —(a) Plut. , in Sylla.
^^ dans le camp de Sylla. Ces massacres détennide Rome, nèrent ce dernier à marcher droit à Rome. H étoilaia tète de six légions, dont les soldats, animés de son esprit , ne respiroient que la yen* geance et le pillage. Mais plusieurs officiers , ne pouvant se résoudre à tourner leurs armes contre leur patrie, quittèrent le service; en sorte qu on ne voyoit, sur le chemin de Rome, que gens qui fuyoient de la ville au camp , pour échapper à la cruauté de Marins, et cTautrès qui passoient du camp dans Rome, pour netre pas obligés de prendre parti dans cette guerre civile. Cependant Sylla avançoit tonjours; et il fut rencontré, sur le chemin, par Q. Pompelus , son collègue au consulat , qui se joignit à lui.
Marins et Sulpitius , qui n*avoient point d^armée à lui opposer, interposèrent l'autorité des magistrats , et lui envoyèrent Brutus et Servilins , tous deux préteurs , et leurs partisans , qui défendirent à Sylla , avec hauteur , de continuer sa marche. Les soldats , irrités de la fierté avec laqudle ces deux préteurs avoient parié à leur général , rompirent les faisceaux et les haches que les licteurs portoient devant ces magistrats, (i) Us se jettèrent sur eux, déchirèrent
(i) Plut Tie de Sylla, p. 458.
leur robe de pourpre , et ils les auroient t\xé$, ^^ si Sylla ne s'y fût opposé. de Rom«*
Le désordre dans lequel ces deux magistrats rentrèrent dans Rome, fit comprendre quon avoit perdu tout respect pour les lois ; et que la force et la violence alloient décider de tout. Marius et Sulpitius qui ne se trouyoient pas en état de résister à un ennemi puissant et irrité, lui dépêchèrent, sous le nom du sénat, de nouveaux députés, pour tâcher de retarder sa marche. Ces députés prièrent les deux consuls de suspendre leur colère et leur ressentiment, et de ne point souffrir que leur armée s'approchât de Rome plus près de cinq milles (i); et ils leur représentèrent, que, pendant quejeurs troupes s y reposeroient , le sénat espéroit de trouver les moyens de concilier leurs intérêts (a) , et de leur donner une entière satisfaction.
Les deux consuls , qui reconnurent qu on ne cherchoit qua les amuser, pour donner le temps à Marius de lever des troupes , feignirent, pour tromper les députés , de se rendre à leurs propositions. Sylla , en leur présence , commanda à ses officiers de marquer un camp , et de dbtribuer les logemens dans Tendroit où il
(1) Cinq milles, ou quarante stades, ou deux lieue* françoises. — • (a) App. Alex, de belle civili, Iib. I, c 57.
4o RÉVOLUTIONS
. se trouvoit. Mais ces envoyés ne furent pas de Rome, plutôt partis , qu'il les fit suivre par sa cavalerie : il se mit ensuite en marche avec toute son armée, et parut aux portes de Rome, . quand ^ ennemis le croyoient encore dans son camp.
Ses troupes entrèrent , dans la ville , Tépée à la main , et comme elles auroient fait dans une place ennemie et prise d'assaut. Marins etSulpitius , quoique surpris , s'opposèrent à leur passage avec un gros de leurs partisans , qui s*étoient réunis auprès deux; et le peuple, qui craignoit le pillage , se déclara en leur faveur , et lançoit des traits et des pierres , du haut des maisons, sur les soldats deSylla. Mais ce général ayant menacé de les hrûler (i), et ayant para un flambeau à la main , le peuple cessa ce genre d'hostilité , et demeura spectateur du combat entre les deux partis. Marius et Sulpitius l'appellèrent vainement à leur secours ; ils promirent même inutilement la liberté aux esclaves qui prendroient les armes en leur faveur : personne ne branla ; et les troupes de Sylla , avançant toujours, les poussèrent jusqu'au temple de la déesse Tellus , d'où ils furent obligés de s'enfuir , et de sortir de Rome. Sylla , s'en voyant
(i) Plut in Sylla.
