Oeuvres choisies de Lebrun
Ah ! fuyons des cités le profane séjour. Viens trouver au hameau la nature et l'amour, Fanni! viens m'embellir les champêtres asiles. Que les amans de l'art se plaisent dans les villes! De leurs riches palais nocturnes habitans,] Ils ne connaissent plus l'aurore et le printemps; Ils ont dans le cristal des fleurs décolorées. Tristes et sans parfums, de Zéphire ignorées: Leurs fruits impatiens devancent les saisons; De Pomone trop lente ils méprisent les dons. Leurs goûts sont insensés; leurs âmes sont arides; Morphée est le seul dieu de leurs jours insipides; En des jeux fatigans ils consument leurs nuits, Et leur triste bonheur est de changer d'ennuis.
Heureux qui de Paies respirant tous les charmes. Va surprendre l'aurore à ses premières larmes.
Et d'un pied matineux effleurant le gazon. De l'oiseau qui s'éveille entend le premier sou! H«ureux.' si le premier cueillant la fleur naissante. J'en pare ton beau sein, ô ma fidèle amante! Ou d'un nid que la feuille à peine couvre encor, Je mets sur tes genoux le frêle et doux trésor; Et la timide mère, inquiète, éperdue, Qui le protège encor de son aile étendue! Mais, j'entends les regrets du père et de l'époux î O ma Fanni! cédons à des regrets si doux. Ah! remettons ce nid dans son palais mobile; Croissez, petits oiseaux! goûtez un sort tranquille; Que jamais l'épervier, ni Tautour ravisseur. Ni le plomb criminel lancé par le chasseur. N'abrègent de vos jours l'innocente durée. Et ne fassent gémir une veuve éplorée.
Quelle âme est insensible aux attraits ingénus De ces plaisirs si purs à la ville inconnus? Au seul nom des hameaux l'âme s'échappe entière; Des pleurs délicieux humectent la paupière. Là, Cérès a pour nous déployé ses tapis; E'émeraude y promet l'or fécond des épis. Là, d'une source vive entre les fleurs errante. Bondit à pas légers la Nymphe transparente. Là, Philémon, Baucis, époux jadis heureux, Se plaisent d'enlacer leur feuillage amoureux. Syrinx est ce roseau qu'un doux zéphyr caresse. Là, tout parle d'amour, tout plaît, tout intéresse. Tout porte an cœur ému de saints ravissemens; La nature y sourit au bonheur des amans.