‹ Œuvres choisies de MarmontelChapitre 157 sur 165 · LI<YRE XVIII · texte numérisé non relu

LI<YRE XVIII

mépris d'un Dieu , le sacrilège insulter les autels , et le crime s'enorgueillir de l'espérance du néant \ nous vîmes rompre tous les noeuds de subordination formés par la nature; les enfants, rendus par les lois indépendants des pères, n'eurent qu'à soU-^ haiter leur mort pour être sûrs , sans leur aveu et en dépit de leur volonté , de se partager leur dépouille. Le nœud conjugal était encore le moyen de perpétuer les vertus domestiques , et de tenir liés ensemble les époux l'un à l'autre et avec leurs enfants : on rendit ceiien fragile à volonté ; le knariage ne fut plus qu'une prostitution légale , qu'une liaison passagère , que le libertinage , le caprice , l'inconstance pouvaient former et dissoudre à feur gré. Enfin , l'honnêteté, la foi publique , la décence, le respect de soi-même et de^ l'opinion ; la vénération qu^nspirait la sainte image de la vertu 4 ôf* fraient encore un point de ralliement aut âmes susceptibles des mouvements du repentir , dés impressions de l'exemple. Tout cela fut détt*uit; On professa, on érigea en maximes de mcéUVâ républicaines l'impudence du vice , l'audace de la bokite, l'émulation de la licence , jusqu'à la plus effrénée dissolution ; et le système de Mirabeau etdu duc d'Orléans, ce système dépravateur d'une génération entière parut régner en France. Ainsi s'éMit formé ce despotisme révolutionnaire , ce colosse de fange pétri et cimenté de sang.

Tout confinés que nous étions dans notre chaui^ mière d'Abloville , où nous avions passé en quit-

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tant Gouvicoart , nous ne laissions pas de redou^ ter un siècle si corrompu pour nos enfants; et nous employions tous nos soins à les prémunir d'une éducation salutaire et préservative , lorsque la mort presque soi^idaine de leur 'fidèle instituteur vint ajouter à nos chagrins une affliction domestique qui aeheva de nous accabler. Une fièvre pourprée, d'une extrême malignité, nous enleva cet excellent jeune homme. Nos enfants doivent se souvenir de la douleur que nous causa sa perte, et de la frayeur que nous eûmes de les voir exposés eux-mêmes à l'air contagieux d'une maladie pestilentielle.

Neïus ne savions que devenir leur mère et moi ^ et notre dernière ressource était d'aller chercher un refuge dans quelque hôtellerie de Vernon , lorsqu'on nous suggéra TMéç de demander l'asile à un vénérable vieillard qui, dans le village d'Auhevoie , peu éloigné du nôtre , habi4ail: une maison assez considérable pour nous y ioger tous , sans qu'il en fut incommodé. Cette circonstance de ma vie a quelque chose de romanesque.

Le vieillard qui, touché de notre situation, s'empressa de nous accueillir , était l'un des religieux qu'on avait expulsés de la chartreuse voisine- Son nom était don Honorât. IX était plus âgé que moi. Ses mœurs rappelaient celles des solitaires de la Thébaïde. Cet homme de bien semblait être envoyé du Ciel pour nous édifier et pour nous consoler. Il respirait la piété, mais une piété douce, indûK

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