maître , mit des corps de garde dans toutes les ^^ places de la ville, pour empêcher le désordre. ^•^?"*' II fit même punir sévèrement quelques soldats qui s'étoient jettes dans des maisons pour les piller ; et il passa toute la nuit à visiter, luir même , les ^Sévens quartiers pour contenir le soldat, toujours insolent dans la victoire, et pour empêcher que les citoyens ne fussent ou-> tragés.
Les deux consuls, ayant employé toute la nuit à pourvoir à la sûreté publique, songèrent, le lendemain , à faire autoriser une conduite si extraordinaire par de nouvelles lois, et à se revêtir , au moins , des apparences de la justice, qui ne manquent guères à ceux qui ont la force de leur côté. Pour y parvenir , ils formèrent le dessein de relever l'autorité du sénat , que les tribuns du peuple avoient fort affoiblie par qe nombre infini de lois nouvelles, faites en faveur du peuple, et dont la plupart n'àvoient été promulguées que par des séditieux, les armes à la main.
Ils convoquèrent , dans cette vue, une assemblée du peuple Romain. (i)Sy lia, naturellement éloquent, d^lora, en des termes également vife et touchans , les malheurs de la républi-
(i) App, Alex, de bello civili , lib. I, cap. Sg,
4a* RÉVOLUTIOîîS
J^ que. Il représenta , à rassemblée , que left de Rome. séusioDS, qui agitoieut, depuis si long -temps, la ville et TÉtat , ne provenoient que de 1 esprit inquiet et séditieux des tribuns , qui , pour se faire val >ir , n oublioient rien pour exciter la haine du peuple contre le sénat; que ces magistrats populaires , qui n avoient été établis , dans leur origine , que pour empêcher qu'on ne fît violence à aucun citoyen Romain^ s etoient emparés insensiblement , et sous différens prétextes , du gouvernement entier de la république ; que , par de nouvelles lois , inconnues à leurs ancêtres , ils avoient trouvé le secret d anéantir lautorité des consuls , et la dignité du sénat , que , pour faire tolérer ces usurpations , qu ils revétoient du nom respectable de lois, ils avoient aboli, dans les élections des magistrats , Tusage établi , de tout temps , de recueillir les suffrages par centuries; et qu ils avoient substitué , à cette ancienne forme , celle de faire donner les voix par tribus , sur-tout dans Télection des tribuns du peuple ; que , par ce changement , dans lequel les suffrages des nobles et des personnes riches étoient confondus avec ceux des pauvres, au lieu de les compter par centuries , le petit peuple se trouvoit mattre des élections , et que son choix tomboit toujours plutôt sur les plus
que sur les gens de bien ; que , pour ^ détruire des abus si pernicieux au repos de ^.^.^"^' la république, il étoit d*avis que désormais personne , de quelque condition qu'il fût , ne put prop«>ser, au peuple, aucune loi qui n eut été auparavant ap{H*ouvée par le sénat ; enfin , que , dads les élections , on ne recueillit plu8 les suffrages que par classes, espèce de rôle dans lesquels tous les citoyens étoient divisés par centuries , selon leurs facultés , , mais dont la première classe, composée des plus riches , renfermoit , seule , plus de centuries , que toutes les autres clcuses ensemble : ce qui rendoit cette première classe, quand toutes ses centuries étoient d accord , arbitre de toutes les délibérations. Sylla ajouta quil ftdloit interdire, aux tribuns, ces harangues continuelles , qui étoient autant de trompettes de sédition ; et que , pour mettre des bornes à Tambition effrénée de ces magistrats plébéiens, il étoit à propos de déclarer, par une loi solenmelle, que tout citoyen qui auroit exercé le tribunat, seroit incapable, dans la suite , de toute autre magistrature.
