LIVRE SECOND
ELEGIE ni.
Quis fuit , horrendos frîmus qui froiuiit enses.
TiEULL.
Périsse rinventeur du glaive meurtrier ! Ce barbare sans doute avait un cœur d'acier : Il forgea l'instrument des combats homicides;
Il ouvrit à la mort des routes plus rapides
Que dis-je? il nous armait d'un glaive protecteur, Des tigres, des lions irmocent destructeur. L'or seul fut criminel! l'or enfante la guerre. Quand l'homme eut un mets simple en un vase de terre , L^homme connut la paix ! le guide du troupeau Dormait paisiblement près du paisible agneau. Que ne vivais-jc alors! les cris de la trompette Ne m'eussent point troublé dans ma douce retraite*; Mais Bellone m'entraîne. Un guerrier assassin Peut-être aiguise un trait qui m'ouvrira le sein?
Dieux Lares ! dieux témoins des jeux de mon enfance. Vous qui m'avez nourri, veillez à ma défense I Simples divinités de mes simples aïeux.
Un tronc, un art grossier vous figure à nos yeux.
Ah! n'en rougissez point-' vos rustiques images D'une foi plus sincère ont reçu les hommages. Des pampres , des épis suspendus en festous. Sûrs de les obtenir, sollicitaient vos dons. Le père oflFrait le jus de la grappe vermeille; La fille présentait le nectar de l'abeille.
Moi je vous offrirai, loin des combats sauglaus. Cet animal qui gronde et s'engraisse de glaads! Habillé d'un lin pur, le myrte sur la tête. Je suivrai la victime à cetle heureuse fête: Puissé-je ainsi vous plaire' et qu'aux sanglans hasards Un autre aille briguer les faveurs du dieu Mars, Afin que le soldat, oisif dans nos murailles, D'nn doigt ivre, en buvant, trace un jour ses batailles.
Quelle aveugle fureur nous entraîne aux combats Insensés ! nous cdurons au-devant du trépas. Quel charme a le Cocyte et ses brûlantes rives? Les Ris ne volent plus sur ses ondes plaintives. Ce n'est plus l'Hippocrène et ses flots argentés; Ce n'est plus Amathonte et ses bois enchantés. Il n'est plus de Zélis sur les rivages sombres : Un terrible cerbère y fait trembler les ombres. La mort n'y voit errer, autour de ses flambeaux. Que des mânes sanglans , voilés d'affreux lambeaux.
Que sert à ton amant, belle Dèidamie, Qu'Ilion expirât sons sa lance ennemie ?