LIVRE SECOND
Que de fois chez les morts ton illustre héros A regretté la paix des rives de Scyros! Et ce jour où sa main^ aux fuseaux échappée, Saisit avidement et la lance et l'épéel
La gloire trop souvent fut le prix des forfaits; Mais toutes les vertus sont filles de la paix. O paix! que nos hameaux, ombragés de tes ailes. Soient de mes derniers ans les asiles fidèles! Là , puisse un jour ma race aider mes pas tremblans. Et nie voir à ses jeux sourire en cheveux blancs! Couronné de mes fils, dans ces retraites pures, Puissé-je leur conter mes jeunes aventures! Que ces bords, où le ciel éclaira mou berceau. Daignent avec amour accueillir mon tombeau!
Mais tandis que Vénus brûle encor dans mes veines. Que je puis savourer ses plaisirs et ses peines. Et qu'aux champs de Paphos ardent à moissonner. D'un triple myrte encor je puis me couronner, O paix! divine paix! que tes mains fortunées Pour la gloire et l'amour filent mes destinées I
Vierge aimable ! quels biens sont dus à tes faveurs ! Tu couronnes Cybèle et de fruits et de fleurs; Tu parfumes la grappe au penchant des collines; Tu dores nos moissons dans les plaines voisines; Aux loups, aux noirs brigands tu dérobes i'agneau; Tu permets au pasteur d'enfler son chalumeau;
Tu diriges la danse au pied de l'ornie aDti'jue Où bondit à pas lourds Tallégresse rustique: Toi seule oses de Mars briser les étendards. Et tu forges le soc du débris de ses dards.
Quand Bellone, en grondant, te voit calmer la terre, Un souris de Vénus 3- rallume la guerre. Amour! je vois briller ton carquois et tes feux! J'entends déjà le choc des combats amoureux. Frappez, jeunes amans! tombez, portes rebelles; Faisons sur leurs débris capituler nos belles. Mais le bronze est moins dur que l'amant irrité, \ Qui blesse les dieux même, en frappant la beauté. La beauté vous trahit: insultez sa parure; Brisez les nœuds flottans d'une tresse parjure; Arrachez dun rival les préseas odieux, La fleur qu'il a placée, et qui choque vos yeux : Rompez le voile épars sur un sein infidèle. Si d'un baiser furtif Tempreinte s'y décèle; Mais arrêtez vos coups à ces vains ornemens. Elle gémit; des pleurs mouillent ses yeux charmans ; Ah ! la beauté qui pleure est toujours innocente! Quel amant, sans gémir, voit pleurer une amante! En essuyant ses pleurs, pleurez à ses genoux: Les orages d'amour rendent ses feux plus doux.
Toi, que n'amollit point l'aspect de tant de charmes. Mortel au cœur d'airain, prends le casque et les armes : D'un tube foudroyant charge ton bras guerrier. Ceins tes flancs endurcis d'un large baudrier,