Ces propositions de la part d*un homme qui étoit à la tête de six légions , et maître de Rome , deyinrent aussitôt des lois : personne n osa s y opposer; tout plia [sous son autorité ;
^ et Rome, sous son consulat, prit comme une 4e Rome, nouvelle foce.
Quand il eût établi solidement son autorité y il songea à venger ses injures particulières. Nous avons dit que Marins , de concert avec le tribun Sulpitius, s^étoit fait décerner le commandement de Farmée , destinée contre Mithridate, Sylla fit casser ce décret; et, en . même temps , il fit annuUér la dernière loi promulguée par Sulpitius , qui àdmettoit les" alliés dans les trente^cinq tribus anciennes. Tout ce qui s'étoit passé , fut attribué à la force et à la violence ; et celui-méme qui s en plaignôit, tenoit, pour ainsi dire, actuellement le poignard sur la gorge à ses concitoyens. On accusa ensuite G. Marins , le jeune Marius son fils, douze sénateurs des principaux de leur parti, et le tribun Sulpitius, d'être les auteurs de la dernière sédition. Ils étoient absens, et ils avoient , pour partie , celui qui cônsmandoit , dans Rome ," avec une autorité absolue : ainsi y leur procès fut bientôt fait (i). Ils furent déclarés ennemis du peuple Romain ; on mit leurs têtes à prix ; on leur interdit le feu et Teau , cW-à-dire , tous les secours de la société; et on publia , à son de trompe , à Rome , et dans
(i) kpf. Alex, de bello civili, lib. I, cap. LX.
toutes les provinces dépendantes de la repu- ^ blique, le décret du sénat qui ordonnoit quon ^^^^' eût à les poursuivre aux dépens du public ^ et qu on les fit mourir , sitôt qu'ils auroient été arrêtés. Sylla dépêcha, en même temps , des troupes, de tous côtés, pour les faire périr. Marius échappa à leur poursuite ; mais le tribun Sulpitius fut trouvé, par des cavaliers de Sylla, caché daps les marais du Laurçntium. On lui coupa la tête , qui fut apportée à Rome , et attachée au Rostrum , ou tribune aux harangues. Ge spectacle afïreux fut un présage de tout le sang que Tambition et la haine de Marins et de Sylla firent répandre , dans la suite , à Rome, et dans tout Fempire Romain.
Le. peuple ne vit qu avec une secrette indignation la tête d un de ses magistrats, attachée sur son propre tribunal ; et . le sénat même , quoique ravi de voir le parti du peuple abaissé, ne laissa pas de murmurer de la proscription de C. Marins et de ses partisans. La plus grande partie des sénateurs , jaloux de Thonneur et de la dignité de leur compagnie, ne pouvoient souffrir qu on eût proscrit leurs collègues, comme on auroit fait des brigands et des scélérats. Quelques uns reprochoient secrettement, à Sylla, qu il vouloit faire périr un homme plus généreux que lui ; et que , si Ma-
nus , quand il se réfugia dans sa maison y Veut ^eRorae. livré à ceux qui le poursuivoient, il se seroit vu, par sa mort, maître absolu du gouvernement. Ces discours, répétés depuis, en difiSé* rentes manières, dans les compagnies, don* noient de leloignement, à tout le monde, pour la personne de Sylla. Il en fit Texpérience dans 1 élection de quelques magistrats , où la qualité de ses créatures (i) fut, à legard du peuple, un titre d exclusion. Sylla, au lieu de s en fâcher, affecta de s en faire un nouveau mérite. Il dit, à ses amis ^ que le peu d égards que le peuple avoit eus pour sa recommandation , étoit une preuve que , sous son consulat , Rome jouissoit d une entière liberté ; et , pour soutenir toujours le même caractère , aux yeux du public, il laissa élire, pour lun des consuls de Tannée suivante, "Ginna de la même Maison que lui, mais d'un parti contraire, et qui le fit repentir , dans la suite , de cette feinte modération , aussi opposée à son humeur qu a ses intérêts.
