‹ Œuvres choisies de MarmontelChapitre 154 sur 165 · LIVRE XVI tl. 4oi · texte numérisé non relu

LIVRE XVI tl. 4oi

avait tant aimée , et d'aller chercher loin de Paris une retraite où , dans l'ohscHrité , nous pussions respirer en* paix.

Nous ne savions où diriger nos.pas : le précepteur de nos enfants décida notre irrésolution. Od fut lui qui nous assura qu'en Normandie, où il était né, nous trouverions sans peine un asile paisible et sûr ; maïs il fallait du temps pour nous le pro^ curer ; et , en arrivant à Évreux , nous ne savions encore où aller reposer notre tête. Le maître de l'auberge où nous descendîmes avait , à deux pas de la ville, dans le hameau de Saint-Germain, une maison assez jolie ^ située au bord de l'Itôn, et à la porte des jardins de Navarre ; il nous l'offrit. Charmés de cette position , ce fut là que nous nous logeâmes, en attendant que plus près de Gaillon, lieu natal de Charpentier, sa famille nous eût trouvé une demeure convenable.

Si, dans l'état pénible où étaient nos esprits , un séjour pouvait être délicieux, celui-là l'eût été* pour nous ; mais à peine étions -nous arrivés à Évreux , que nous apprîmes l'épouvantable événement du lo août.

A Paris, dès le point du jour, de ce jour qui devait en amener de si funestes, les places et les rues adjacentes aux Tuileries s'étaient remplies d'hommes armés avec un train d'artillerie. C'était le peuple des faubourgs, soutenu par la bande des Marseillais, qui venait assiéger le roi dans son palais. '

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^^% mçmoiubs.

Ce malheureux priqce n'avait pour défense qu'un petit nombre de gardesrsuisses ; et quoiqu'on ait dit qu'il y avait dans le jardiin des Tuilerip3 upe foule de t^i*aves gens qui se seraient rangés 8^^touf de aa -personne s'il avait voulu se montrer , §^ps dqute il ne crut pas la résistance ou permise cm possible ; on lui conseilla de se rendre avec sa Êiiipille au sein de l'assemblée nationale; il s'y réfugia.

Cependapt se^ braves soldats suisses , qui , fidèles à leurs consignes , défendaient dans les coiirs l'approche du palais , 3ie virent obligés de tir^r sur le peuple. Us l'avaient repoussé , et teniaient ferme dans leur poste , lorsqu'ils apprirent que le roi s'étaitretiré. Alors Us perdirent courage; e\, s'étant dispersés, ils furent presque tous mas* sacrés dans Paris.

Le roi fut transféré et enfermé avec, sa femme ^ ^Si ei^fapts et sa sœur, dan^ la prison de la tour duTftmple (le i3 août).

Le 3i aout^ le maire et le procure^r-syndic de la ville (Pétion et Manuel) se présentèrei^t à l'as-, semblée, à la tête d'une députation, au nom de l^x^uelle Tallien ,. wn oratejur , annonça « qu'on avait enfermé nombre de prêtres perturbateurs , et que , sous p?u de jours , le soi de la liberté serait purgé 4e leur présence. »

\,e 9^ SÇpt^^wbr^? au couvent des Carmes du Luxem|)Ourg , au sjéjaiinaire de Sainf-Firi;nin , rue Saint-Victor, à l'Abbaye Saint-Germain-des-Prés ,

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plusieurs prélats et un grand nombre de prêtres furent égorgés. Le carnage dura jusqu'au 6 à Thôtel de la Force.

Le 8, les prisonniers d'Orléans, envoyée à Versailles, y furent massacrés.

Ce fut dans ces jours d'épouvante et de- frémisseoîent que vint loger auprès de nous , dans le hameau de Saint-Germain , un homme que je croyais m'être inconnu. Dans son déguisement , j'eus tant de peine à me rappeler où j'avais pu le voir, qu'il fut obligé de se nommer ; c'était Lorry , évêque d'Angers. Notre reconnaissance fut attendrie p^r le malheur de sa situation , qu'il ne laissait pas de soutenir avec un courage assez ferme.

Nous voilà donc en société et en communauté de table comme il le désira lui-même; et, dans un meilleur temps, cette liaison fortuite nous aurait été réciproquement agréable. Logés ensemble au bord d'une jolie rivière, dans la plus belle saison de l'année, ayant pour promenades des jardins enchantés et une superbe forêt, parfaitement d'accord dans nos opinions , dans nos goûts et xlans nos principes, les souvenirs d'un monde où nous avions vécu étaient pour nous des sujets d'entretien d'une abondance inépuisable ; mais toutes ces douceurs étaient empoisonnées par les chagrins dont nous étions continuellement abreuvés.

La convention prit, le ai septembre, la place de la législature. Son premier décret fut l'abolition de la royauté.

Cependant, avi nom de la liberté républieamet des colonnes de volontaires accouraient aux armes;* nous nous trouvions sur leur passage, €t notre repos en était troublé. D'ailleurs Tapproche de l'hiver rendait humide et malsain le lieu où nous étions: il fallut le quitter, et ce ne fut pas sans regret que nous y laissâmes le bon évêque. Nous nous retirâmes , ma femme et moi , à Couvicourl.

Le 1 1 décembre , le roi comparut à la barre de la convention ; il y fut interrogé. Il demanda deux avocats , Tronchet et Target ^ pour conseil.

, Target refusa son ministère à ces fonctions vénérables ; le vertueux Malesherbes s'.empressâ de s'offrir pour le remplacer ; on y consentit.

Tronchet et Malesherbes demandèrent à se donner pour adjoint l'honnête et sensible De Sèze, et l'on y consentit encore.

Le a6, le roi comparut pour la seconde fois et avec ses trois défenseurs. De Sèzé porta la parole, mais le roi ne lui avait permis , dans sa défeose, ^ucun appareil oratoire. En lui obéissant, De Sèze n'en fut que plus touchant.

Le 17 janvier 1793, la peine de mort fut prononcée à la pluralité de 366 voix contre 355.

Le roi interjeta l'appel à la nation. L'appel fut rejeté.

Le 19, il fut décidé , à la pluralité de 38o voix contre 3 1 o , qu'il ne serait point sursis à l'exécution de la sentence ,^ et le ai, Louis XVI eut là tête tranchée sur la place de Louis XV.

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