‹ Œuvres choisies de MarmontelChapitre 143 sur 165 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

noncer. Plus de mauvais citoyens ; votre exemple les rendra bons. Ils répétèrent encore , la pcdx^ et plus de proscriptions, »

Ainsi dès-lors rien n'était plus facile que de rétablir Tordre et que d*entretenir la plus heureuse intelligence entre le monarque et son peuple. Le roi ne désirait rien tant qued*êtreaimé; età ce prix rien ne lui était pénible. La vSle de Paris venait de se donner Bailly pourmaire , et la Fayette pour commandant de sa milice. Le roi , qui seul aurait dû nommer à ces deux places , agréa sans difficulté les choix que la ville avait faits. Elle avait demandé le rappel de Necker ; Necker fut rappelé , ainsi que Montmorin , la Luzerne etSaint-Priest, qui avaient partagé sa disgrâce; et les nouveaux ministres prévinrent leur renvoi en donnant leur démission. Enfin Paris , de nouveau travaillé par ses pei'fides agitateurs , désira que le roi vînt lui-même à l'Hotel-de-Ville dissiper ses fausses alarmes , et le roi s'y rendit (le 17 juillet 17^9) sans autre garde que la milice bourgeoise de Versailles et de Paris , au milieu de deux cent mille hommes armés de faux, de pioches, de fusils et de lances, traînant des canons avec eux.

A l'arrivée du roi et sur son passage , toute acclamation en sa faveur était défendue ; et si "aux cris de vi^e la nation] quelques-uns ajoutaient vice le roi Ides brigands apostés leur imposaient silence. Le roi s'en aperçut, et il dévora cette injure. Après avoir entendu à la barrière la harangue

du maire Bailly , dans laquelle il lui disait que , si Henri IV avait conquis sa ville , cette ville à son tour venait de conquérir son roi , il reçut à l'Hôtel-d^Ville la cocarde républicaine; il la reçut sans répugnance ; et comme sa réconciliation avec son peuple était sincère ^ il lui montra tant de candeur et de bonté , qu'enfin tous les cœurs en furent émus. Les félicitations dçs orateurs portèrent Témotion jusqu'à l'enthousiasme; et lorsque Lally- Tolendal prit la parole , cène furent plus que des élans de sensibilité et des transports d'amour.

a Eh bien ! citoyens , leur dit-il , êtes-vous satisfaits ? Le voila ce roi que vous demandiez à grands cris ^ et dont le nom seul excitait vos transports , lorsqu'il y a deux jours nous le proférions au mi^ lieu de vous. Jouissez de sa présence et de ses bienfaits. Voilà celui qui vous a rendu vos assemblées nationales , et qni veut les perpétuer. Voilà celui qui a voulu établir vos libertés , vos propriétés sur des bases inébranlables. Voilà celui qui vous a offert, pour ainsi dire , d'entrer avec lui en partage de son autorité , ne se réservant que celle qui lui était nécessaire pour votre bonheur , celle qui doit à jamais lui appartenir, et que vous-mêmes devez le conjurer de se jamais perdre. Ah ! qu'il recueille enfin des consolations ; que son cœur noble et pur emporte d'ici la paix dont il est si digne ; et puisque , surpassant les vertus de ses prédécesseurs , il a voulu placer sa puissance et sa grandeur dans votre amour , n'être obéi que par l'amour , n'être

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