Cornélius Ginna , quoique d'une Maison patricienne , s etoit attaché au parti du peuple , oii il espéroit trouver plus de considération que dans celui de la noblesse , rempli de grands ca»
(i)Iïonmiis, neveu de Sylla, et Servias.
pitaines et d'habiles magistrats. G'étoit un ^
homme sans mœurs et sans réflexion , précipité «^^ dans ses desseins ; cependant, tout téméraire et inconsidéré qu il étoit dans ses engagemens^ il les soutenoit avec un courage , et une grandeur d ame, dignes d un meilleur citoyen. Il ne fut pas plutôt entré dans lexercice de sa magistrature, quil se vanta insolemment de faire abolir toutes les lois de Sylla : il lattaqua même indirectement ; et , pour essayer ses forces et la disposition du peuple , il hazarda une de ses créatures (i), qui osa se déclarer accusateur de Sylla. Mais ce grand homme , méprisant également et la bassesse de 1 accusateur , et la légèreté de celui qui le faisoit agir , sans daigner . seulement répondre à Taccusation , laissa là le >•
procès et les juges , et partit pour aller faire la ^
guerre à Mithridate. ,
n se flattoit que son parti seroit toujours assee puissant pour tenir en respect le nouveau cofisul, homme peu estimé, et d ailleurs haï pour son humeur hautaine et violente. Mais la suite lui fit voir que, dans les dissensions domestiques et les guerres civiles , il ne faut jamais se trop fier à ses meilleurs amis , ni mépriser le moindre de ses ennemis. Cinna n^avoit .
(i) VirglniuSy tribun da peuplé.
^ pas, à la Vérité, un assez puissant paru, p<fi% ^t»^* introduire un nouveau changement dans *<ie gouvernement de FÉtat ; mais il eut des amis' plus habiles que lui , qui lui firent comprendre que , pour se soutenir contre Sylla, il devoit faire rappeller Marius, et opposer, à Sylla, ce grand capitaine , si fameux par ses victoires. Il falloit, pour cela, faire casser Farrèt de la proscription ; mais cette cassation d un arrêt si solemnel paroissoit presque impossible , par rapport au puissant parti que Sylla avoit laissé dans Rome. Cinna, pour en balancer le crédit, et pour s assurer du plus grand nombre des suilrages , entreprit de gagner les alliés. ^^' Nous avons dit avec quelle adresse le sénat les avoit comme relégués dans les huit dernières tribus , afin que leurs suffrages ne fussent jamais comptés ; et on a vu que, par un* dessein contraire, Marius et Sulpitius les avoient incorporés dans les trente-cinq premières tribus, mais que Sylla avoit, depuis, fait abroger cette loi. Cinna résolut de la faire revivre. Pour y réussir, il leur fit dire secrettement de se rendre , à Rome , le premier jour d'assemblée ; d*y venir en plus grand nombre qulls pourroient, et d^apporter des épées sous leurs robes. Tout cela fut exécuté, selon son projet; et, le jour de l'assemblée , la place publique fut remplie
dun si grand nombre de ces alliée, qu^ les habitans mêmes de Borne eurent bitQ de la ^eRome. peiné à enr approcher: Cinna monta , lui^éme ^^" a la tribune ; et , par un discours étudié , \1 ^e^ présenta,^ à rassemblée 9 que les Latins e\les Italiens, étant de même nation quelesRomaii^;' parlant le même langage, vivant sous des loi& à-peu*près semblables, et exposant, tous les jours, leur vie pour soutenir la gloire et les intérêts de la république , il étoit juste de ne for- ^ mer qu'un corps, et qu une seule république des différens peuples de lltalie; que, pour rendre cette union parfaite, il falloit supprimer les hmt dernières tribus , et placer , dans les an^ ciennes , les nouveaux citoyens (i), selon que le sort -en décideroit; que cetoit le seul moyen d'entretenir la paix et lunion entre les différens Ordres de TÉtat , d'en augmenitef les forces , et de les renchre redoutables aux ennemis du nom Romain.
