LIVRE XVIII
chez le présideixt <Je rassemblée. Le malheur voulut qp'il n'y eût point de séance dans la matinée. Le soir , il n'y avait plijs rien à faire pour cet infortuné. Le beau-père et le. gendre avaient été mis en pièces.
« On croit bien , poursuit Tolendal , qu'à la première séance je me hâtai de fixer l'attention générale sur cet horrible événement. Je parlai au nom d'un fils dont le père venait d'être massacré ; et un fils qui était en deuil du sien (c'était Barnave) osa. me reprocher de sentir, lorsqu'il ne fallait que penser. Il ajouta ce que je ne veux pas même répéter (& sang qiion u versé était-il donc si précieux?)^ et chaque fois qu'il élevait les bras au milieu de ses. déclamations sanguinaires, il montrait à tous les regards les marques lugubres de son malheur récent {les pleureuses) , et les témoins încontesitables de son insensibilité barbare. »^
Mais telle, était parmi les factieux la dépravation des esprits , qu'une cruauté froide y passait pour ve.rtu , et l'humanité pour faiblesse. Trentesix châteaux démolis ou brûlés dans une seule province; en Languedoc, un M. de Barras coupé par morceaux devant sa femme enceinte et prête d'accoucbipr ; en Normandie , un vieillard paralytique jeté sur un bûcher ardent, et, tant d'autres, excès commis étaieut ou passés sous silence dans l'assemblée, ou. traités d'épisodes , si quelqu'un les y dénonçait.
Il était d(Ç )a politique des factieux de ne laisser
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au peuple £siire aucun retour sur lui-même. Refroidi un moment, il aurait pu sentir qu'on Tégarait , qu'on le trompait ; que ces ambitieux ne fusaient de lui leur complice que pour en faire leur esclave , et que , de crime en crime , ils yoiilaient le réduire au point de ne plus voir pour lui de salut qu'en exécutant tous ceux qu'ils lui commanderaient. Aussi la proclamation proposée par Tolendal ne passa«t*elle enfin que lorsqu'on en eut retranché ce qui pouvait modérer le peuple. Encore j de peur de donner trop d'authenticité à cetteproclamation pacifique, tout affaiblie qu'elle était y ne voulut-on pas qu'elle fut envoyée par le roi dans les provinces du royaume, et lue en- chaire dans les églises , mais seulement qu'on s'en remît aux députés du soin de la faire passer , chacun d'eux , à leurs commettants.
Le 3i juillet fut un jour remarquable par le retour de Necker, et par l'espèce de triomphe qu'il obtint à l'Hôtel-de^Ville.
En revenant de Baie , où il avait reçu les deux lettres de son rappel , l'une du roi , l'autre de l'assemblée nationale , Necker avait sur sa route vu les excès auxquels les peuples se livraient ; il avait tâehé de les calmer , de répandre sur son passage des sentiments plus doux , et d'inspirer partout l'horreur de l'injustice et de la violence. Il trouvait les chemins couverts de Français que les événements de Paris, que les assassinats commis près de rH6tdHle<»yille avaient glacés d'horreur et
cl'ef£roi , et qui s en allaient chercher unç autre contrée. Instruit dç ces acènés ^nglante^, dè$-lor^ 8on vœu le plus ardeut avait été de détourner le peuple de Paris de ses aveugles barbaries ^ de le ramener à des sentiments d'humanité , et de lui faire effacer la tache que ses criminelles violences imprimaient au caractère de la nation. Je parle ici d'après lui-même ; et quelques erreurs , quelques fautes , quelques torts qu'on lui attribue 1 personne au moins ici ne doutera de sa sincérités . Dans cette confiance ^ je lui cède la parole pour un récit qui , sans être moins vrai j en sera pin» intéressant.
«Heureuse et grande journée pour moi (le 28 juillet 1789), nous a-t-^il dit, belle etiDémorable époque de ma vie, où» après avoir reçu les pins touchantes marques d'affection de la part d'un peuple immense, j'obtins de ses nombreux dépu** tés rassemblés à l'Hotel-de-YiUef et de lui-même ensuite, avec des cris de joie, non-^seulèment l'en» tière liberté du prisonnier que j'avais défendu ( le baron de Be^^enval), mais une amnistie générale^ un oubli complet des motifs de plainte et de dé* fiance, une généreuse renonciation aux sentiments de haine et de vengeance dont on était si fort animé , enfin une sorte de pai^ et de réunion avec ce grand nombre de citoyens , qui , les uns avaient déjà fui de leur pays , les autres étaient prêts à s'en éloigner. Cette honorable détermination fut le prix de mes larmes : je l'avais demandée au nom
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de l'intérêt que j'inspirais dans ce moment: je Tâyais demandée comme une reconnaissance de imon dernier sacrifice ; je l'avais demandée comme la seule et unique récompense à laquelle je voulais jamais prétendre. Je me prosternai , je m^buniilkii de toutes les manières pour réussir. Je fis agir enfin toutes les puissances de nion ame, et, secondé de l'éloquence d'un citoyen généreux et sensible (Clermont-Tonnerre), j'obtins l'objet de mes vœux, et cette première faveur me fut accordée d'une voix unanime , et avec tous les élans d'entbousiasme et de bonté qui pouvaient me la rendre plus chère. »
Voici quelle fut la délibération de l'assemblée générale des électeurs à l'Hôtel-de- Ville, le meHae jour 3i juillet. «Sur le discours vrai, sublime et attendrissant de M. Necker, l'assemblée des électeurs , pénétrée des sentiments de justice et d'humanité qu'il respire , a arrêté que le jour que ce ministre si cher , si nécessaire , a été rendu à la France , devait être un jour de fête. En coiasçquence elle déclare, au nom des habitants de cette capitale , certaine de n'être pas désavouée , qu'elle pardonne à tous ses ennemis, qu'elle proscrit tout acte de violence contraire au présent arrêté, et qu'elle regarde désormais comme les seuls ennemis de la nation ceux qui troubleront par aucun excès la tranquillité publique.
«Arrête en outre que le présent arrêté sera lu au prône de toute3 les paroisses, publié à son de