‹ Œuvres choisies de MarmontelChapitre 148 sur 165 · LIVRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII

trompe dans toutes les rues et carrefours, et en«- Tfoyé à toutes les municipalités du royaume, et les applaudissements qu'il obtiendra distingueront les bons . Français. »

C'était le salut de l'État, mais la ruine de projets qui ne pouvaient réussir que par le trouble et la terreur,. .

. «Dès la nuit même de ce jour mémorable, poursuit.Necker , tout fut changé. Les chefs de la démocratie avaient d'autres pensées. Nuls ne voulaient encore de bonté , ni d'oubli , ni d'amnistie ; ils avaient besoin de toutes les passions du peuple; ils avaient besoin, surtout de ses défiances; et ils ne voulaient non plus, à aucun prix, qu'un grand événement important pût être rapporté à mes vœux et à mon influence. On assembla donc les districts, et l'on sut les animer contre une déclaration que leurs représentants, que les anciens électeurs nommés par eux, qu'une assemblée générale de l'Hôtel-de-ville avait adoptée d'une voix unanime , et que le premier vœu du peuple avait ratifiée. L'assemblée nationale était mon espérance dans cette malheureuse contrariété ; mais elle accueillit l'opinion des districts , et je vis renverser de fond en comble l'édifice de mon bonheur. A quoi cependant ce bonheur s'était -il attaché? A retenir au milieu nous ceux qui , par leurs richesses et par leurs dépenses, entretenaient le travail et encourageaient l'industrie; à voir les idées de persécution remplacées par un sentiment

SpO MÉMOIRES.

de confiance et de magnanimité ; à prévenir cette exaspération , suite inévitable des craiptes et des alarmes que l'on dédaigne de calmer ; à préserver là nation française de ces eff]*ayants tribunaux d'inquisition désignés sous le nom de comités des recherches ; à rendre enfin la liberté plus aimable , en lui donnant un air moins farouche , et en montrant comme elle peut s'allier aux sentiments de douceur ^ d'indulgence et de bonté , le plus bel ornement de la nature humaine et son premier besoin. Âh 1 combien de malheurs n'auraient pas été prévenus, si la délibération prise à l'Hôtel-de-Ville n'avait pas été détruite , si le premier vœu du peuple^ si ce saint mouvement n'avait pas été méprisé ! »

Lorsque Necker parlait ainsi, il était loin de prévoir quelê attentats ^ quelles atrocités mettraient le comble aux forfaits passés.

Mais dès-lors il devait sentir combien lui-même il serait déplacé et misérablement inutile parmi des hommes dédaigneux de tous principes de momie^ et de tous sentiments de justice et d'huma-* nité.

C'était en exerçant le plus violent despotisme qu'on avait fait annuler l'arrêté de l'Hôtel-de- Ville; et ce que Neoker a passé sous silence, cet autre témoin que personne n'a osé démentir, Tolendal l'a dit hautement*

« A l'entrée de la nuit , les factieux s'étaient rassemblés dans ce Palais-Royal , fameux désormais par tous les genres de crimes , après l'avoir été

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