‹ Œuvres choisies de MarmontelChapitre 123 sur 165 · LIVRE XV* 3at · texte numérisé non relu

LIVRE XV* 3at

Au chagrin du mal-aise dans un temps de disette;^ à la cherté du pain , à la peur d'en manquer, à cette inquiétude que motivait assez la difficulté des convois et qu'on exagérait encore, on ajoutait, pour irriter le peuple , les plus noires suppositions de complots tramés contre lui. On l'effrayait pour le rendre terrible, et, tous les jours il devenait plus ombrageux et plus farouche de défiance et de soupçon.

Les brigands connus sous le nom de Marseillais , appelés à Paris pour y être les suppôts de la faction républicaine, gens de rapine et de carnage , et aussi altérés de sang qu'affamés de butin , en se mêlant parmi le peuple, lui inspiraient leur férocité.

I^ présence des tribunaux le contenait encore et lui ôtait l'audace du crime; mais on croyait à tous moments le voir franchir cette faible barrière, et la foule des vagabonds mêlés parmi les factieux et prêts à les servir augmentait tous les jours : les ports , les quais en étaient couverts , l'Hôtel-de-Ville en était investi; ils semblaient , autour du palais , insulter à l'inaction de la justice désarmée ; on en tenait douze mille occupés inutilement à creuser la butte de Montmartre, et payés à vingt sous par jour. On les y avait postés comme une arrière-garde qu'on ferait niarcher au besoin. La nuit , une multitude égarée et menaçante se rassemblait au Palais-Royal. Ses portiques en étaient comblés, le jardin en était rempli, cent

Mémoires y II, ai

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groupes s'y formaient pour entendre ck& délations eatomnieuses et des motions incendiaires. Les plus fougueux déclainateurs y étaient les mieux écoutés. Mille noirceurs qu'imaginait et que répandait l'im* posture étaient dans cette enceinte i'aliaienl des esfMrits. C'était là qu'on dédamait avec fureur contre l'autorité royale, qu'on lui faisait un crime de la cherté du blé et de la misère du peuple. C'était là qu'aux séditieux y enivrés de folles espérances , ou troublés de noires terreurs , on marquait les victimes que l'on dévouait à la mort. Nuls hommes publics, non pa3 même les plus intègres et les plus respectables , n^étaient sûrs d'y être épargnés. C'é^ tait de là que partaient en foule ou des gens e^ frayés eux-mêmes, ou des gens soudoyés pour népandre l'alarme et la sédition dans Paris.

Mais , œ qui passe la vraisemblance , c'est qu'à Versailbs même , un peuple qui tenait toute son existence de la eour se montrât le plus entêté des maximes républicaines.

Oft l'a^vait vu ce peuple , tandis qu'uae partie du clergé délibérait eqcore sur la réunion de& ordres, insulter ceux des prêtres qu'il croyait opposants, et , sur de fausses délations , attaquer le bon art ehev^que de Paris, et le poursuivre à coups de pierre dans son carrosse; on avait observé que les gardesfran^ses, loin de contenir 1^ mutins , les enoot^ rageakat par des signes d'intelligence ; et l'on sa-* vait que dans Paris ces soldats, accueillis , caressés au Palais-Royal , et défrayés dans les ca£és , se (K-

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