Ce discours du cohsul fut reçu avec de grandaf applaudis^emens de la part des alliés. Us de-^ mandèsent à haute Voix, et avec de grands cris , qu'on prtt les suffrages pour faire recevoir cette loi. Mais les anciens citoyens , indignés de
(i) Velleius Paterc. lib. Il, cap. XX. — App. Alex, cle beUocivâi^'lib. I;<;ap.LXiy. '-
5o BÉVOLUTIONS
■ voir un pa**icicn et un consul faire le person-*
df Rome, uage aéd^^^ux d un tribun du peuple , 8 oppo- ^^' gèrent lautement à la réception de cette nouvelle ^1- ^ Qu'il suffise à ces étrangers , disoient- M ils d être associés au nom Romain, d en avoir a yè droits et les privilèges, et de se voir aujourd'hui, de sujets, devenus citoyens de Rome, <f sans prétendre encore se mêler, malgré nous , « dans nos tribus , pour y donner la loi par le « nombre de leurs suffrages. »
L'opposition de sentiniens et de partis fit naître des disputes, qui dégénérèrent bientôt en invectives et en injures. Pour lors les alliés, tirant leurs épée^ qu ils portoient sous leurs robes, chargèrent les anciens citoyens, et les obligèrent de quitter la place et de s'enfuir : la plu-part coururent en porter leurs plaintes au sénats et ils s adressèrent à Octavius, collègue de Ginna au consulat , ami et partisan déclaré de àSylla. Ce consul ^ qui avoit prévu les desseins de son CoU^lgue , sous prétexte de maintenir la paix dans la ville, tenoit, auprès de lui, un nombre considérable de ses partisans, tous bien armés. U n'eut p^s plutôt appris ce qui se passoit dans la place, qu il y courut , à la tête des créatures de Sylla; il écarte le peuple, qui lui fait place , tant par respect pour sa dignité, que par la crainte de ce grand nom))re de gens armés dont
An
il étoit accompagné. Octavîus, sans égard pour ' personne, charge lesLatias, les pousse, écarte deHbme« la multitude , et la met eu fuite. Les hâbitans de Rome prennent les armes, attaquent les alliés dispersés dans les rues , les poursuivent Tépée dans- les reins , et les forcent enfin de sortir de Rome.
Cinna, sen voyant abandonné, court toute la ville pour râillier ses partisans , et il invite même jusqu'aux esclaves de se joindre à lui ^ par lespérance de la liberté j qu'il promet à ceux qui prendront les armes en sa faveur. Le premier magistrat de la république, et celui qni étgit préposé pour y maintenir la paix ^ noubUe rien pour exciter une sédition : mais per-« sonne ne branla ; et , après des efforts impuissans , il fut obligé de céder au parti contraire. Il sortit de Rome, et fut rejoindre cette foulé dltaliens qu'il y avoit fait venir : il parcourut, successivement , la plupart de leurs villes \ il fut à Tibur ^ à Preneste ,. à Noie ; et^ dans tous les lieux où il passa ^ il exbortoit le peuple à prendre les armes , pour se venger des Romains. Il étqit secondé par .C. Milonius , par C. Marins Gratidianus » et sur-tout par Quintus Sértorius, excellent capitaine , qui s'étoit joint à ce parti, pour se venger de celui de Sylla, qui lui avoit donné lexclusion dans une élection pour le tri*
— bùnat. Ces. sénateurs, par leurs intrigues, excî* de Rome, tètent le ressentiment des alliés : la guerre fîit résolue dans la plupart de ces villes; ^embrasement devint bientôt général; et Cinna, à la tête de ce nouveau parti , commença à faire des levées de troupes et d'argent. Le sénat, instruit de ses mauvais desseins , lui fit son procès^ Il lut déclaré déchu du titre de citoyen|, et de la dignité de consul ; et on substitua , en sa place , iiUcius Merula, prêtre de Jupiter, et un des plus hommes de bien de la république.
