‹ Œuvres choisies de LebrunChapitre 4 sur 74 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Qu'il fut barbare ! il eut un cœur de diamant, Le premier qui ravit l'amante à son amant ! Et l'amant qui survit au jour qui les sépare. Lui-même porte un cœur insensible et barbare,

Je n'ai point, ô Fanni! cet insensible cœur; De ton absence, hélas ! je sens trop la rigueur. Entraîne loin de toi par l'aveugle fortune. Combien j'ai combattu sa faveur importune! Combien je regrettais ce rivage enchanté. Où Vénus me fit voir ta naissante beauté ; Et ta douce retraite aux argus inconnue, Où j'appris le secret de ta flamme ingénue; Et ces jardins rians où mon timide espoir Attendait mon amante avec l'astre du soir! Eùfin de ces regrets la Parque me délivre; En cessant de te voir, j'ai dû cesser de vivre. Je t'aimais trop; je meurs victime de mes feux.

O toi pour qui j'expire, entends mes derniers vœnxi Quand de tes doux attraits l'amant et le poète Ne seront plus qu'une ombre, une cendre muette; Quand ma froide dépouille, étendue an cercueil. Sera couverte, hélas! du funèbre linceuil.

s ELEGIES.

L'amour le poitera cette triste nouvelle j Il pruidera vers moi ta démarclie fidèle. Ta douleur va tromper les yeux de tes argus ; Elle fuira ces bords que je ne verrai plus. L'amour, t'enveloppant de l'azur d'un nuage, Aux regards indiscrets voilera ton passage. Pour la dernière fois tu suivras son flambeau \ ers l'asile où la mort a creusé mon tombeau.

Descends, ô ma Fanni ! sous la voûte sacrée Où de mon ombre encor tu seras adorée. Viens orner mon cercueil de cyprès et de fleurs ; Viens, les cheveux épars, l'arroser de tes pleurs. Prends des mains de l'Amour le trait qui t'a blessée. Et de ce trait de feu, sur ma tombe glacée, D^une fidèle main viens écrire, en pleurant. Ces vers qu'amour, hélas I te dicte en soupirant: «Sous ce marbre repose une ombre qui m'adore; :> S'il n'eût aimé Fanni, Mysis vivrait encore, ?>

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