LIVRE XV
vant l'avaient enoporté ses alarmes. Il le fait retentir du vœu le plus doux des Français; il demande à voir ce bon roi , à lui montrer comme il sait Tainier , à le rendre témoin des transports qu'il lui cause.
Le roi parait sur le balcon de son appartement, la reine est avec lui, et tous les deux entendent leurs noms retentir jusqu'au ciel. De douces larmes coulent dans leurs embrassements, et, par un mouvement dont tous les cœurs sont attendris, la reine serre dans ses bras l'objet de leur reconnaissance. Alors ce peuple qui depuis s'est montré si féroce, et qui était encore bon (j'aime à le répéter), saisit l'instant de payer à la reine ses sentinaents d'épouse par un bonheur de mère. Il lui demande à voir son fils, il demandera voir le dauphin. Ce précieux et faible enfant, porté dans les bras de la reine, est présenté par l'amour maternel à la tendresse nationale. Heureux de ne devoir pas vi* vre assez pour voir quels seraient les retours de cette trompeuse faveur.
Apres le bon roi ^ le bon ministre , s'écrie alors la multitude ; et d'une commune impulsion elle se préci pite vers l'hôtel des finances , qu'elle fait retentir encore de bénédictions et de vœux.
Durant la nuit de ce grand jour, Versailles illuminé ne présenta partout que le tableau de la félicité publique.
Rien de plus doux que le spectacle d'une nation exaltée par des sentiments généreux. Mais Tenthou-
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siasme dans le peuple est dangereux, lors même qu'il est le plus louable ; car le peuple ne connaît point d'intervalle entre les extrêmes ; et d'un excès à l'autre , il se laisse emporter par la passion du moment. Il sentait alors tout le prix de la liberté; mais cette liberté récente , dont il était comme enivré, allait bientôt le dépraver , en faisant fermenter en lui les éléments de tous les vices.
Déjà, sous le nom spécieux de bien public, était répandu dans la foule un esprit de licence, de faction et d'anarchie. L'indépendaincelet la perpétuité d'une assemblée nationale où domineraient les communes, et dans cette assemblée, la souveraineté du peuple transmise et concentrée dans la volonté de ses représentants , avec le caractère du plus effrayant despotisme; uiïe constitution qui ferait du royaume tine démocratie armée, sous une ombre de monarchie, gouvernée en réalité par un corps aristocratique, périodiquement électif, mais toujours élu au gré du parti dominant; tel était le projet formé par la faction républicaine. Or, on avait bien calculé qu'on y trouverait des obstacles ; et , dans les assauts qu'on avait à livrer, ou qu'on avait à soutenir, on prévoyait qu'on aurait besoin d'un peuple ivre de liberté , et forcené de rage.
Ce fut alors que je compris ce que m'avait prédît Chamfort du système des factieux, pour livrer le bas peuple aux furies de la discorde, et le tenir sans cesse dans des mouvements convulsifs de frayeur ou d'aveugle audace.