Ginna n'apprit sa condamnation qu'avec une Tiouvelle fureur. Son esprit, naturellement fier, et emporté , ne formoit que des projets funestes x^ontre ses ennemis; mais, comme il à voit besoin de forces pour se soutenir, il résolut de faire entrer, dans son parti , un corps de troupes Romaines , quicampoit alors proche de Capoue. Il se rendit en diligence au camp; et, avant qu'ony eût appris les nouvelles de sa déposition, il s'adressa d'abord à quelques tribuns militaires, qu il eut l'adresse de gagner et de mettre danS' ses intérêts. Ces officiers , de concert avec lui , convoquent l'assemblée : les soldats furent d'abord surpris d'y voir paroître le consul, sans licteurs , sans faisceaux , et sans aucune marque de sa dignité. Cinna prenant alors la parole : * Vous voyez , en ma personne , leur «dit-il , un
. HÛMAIKES. 53
« exemple bien extraordinaire de la tyrannie ^^
«]du sénat. Voua m aviez fait.consul; le peuple <î« Rome.
« Romain m'avoit conféré cette dignité par ses
« suffrçLgés; et le sénat vient de m en priver sans
« m'entendre, et sans même avoir consulté le
« peuple. Après un pareil attentat y que pouvezr
« vous espérer de votre liberté , de vos droit3 ^
« et de vos suffrages? Ge sont cependant ces mé-
« mes suffrages y dont javois voulu augmenter
« le nombre , pour soutenir votre autorité , qui
4i,m'ont attiré une si cruelle injure. Si j avois été
« moins attaché aux intérêts du peuple , jç serais
« encore àJa tête du. sénat, et vous me verriez «^
«dans votre tribunal, avec toutes les marques
« de ma dignité; au lieu que je né m y présente
<( qu en suppliant , et comme un malheureux
« proscpit , sans patrie , sans maison , sans dieux
« pénates,, forcé d'errer à l'aventure, ou de me
« cacher dans un pays où j'ai droit de com-
« mander. »
En même temps il déchire sa robe , comme un homme pénétré de la plus vive douleur ; il atteste les dieux vengeurs de l'injustice, et se jette à terre, prêt à se percer de son épée, et comme s'il n'eût pas voulu survivre à sa disgrâce (i). Les soldats, émus d'un spectacle si
CO App. Alext de bello civiii, lib. I, cap. G6.
*""^~~ touchant 5 le relèvent, et le rapportent sur de Rome, son tribunal. Chacun l'exhorte à prendre Courage ; on lui rend les faisceaux ; on lui donné des licteurs; et Tarmée, gagnée par ses principaux officiers, le reconnoît pour cotisul el pour son général , et lui prête serment de fidélité.
Ginna, qu'on avoît jusqu'alors méprisé â Ôo' me , devint redoutable ; et on regarda cette désertion de toute l'arniée , comme le Commencement d'une guerre civile. Les deux consuls , OctaviuS et Merula , firent aussitôt de nouvelles levées par ordre du sénat : on tira des troupes des alliés qui n'étoient point entrés dans le parti de Cinna ; et on rappella, en même temps^ Cn. Pompeïus , père du grand Pompée. îl commandoit alors un corps de troupes sur les côtes de la mer Ionienne l et il vint camper , devant la porte CoUatine, pour couvrir Rome.* Mais la république tira peu de secours de ce général , qui se ménagea toujours, avec tant d'adresse , entre les deux partis , depuis l'éloignement de Sylla , qu'on ne sçut jamais lequel il favorisoit. Peut-être même qu'il cherchoit à s'élever sur les ruines de l'un et de l'autre : ce qui, par là suite, le rendit également odieux aux deux factions.
