‹ Œuvres choisies de LebrunChapitre 51 sur 74 · L'AMOUR · texte numérisé non relu

L'AMOUR

Tout s'anime au printemps; ses douces influences Font du sein de la tene éclore les semences; Mais aux champs émaillés il prête moins de fleurs. Qu'il ne sème d'amours et de feux dans les cœurs. Les n3 mpbes, les gazons, les amours reparaissent. Complices de leurs jeux, les ombrages renaissent. - Les baisers earessans voltigent dans les bois; Tout s'enflamme, tout cède aux amoureuses lois. L'air, principe éternel, Vénus, âme du monde. Versent dans chaque germe une chaleur féconde. L'hiverné retient plus le pampre impatient; Bacchus est sous l'écorce et Fentr'ouvre en riant; La volupté lascive et ses flammes brûlantes Circulent dans les fleurs, dans les bois, dans les plantes; Les troupeaux ont leurs jours destines à Vénus, Et les feux de l'bjmen leur sont même connus. L'air humecte de pleurs le sein des prés arides. Flore laisse échapper ses roses moins timides. Tels furent les beaux jours du naissant univers. Jours long-temps respectés des farouches hivers. Tel brilla ce printemps dont le premier sourire

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Fit du sombre chaos disparaître l'empire, Quand l'homme déployant un front impérieux. Vit l'aurore éclater aux barrières des cieux.

Age d'or, siècle heureux, ô jours de l'innocence! Jours qu'altéra bientôt la profane licence. Age d'or, par nos vœux tant de fois rappelé , Serais-tu pour jamais dans les cieux envolé ? Pour les tristes humains n'est-il plus d'espérance? N'auront-ils du bonheur qu'une frêle apparence?

Je ne regrette point ces zéphyrs enchanteurs. Cet hymen éternel et des fruits et des fleurs , Ces plaines que le soc n'eut jamais fatiguées. Ces moissons sans culture aux seuls vœux prodiguées. Ni des cieux toujours purs, ni des champs toujours verts. Ni des jours ni des biens sans terme et sans revers; Je regrette à jamais cette pure sagesse, Aimable sans licence, austère sans rudesse ; Parlant avec les dieux, instruisant les humains , Dans un feitile champ cultivé de ses mains. Je te regrette encore, égalité première. Que mon cœur respirait même avant la lumière; Je regrette ces feux, ce génie épuré.

Que les flambeaux de l'art n'ont que trop égaré. Je te regi ette, amour, alors sans impostnre; Amour, toi le premier des cris de la nature , Toi qui te vis changer par l'hymen rigoureux , En devoir, en serment, en parjure amoureux.

La nature assembla de ses mains éternelles

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Les deux premiers amans, ces cœurs purs et fidèles ; Ils s'adoraient sans art, sans feinte, sans remords; Un ciel toujours riant éclaira leurs transports. Et les feux les plus purs de la voûte azurée L'étaient bien moins encor que leur flamme épurée. Les cœurs tendres s'ouvraient à de tendres aveux ; On ne rougissait pas d'aimer et d'être heureux. Mais dans les cœurs bientôt les soupçons s'éveillèrent; Les amours ingénus en pleurant s'envolèrent. Bientôt les préjugés amenant les égards. On mesura leurs pas, on compta les regards. Hélas ! rompant des cœurs la douce intelligence j, On surprit leurs soupirs et même leur silence j Tout devint criminel par le crime des lois. Coupables avec art, et malheureux par choix. Insensés, est-ce à nous d'altérer la nature. De changer en vertu la feinte et l'imposture? Quand les premiers humains respiraient la candeur. L'amour était sans voile et non pas sans pudeur. On ne vit point alors une amante ingénue Mentir à son cœur même et rougir d'être nue. Pourquoi se dérobe aux yeux de son amant? Le voile est un mensonge, et l'obstacle un tourment. Malheur à la beauté dont la trompeuse adresse Trafiqua le baiser et vendit la tendresse! L hymen suivit de près ce commerce imposteur j Du prix de ses trésors il crut payer un cœur: Entouré des sermens, des égards, des parjures. Éteignit de l'amour les flammes les plus pures, En des jours fastueux changea ses douces nuits, Recueillit les soupçons et sema les ennuis.

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De l'ombre des soupçons ma candeur s'effarouche. Même en les prononçant je crois flétrir ma bouche. Je m'échappe d'un cœur dont ma flamme a douté : C'est un fruit qui n'a plus sa naïve beauté. Tout voile me déplaît dans le cœur d'une amante; Que le jour soit moins pur, l'oude moins transparente! L'amour est un enfant; ses jeux sont indiscrets; Il laisse arec son âme échapper ses secrets. Sa naïve imprudence est cent fois préférable Aux replis tortueux d'un cœur impénétrable. Dût l'amour s'assoupir dans un calme trop doux. Craignons de l'éveiller par les dépits jaloux.

Amans , loin de vos feux écartez ces ombrage?. De légères vapeurs fomentent les orages. Dès qu'une âme est ouverte au souffle des soupçons, L'amoureuse ambroisie est changée en poisons ; Et Vénus chaque jour, par de leutes atteintes , Voit ses myrtes flétris et ses flammes éteintes.

C'est là que de Vénus l'amoureuse indolence Respire mollement l'air, l'ombre et le silence. Dès que Flore échappée aux fureurs du Verseau, Du printemps qui renaît parfume le berceau.

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