‹ Œuvres choisies de LebrunChapitre 29 sur 74 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

ELEGIE YIII.

Le cœur plein de soupirs, les yetix noyés tle pleurs, D'un amour sans espoir exhalant les douleurs , J'errais aux bords d'une île inculte et solitaire. De quelques vieux cyprès l'ombrage funéraire , Épaississant sur moi le silence et le deuil. Semblait m'envelopper des ombres du cercueil.

Là , d'un ruisseau plaintif se traînait l'onde obscure ; Mes sanglots se mêlaient à son triste murmure; Mes pas, du noir Méandre, imitaient les détours. Et mes larmes troublaient son lamentable cours. Une sauvage Écho, du fond de ces bois sombres. Prolongeait mes accens, égarés sous leurs ombres. Les antres, les forêts, les rochers attendris. Plus sensibles qu'Églé, répondaient à mes cris.

O de mes longs ennuis source cruelle et chère .' O du perfide amour impitoyable mère!

O Vénus! m'écriais-je, ai-je dû t'obéir ? Tu m'inspiras tes feux, et c'est pour les trahir 1 Tu veux que j'aime Églé, que j'aime une inhumaine, De mes tristes soupirs insatiable et vaine; Eglé que tu formas de charmes, de rigueurs. Pour le plaisir des yeux et le tourment des cœurs i IT. 5.

Ta semblés attendrir ses regards infidèles.

Et tu mets le refus sur ses lèvres cruelles !

De la crainte à l'espoir sans cesse ramené.

De ses caprices rains jouet infortuné.

Cent fois près d espirer aux geuoux de l'ingrate,

Son orgueil en jouit : mon désespoir la flatte.

Eh quoi! tant de rigueurs arec des yeux si doux!

Hélas! mon cœur rolait au-devant de leurs coups;

Et la mort est le prix que j'en devais attendre!

Et c'est là cet amour que tu peignais si tendre !

L'aheille est moins avide à savourer les fleurs,

Que l'amour n'est ardent à s'abreuv^er de pleurs ;

Dans les pleurs, dans le sang l'amour trempe ses armes.

Et toi , déesse, et toi qui te ris de mes larmes ,

Barbare ! tu sortis de l'écume des mers

Pour agiter les cœurs, pour troubler l'univers.

Pour verser dans mon âme un éternel orage :

Dans tes flots insensés , hélas ! j'ai fait naufrage.

Ah. '■ toi-même dois-tu ravager tes moissons !

Je te vouais ma lyre et ses plus tendres sons.

Quel autre, si je meurs , soupirant l'élégie.

Saura peindre ta gloire aux champs de la Phrygic ,

Mettre à tes pieds l'orgueil de Junon , de Pallas,

Et de la pomme encore honorer tes appas ?

Hélène, de Paris fat le prix légitime.

Moi ! je perds une amante, et je meurs ta victime!

Ah! cruelle!.... A ces mots de ma bouche élancés ,

Faible, pâle, je tombe, et mes sens sont glacés.

J'expirais!.... quand soudain , descendant delà nue,

La reine d'Amathonte apparnit à ma vue ;

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