Cependant le parti de Cinna se fortifioit tous
BOMAINES. 55
lesjours; plusieurs sénateurs accoururent dans ^^ son camp; et on apprit, en même temps, que ^*^'*** Gaïus Marins , avec son fils , étoit en chemin pour s y rendre. Ce fameux chef de parti étoit «lors^ comme relégué dans Tisle de Gercinne, sur les côtes d'Afrique , où il s étoit réfugié avec son fils et quelques sénateurs Romains, qui s'étoient attachés à sa fortune.
Nous avons vu que Sylla Favoit poussé hors de Rome , et , qu après «a fuite , il avoit été proscrit , et sa tête mise à prix. Ga'ïus Marius , âgé de plus de soixante-dix ans , après six consulats, qu'il avoit^ exercés avec autant d autorité que de gloire , se vit réduit à se sauver de Rome à pied , et sans avoir ni ami , ni domestique qui l'accompagnât dans sa fuite. Après avoir iPait quelque chemin dans un état si déplorable , il fut obligé , pour éviter les gens de Sylla qui le poursuivoient , de se jetter dans un marais , où il passa toute la nuit enseveli et enfoncé , dans la bourbe , jusqu'au col ^ il en sortit , au point du jour, pour tâcher de gagner les bords de la mer , dans l'espérance de trouver quelque vaisseau qui lui faciliteroit sa sortie de l'Italie. Mais ayant été reconnu par des gens de Minturne , on l'arrêta ; il fut conduit , dans cette ville , la corde au col, tout nud, et couvert de boue.
Le magistrat , pour obéir aux ordres du sénat ,
A^ lui- envoya aussitôt un esclave public, Cimbre ' ^eae!"* ^ nation , pour le faire mourir.
Marins, voyant entrer cet esclave dans ^a prison, et jugeant de son dessein par une épée nue quil a voit à la main^ lui cria d'une voix Ibrte : « Barbare , as-tu bien la hardiesse d astt sasssiner Caïus Marins? » (i) L!esclave, épouvanté du nom seul d un homme si redoutable aux Gimbres, jette son épée» et sort de la prison, tout ému, et en: criant :. u II m'est imposée sible de tuer Marius^ » Les magistrats de Minturne regardèrent la peur et le. trouble de cet esclave comme un mouvement du ciel, qui veilloit à la conservation de ce* grand homme ; et , touchés d un sentiment de religion , ils lui pendirent la liberté. « Qu il aille , dirent - ils , ^ errant où ses destinées le conduisent , et que, M par-tout ailleurs , ilsubisse le décret du sénat. M Nous supplions seulement les dieux qu'ils nous u pardonnent , si une autorité supérieure nous « contraint de chasser, de notre ville , celui .qui « a sauvé, autrefois , toute Fltalie de Tincursion « des barbares. » Ceux de Minturne lui fourni^ rent même un vaisseau , qui le porta d abord dans Fisle d' JBnaria , où il trouva ua sénateur
(i) Plut, in Mario. - App. Alex, de bello civili , lib. I,. cap. 6i. * Vell. Pateirc lib. II, cap. ig.
ItOMAINES. 57
de ses partisans , appelle Greuius , et quelques ^^ autres proscrits de ses amis , qui lui apprirent <^« Ro«^que son fils s'étoit réfugié à la Cour de Mandrestal (i), roi de Numidie: ce qui détermina Marius à passer en Afrique. Il fut obligée , par la tempête , dautres disent pour faire de 1 eau , de relâcher sur les côtes de Sicile, et il y trouva de nouveaux périls. A peine étoitjril débarqué, qu un questeur Romain , qui commandoit dans le pays , et qui , par hazard , se trouva au même endroit, voulut larrèter. On en vint aux mains ; et Marius n échappa de ce péril, qu après avoir perdu seize hommes de ceux qui laccompar gnoient , et qui tirent ferme , sur le bord de la mer, pendant quil se rembarquoit. Il arriva ensuite en Afrique, après quelques jours de navigation^ et mit pied à terre, proche de Carthage. Sextilius commandoit , dans cette province , en qualité de préteur ; et , comme Marius ne-lavoit jamais désobligé, il se flatta quil voudroit bien ignorer Tendroit de sa retraite , et qu'il trouveroit enfin unasyle, où il pourroit .se rétablir tranquillement des. fatiguea de la iBcr.
