II
i86 LA NATURE.
Déjà, du triste hirer réparant les oatrages. Nos bois aux doux larcins vont prêter leurs ombrages ; Venez, tendres amans; les grottes, les forêts. Du dieu que vous servez sont les temples secrets. Il aime à s'égarer sur l'émail des prairies. Et leur calme entretient ses douces rêveries. Là ce dieu des baisers, sans erreur, sans bandeau, A le myrte pour dais , et l'ombre pour rideau. Dés qu'amour y répand sa flamme enchanteresse, Une source, un zéphyr, une rose intéresse. Il vole autour de nous sur l'aile des oiseaux, Il germe avec ces fleurs, il coule avec ces eaux. Dans ces prés amoureux, nos Tircis, nos Philènes, Ne ravirent jamais d'infidèles Hélénes; Et Danaé jamais, ivre d'un vain trésor. N'a vendu ses faveurs aux caresses de l'or.
Les ailes du plaisir agitent nos fougères, La foi repose encore au sein de nos bergères; Sans avoir de Boucher fait mentir le pinceau. Leurs peintres sont nos cœurs , et leur glace un ruisseau. Riches de leurs attraits, belles sans imposture, Pékin n a point tissu l'éclat de leur parure. Dulac ne leur rend pas, comme aux teints empruntés. Des roses sans pudeur et des lis effrontés. Aiment-elles? jamais ces commerces de flammes, A de perfides mains ne livrèrent leurs âmes ; Et jamais d'un jaloux le regard ombrageux N'interroge un gazon complice de leurs jeux. Richelieu n'y vint pas semer des feux volages; Villars n'a point souillé l'abri de ces feuillages;
D'un luxe efféminé ces gazons inconnns N'ofirent des lits de fleurs qu'aux amours ingénus. Lits de pourpre et de soie, alcov^es fastueuses. C'est à vous d'inspirer ces ardeurs monstrueuses. Hélas! baignés de pleurs, ou fatigués d'ennuis. Vous ignorez l'amour, ce doux charme des nuits. A peine quelquefois la vaine erreur d'un songe Vous laisse du bonheur entrevoir le mensonge.
Les heures, les saisons, entrelaçant leurs mains. Ne parlent que d'amour aux champêtres humains. Zéphyr nous rend Vénus sur des ailes de rose. Et du nectar des fleurs le doux printemps l'arrose; Quand l'été rend !a faux à l'amant des guérets, Il chante encor Vénus en dépouillant Cérès. II chante, et du berger 1 harmonieuse adresse Sur un frêle roseau fait parler sa tendiesse; Mais l'automne, riant sur les coteaux voisins, Mêle aux flammes d'amour l'ivresse des raisins. L'hiver a ses plaisirs. Quand la triste froidure Détruira ces bosquets, ces lambris de verdure, La voûte des rochers pendans sur les vallons. Offre aux hameaux voisins de rustiques salons. Où les débris du chanvre et des vertes feuillées Eclairent d'un feu lent les champêtres veillées. Quand , au bruit des faseaux, leurs contes fabuleux Trompent les longues nuils des hivers nébuleux.
Douxloisirs, champs heureux, dont les fleurs, les ombrages. Ne connurent jamais la cour et les orages ! Asile de l'amour par IViinerve habité.
i88 LA NATURE.
Retraite du génie et de la voluprté ,
Bois, fontaines, vallons, invitez mon amante!
Gazons mjstérieux, et toi, grotte charmante.
Où mes chants défiaient l'amant de Coronis,
Grotte où Vénus sans doute a conduit Adonis,
Quand pourrai-je en ton sein, caressé du mystère.
Avec ma seule amante amener tout Cjthère;
Et mêlant nos soupirs, nos baisers, nos sermens.
Entrelacer Tamour dans nos embrassemens?
Ah! qu'alors tu verrais sur nos lèvres brûlantes
Errer avec nos cœurs ces plaintes caressantes.
Ces accens du plaisir, ce murmure enflammé.
Et cette mort qu'exprime un silence pâmé I
Non, la colombe instruite aux plus douces caresses.
Jamais ne sentit mieux leurs brûlantes ivresses.
Grotte aimable, où deux cœurs, plus tendres, plus heureux.
Dans tes ombres jamais n'ont épanché leurs feux,
Que de tant de baisers ta mousse confidente
N'en révèle jamais une trace imprudente ;
Mais que ce doux instant, source de mes beaux jours.
Aux destins de Fauni m'enchaîne pour toujours !
Pourtoujours!..Ah! Vénus I quel serment! quel langage! Le croirai-je? est-ce moi qu'un nœud paisible engage? Pdoi qui, plus agité que l'onde et les roseaux. Ai tant de fois d'amour rompu tous les réseaux. Et qui , pour mieux fixer le caprice des belles , Empruntais du zéphyr l'inconstance et les ailes ? J'aime , et d'un feu si pur, que TibuUe et Gallus, Et La Fare inspiré des regards de Caylus, Ne sentirent jamais ces brûlantes ivresses!
Oui, mes vœux onl G.\é leurs volages tendresses; SI je porte des fers, mon cœur les a choisis; Eh ! qui n'eût point aimé l'amante de Mjsis ! Mysis ! ô nom charmant que sa bouche adorée Soupire quelquefois sur ma bouche enivrée! O Mysis! ô Fanni ! noms chers! que désormais Des liens de baisers uniront pour jamais. Aux fureurs du tombeau si la parque vous livre, Dans mes tendres écrits Vénus vous fait revivre.
Mais quel bruit vient troubler ma lyre et mes accens ? L'enthousiasme a fui, comme un léger encens. J'entends de douces voix par Técho répétées. Et je vois à trairers ces feuilles agitées Les nymphes de Paies elles amours badins, En groupes voltigeans errer dans ces jardins; Lise animant leurs jeux, plus vive qu'une abeille. De Flore à ses amans dispute la corbeille. Liàe a d'un jeune api la vermeille fraîcheur. L'éclat même du lis envierait sa blancheur; Mais Lise aurait en vain les charmes de Paudore, Lise n'est point Fanni, c'est Fanni que j'adore. Chère amante ! reçois mes baisers et mes cbants; Qu'ils soient comme nos feux, sublimes et touchans 1