‹ Œuvres choisies de MarmontelChapitre 144 sur 165 · LIVRE XViJ · texte numérisé non relu

LIVRE XViJ

gardé que par l'amour , ne soyons ni moins sen* sibles ni moins généreux que notre roi ; et prou^ vcHis-lui que même sa puissance , que même sa grandeur, ont plus gagné mille fois qu'elles n'ont sacrifié*

oc f^ vous , 3ire , permettez à mn sujet qui n'est ni plus fidèle ni plus dévoué que toUs, ceux qui vous environnent , mais qui Test autant <|u'aucun de ceux qui vous obéissent, permettez-lui d'élever sa voix vers vous , ^ de vous dire : Le voilà ce peuple qui Vou§ idolâtre, ce peuple que «votre seule pré* sence enivre, et dont les sentiments pour votre personne sacrée ne peuvent jamais être l'objet d'un doute* Regarda , sire , consolez-vous en regardant tous .les citoyens de votre capitale , voyez leurs yeux 9 écoutez leurs voix, pénétrez dans leurs cœurs qui volent audevan t de vous. Il n'est pas ici uu seul homme qui ne soit prêt à verser pour vous , pour votre autorité légitime, jusqu'à la d«rv nièce goutte da son sang. Non^ sire^cett^ gêné-ration fi^ançaise n'est pas assez malheureuse pour qu'il lui ait été réservé de démentir quatorze siècles de fidélité. Nous périrons tous, s'il le faut, pour défendre un trône qui nous, est aussi sacré qu'à vous et à l'auguste famille que nous y avons placée il y a huit cents ans. Croyez , sîrci , croyez que nous n'avons jamais-porté à votre cœur une atteinte douloureuse qu'elle n'ait déchiré le nôtre ; qu'au milieu des calamités pupliques , c'en est une de vous affliger , même par une plainte qui vous aver-

tity qui vous implore et qui ne vous accuse jamais. Enfin, tous les chagrins vont disparaître, tous les troubles vont s'apaiser. Un seul mot. de irotre bouche a tout calmé. Notre vertueux roi a rappelé ses vertueux conseils ; périssent les ennemis publics qui voudraient encore semer la division entre la nation et son chef. Roi, sujets^ eitdyens , confondons nos cœurs, nos voeux, nos efforts, et déployons aux yeux de l'univers le spectacle magnifique d'une de ses plus belles nations , libre , heureuse, triomphante sous un roi juste, chéri, révéré , qui, nç devant plus rien à la force, devra tout à ses vertus età notre amour. »

Tolendal fut vingt fois interrompu par des cris de vii^e le roi! Le peuple était ravî d'être i^endn à ses sentiments naturels ; le roi les partageait , et son émotion les lui exprimait plus viv^nent que n'eût fait l'éloquence. Mais si ces sentiments avaient été durables entre son peuple et lui , il aurait été trop puissant au gré des factieux qui vonlsûeiit le réduire à n'être plus qu'un fantôme de roi.

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