LIVRE PREMIER. i
Le tendre amour dut naître au sein d'une prairie: Là, du nectar des fleurs son enfance nourrie. Goûta les jeux naïfs des rustiques hameaux; Et sa bouche divine enfla les chalumeaux. Souvent il se mêlait aux danses des bergères, Ou tressait en osier des corbeilles légères. Quelquefois de ses mains un guéret sillonné. Sourit de voir un soc de myrte couronné. Avec son Adonis Vénus même sans honte A porté la houlette aux rives d'Amathonte. Amante d'un lait pur, souvent sa belle main D'une mère bêlante a su presser le sein.
Que Vénus, que l'amour soient encore nos maîtres I Ah! ne dédaignons point ces délices champêtres. Avec l'aube éveillé, quel charme de le voir En longs cheveux épars soulevant l'arrosoir. Prodiguer une eau pure aux tiges parfumées Des fleurs que ton amant lui-même aura semées. Ou conduire avec art aux voûtes des berceaux Du jasmin odorant les flexibles rameaux. Ou tondre d'un gazon la pointe jaunissante. Ou relever d'un cep l'espérance penchante; Ou quelquefois au bois, d'un caprice enfantin. Secouer sur mon front les perles du matin; Et cueillir avant moi, sur la branche agitée, La noisette trompeuse et souvent rejetée ! Loin des palais dorés, séjour des noirs soucis^ Quel charme, dans la grotte où nous serons assis. De voir ces longs troupeaux qui blanchissent la plaine, Et la chèvre qui pend à la roche lointaine;