‹ Œuvres choisies de MarmontelChapitre 150 sur 165 · I.1VRB XVIH. 3q · texte numérisé non relu

I.1VRB XVIH. 3q

avaient fait, par acclamatioa^ Tabandon de leurs privilèges. Ces renonciations, faites avec une sorte d'enthousiasme, avaient été. reçues de même, et la très-grande pluralité de l'assemblée les regardait cx^mme le sceau d'une pleine et durable réconciliation. Le bon archevêque de Paris avait proposé qu'un Te Deum en fut chanté en actions de grâce ; Tplendal, qui ne perdait jamais de vue le salut de l'État, avait fait la motion que Louis XVI fût proclamé Restaurateur de la tiberté française \ l'une et l'autre proposition avaient enlevé toutes les voix. Enfin , le roi lui-même avait consenti sans réserve à toutes les renonciations faites et rédigées en décret dans la séance du 4^oût^ mais il refusait son acceptation pure et simple à la déclaration ambiguë , des droits de l'homme et aux dix-neuf articles de la constitution qui lui avaient été présentés. Il y avait même d'autres articles. auxquels on prévoyait qu'il refuserait sa sanction , et quoique le veto qu'il s«e réservait ne fût que suspensif, c'en était assez pour arrêter le mouvement révolutionnaire. Il fallait franchir cet obstacle ; et * si on voulait forcer sa résistsmce, le roi pouvait bien prendre une résolution à laquelle il s'était long^-temps refusé.

Ce fîit là bien, réellement ce qui fit former le projet d'avoir le roi à Paris, et ce qui fit envoyer à Versailles (le 5 octobre. 1 789) trente raille séditieux avec des canons à leur tète , et une foule de ces femmes immondes que l'on fait marcher en avant

dans toutes les émeutes. Le prétexte de leur mission était d'aller se plaindre de la cherté du pain. Je ne décrirai point la brutalité de cette populace conduite à Y^sailles pour enlever le roi et sa Camille. La procédure du Châtelet a révélé cet horrible mystère, ce crime dont l'assemblée eut beau vouloir laver le duc d'Orléans et Mirabeau. Les Êiit$ en sont consignés dans les mémoires du temps que xaes enfants liront. 11$ y verront en frémissant les fidèles gardes-du^-corps à qui le roi avait défendu de tirer sur le peuple , massacrés jusque sur le seuil de l'appartement de la reine , et leurs têtes portées au bout des piques sous les fenêtres du palais ; ils verront cette reine ^ éperdue et tremblante pour le roi et pour sest enfants ^ s'en* fuir de son lit qu'on vient percer à coups de baïonnette , et allant se jeter entre les bras du roi où elle croyait mourir ; ils les verront ces augus* tes époux , au milieu d'un peuple farouche , opposer À sa rage la plus magnanime douoeur ^ lui montrer leurs enfants j afin de l'attendrir, et lui demander ce qu'il veut que l'on fasse pour l'apaiser: Que le roi vienne m^ec nous à Paris. Ce fiit la réponse du peuple et Taveu du complot qu'on lui faisait exécuter.

Ce qu'on ne peut oublier , c'est que la nuit où cette horde sanguinaire remplissait les cours du château, quelques voix s'étant élevées dans la salle des députés pour proposer d'aller en corps se ranger à coté du roi et réprimer les mouvements

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