‹ Œuvres choisies de MarmontelChapitre 132 sur 165 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

le roi avait le droit d'examiner les lois qu'il devait faire exécuter; et par sa qualité de premier représentant de la nation^ il était constitué le surveillant des autres. Dans le tumulte et dans le choc des passions diverses et des intérêts opposés qui pouvaient diviser une assemblée politique, il était fréquemment à craindre que le résultat d'une discussion orageuse ne fût pas la résolution la plus sage et la plus utile. Souvent il en pouvait passer de contraires au bien public. Une seule voix au-dessus de l'égalité numérique pouvait faire une loi d'un injuste et violent décret. Toutes les fois que l'éloquence passionnée et lasaine raison seraientaux prises , il y avait peu de sûreté pour le plus équitable et le meilleur parti. Le roi , dans la législation , était donc un modérateur, un régulateur nécessaire ; ce n'était donc ni dans la volonté du roi seul, ni dans celle des députés du peuple que devait résider la plénitude de la puissance législative , mais dans l'accord de ces deux volontés , et le consentement de l'un aux résolutions de l'autre formait cette sanction royale.

Or, si ce droit d'examiner et de sanctionner les lois, d'y donner son consentement ou d'y apposer son veto était méconnu , contesté , refusé au monarque ; s'il se voyait ravir son autorité légitime ;' s'il voyait son trône ébranlé, sa couronne avilie, le sceptre de ses pères prêt à se briser dans ses mains, ne serait-il pas nécessaire qu'il fût armé pour les défendre ? ne serait-il pas juste , aux yeux même

(le la nation, qu'il apprit aux communes à se renfermer dans les bornes qui leur étaient marquées , même par leur mandat ?

Ces questions agitées dans le conseil effrayaient les ministres.

« Tout acte de rigueur , disaient-ils , serait une ilémarche également funeste , soit qu'il fallût la soutenir, soit qu'il fallût l'abandonner; une hostilité contraire aux sentiments du roi , capable d'allumer entre son peuple et lui les feux de la guerre civile , et qui rendrait odieux le pouvoir qu'elle aurait rendu redoutable ou qui l'avilirait s'il se laissait braver. »

Placés eux-mêmes entre deux écueils, dans un détroit où allait périr l'autorité royale, ou ce qu'on appelait la liberté publique , n'ayant pour sauver

l'une et l'autre ni assez de crédit , ni assez d'in-

fluence , ils employaient auprès du roi tous les moyens de discussion que leur donnaient son estime et leur zèle : ils ne lui faisaient voir qu'imprudence et péril dans ce rassemblement de troupes mécontentes et corruptibles dont on se croyait assuré. Mais fussent - elles plus affermies dans la volonté d'obéir , qui répondrait que c'en serait assez de leur approche pour rétablir l'ordre et le calme ? Et si on manquait le but d'intinaider le peuple, si, au lieu de le contenir, on allait l'irriter encore, que ferait-on pourie réduire ? que feraiton pour l'apaiser? Ils voyaient , à la tête du parti populaire , des hommes d'un naturel pervers ; ils

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