LIVRE XII. â
grand nombre d'hommes indifférents sur lé sort de l'État. Necker , dans l'îllusion qu'il avait le mialheur de se faire a lui-même sur l'attention qii'aùrait le peuple à bien choisir ses députés, et sur le caractère de sagesse et de probité qu'un sàiùt respect pour leurs fonctions imprimerait aux députés du peuple, crut devoir , comme les notables , gêner le moins possible la liberté des élections , et fixer au plus bas la quotité d'imposition qui donnerait droit d'être élu. Ge fut l'une de ses erreurs. En accordant au tiers-état l'égalité du nombre , il devait bien prévoir qu'une partie du clergé se rangerait du côté du peuple ; et à ce clergé populaire il donna cependant tous les moyens de se trouver en force dans les premières élections : tous les curés y étaient admis , tandis qu'il n'accordait'aux collégiales qu'un représentant par chapitre. Les curés devaient donc être élus en grand nombre , et aller grossir aux états le parti auquel ils tenaient et par les nœuds du sang et par leurs habitudes, et surtout par la vieille haine qu'ils couvaient pour le haut clergé.
Cependant comme cet avantage était trop évident , s'il était décidé que l'on opinerait par tête, le ministre accordait aux premiers ordres la liberté de n'opiner ainsi que dé leur plein consentement, source de dissensions où infailliblement les plus faibles succomberaient.
C'est ici le moment critique où la conduite de ce ministre cesse d'être irrépréhensible et a besoin d'apologie. Jamais homme ne fut plus éloigné que
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lui de l'infidébté perfide dont l'a &tt aocoser l'iniquilé des temps ; mais quant à la sécurité de sa confiance en un peuple que la ligue et la fronde lui avttent dû faire assez connakre , il est trop Trai que rien ne saurait Texcuser.
Sans doute , pour remplir et les devoirs d'homme public , et ceux de citoyen, et ceux deserviteur d'un roi jeune et vertueux , comme il le dit lui-même, il fallait éclairer sa justice , diriger ses incUnectkms , et le faire jouir de la première desfweurs du tréne^ de la félicité des peuples et de leurs touchantes bénédictions. Mais il fallait éclairer sa sagesse en même temps que sa justice ; l'avertir^ en le conduisant, des risques qu'il allait courir ; ne pas couvrir de fleurs le bord du précipice , prendre soia de l'en garantir, et voir si, au lieu de bénédictions, ce ne seraient pas des outrages et des amonts sanglants qu'il l'exposait à recevoir. Le roi s'abandonnait à la prudence de son ministre ; c'était jKHir. ctluici une obligation sacrée d'être précauticmné^ ti-^ mide et méfiant. Necker ne le fiit pas ^sez. Il y avait de grands maux à craindre ; il ne sut prévoir que le bien.
Cet esprit solitaire, abstrait, recueilli en luimême , naturellement exalté , se communiquait peu aux hommes, et v peu d'hommes étaient ten* tés de se communiquer à lui; il ne les connaissait que par des aperçus ou trop is(4és, ou trop vagues ; et de là ses illusions sur le caractère du peuple , à la merci duquelil mettait l'État et le roi.