Mais à peine, ay oit-il passé quelques jours sur ce rivage, qu'il .vit. arriver un licteur^ qui Jui
(i) Plutarque le nomme Hyempsul. *
58 BÉVOLUtlONS
.^ signifia un ordre du préteur de sortir de sor d« RoiM. gouvernement , avec menace de le poursuivre comme un ennemi du peuple Romain , s'il y restoit plus long -temps. Marins, pénétré de douleur et de colère de ne pouvoir pas trouver un coin de terre, où il pût être en sûreté, après s'être vu, pour ainsi dire, maître du monde entier, gardoit uti morne silence, en regardant fièrement ce licteur ; mais , en étant pressé de lui donner réponse : « Rapporte à ton maître , « lui dit-il 5 que tu as vu G. Marins banni de son tt pays , assis sur les ruines de Carthage ; » comme si, parla comparaison de ses disgrâces avec la chute du puissant empire des Carthaginois, il eût voulu instruire le préteur de 1 'instabilité des plus grandes fortunes.
Il se rembarqua ensuite , malgré la rigueur de la saison ; et il passa une partie de Fhyver, dans son vaisseau , à errer dans ces mers , en attendant le retour d un de ses gens , qu'il aVoit envoyé , en Numidie , au jeune Marins son fils , afin qu'il lui procurât une retraite dans le pays de Mandrestal. Mais il (ut bien surpris , lorsqu'il le vit arriver lui-même, et qu'il apprit qu'il s^étoit heureusement échappé d un asyle qui étoit devenu ta prison. Ce prince barbare l'avoit reçu d'abord avec les égards , que tous les rdis avoient pour les Romains, et qui étoient
R0MAIÎ9CS. 59
dûs sur-tout tiù grand nom de Maritii , si fa- ^^ tnevLx dans ïa Numidie ; lïiais , ayant dpprâi ^ de Rome. disgrâce , il résolut de retenir son fils , comfâ« un otage que là fortune lui atôit ènVôyë, et de s en faire un mérite , eh filteuf du parti qui prévaudroit. Et, quoiqu'il gfcrdât toujours, éû apparence , !e^ mêmes égards et lês mèihès me* sures d'honnêteté , le jeune Marins n*avôtt pas été long-temps sànS s apperôevoir qu'il ti'étoit plus libre , et que c étôit moins pour lui foire honneur, que pour lobserver, que Mandrestal le faisoit aci:^ompagner, pàr^tout où il pot* toit ses pas , d un grand nombre de seigneurs Numides 9 qui ne le perdoient jamais de vue.
Heureusement le jeune Romain àvoit sçu plaire k une des femmes du roi (t). L*amour, déguisé en pitié , rendit cette princesse sensible à ses malheurs; et, malgré son inclination secrette , elle fut assez généreuse , pour lui faciliter les moyens de s'échapper. U vint joindre son père , comme nous lavons dit ; et Marins , ayant appris les mouvemens de Rome par un envoyé de Cinna , résolut de se rendre , dans son armée , pour tâcher de relever son parti. n s'embarqua de nouveau; et, après quelques jours de navigation, il aborda sur les c6te8
(i)Plm. în Mario.
65 BÉVOLUTIGNS
^ d'Étrurk, d*ou il envoya offrir ses, services à de Borne* C^xia^ cofome. utx. simple citoyen àsoa con-