‹ Œuvres choisies de MarmontelChapitre 129 sur 165 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

bonté daignerait encore nous rassurer; et même, en nous blâmant d'avoir douté de vos intentions , vous accueilleriez nos inquiétudes , vous en dissiperiez la cause , vous ne laisseriez point d'incertitude sur la position de l'assemblée nationale.

«Mais, sire, nous n'implorons pas votre protection ; ce serait offenser votre justice. Nous avons coijçu des craintes, et, nous l'osons dire, elles tiennent au patriotisme le plus pur , à l'intérêt de nos commettants, à la tranquillité publique, au bonheur du monarque chéri qui , en nous aplanissant la l'oute de la félicité, mérite bien d'y marcher lui-même sans obstacle. (Détestable hypocrite!)

a Les mouvements de votre cœur , sire , voilà le vrai salut des Français. Lorsque des troupes s'avancent de toutes parts, que des camps se forment autour de nous, que la capitale est investie, nous nous demandons avec étonnement : Le roi s'est-il méfié de la fidélité de ses peuples ? S'il avait pu en douter , n'aurait-il pas versé dans notre cœur ses chagrins paternels ? Que veut dire cet appareil menaçant?

« Où sont les ennemis de l'État et du roi qu'il faut subjuguer? où sont les ligueurs qu'il faut réduire ? Une voix unanime répond dans la capitale et dans l'étendue du royaume : Nous chérissons notre roi; nous bénissons le Ciel du don qu'il nous a fait de son amour. . .

ce Sire , la religion de votre majesté ne peut être

Mémoires, IL aa

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surprise que sous le prétexte du bien public. Si ceux qui ont donné ce conseil à notre roi avaient assez de confiance dans leurs principes pour les exposer devant nous , ce moment amènerait le plus beau triomphe de la vérité.

« L'État n'a rien à redouter que des mauvais principes qui osent assiéger le trône même , et ne respectent pas la couronne du plus pur et du plus vertueux des princes; et comment s'y prend-on^ sire , pour vous £aiire douter de l'attachement et de l'amour de vos sujets?

cr Avez- vous prodigué leur sang ? étes-vous cruel y implacable ? avez-vous abusé de la justice ? le peuple vous impute-t-il ses malheurs? vous nommet-il dans ses calamités ? ont-ils pu vous dire que le peuple est impatient de votre joug ? Non , non , ils ne l'ont pas fait. La calomnie n'est du moins pas absurde : elle cherche un peu de vraisemblance pour colorer ses noirceurs.

« Votre majesté a vu tout récemmçnt ce qu'elle peut sur son peuple. La subordination s'est établie dans la capitale agitée; les prisonniers mis en liberté par le peuple , d'eux-mêmes ont pris leurs fers; et l'ordre public qui peut-être eût coûté des torrents de sang , si l'on eût employé la force , un mot de votre bouche l'a rétabli; mais ce mot était un mot de paix; il était l'expression de votre cœur, et vos sujets se font gloire de n'y résister jamais. Qu'il est beau d'exercer cet empire ! c'est celui de Louis IX, de Louis XII , de Henri IV, c'est le seul

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