‹ Œuvres choisies de MarmontelChapitre 159 sur 165 · LIVRE. XIX. i^lî · texte numérisé non relu

LIVRE. XIX. i^lî

raie , et , s'il m'est permis de le dire , la bonté de leur naturel , étaient pour nous , daùs notre spli-* tude y une ressource inexprimable. Ils nous consolaient d'un malheur qui n'était pas le malheur de leur âge. Au moins évitions-nous de les en affliger. L'orage passe sur leur tête, disions-nous, en leur souriant ; et nous avions pour eux l'espérance d'un temps plus calme et plus serein.

Mais l'orage allait en croissant : nous le voyions s'étendre sur la nation entière ; ce n'était point une guerre civile , car l'un des deuxl partis était soumis et désarmé ; mais, d'un côté, c'était une haine om* brageuse; de l'autre , une sombre terreur.

Des millions d'hommes à soudoyer dans les ar^ mées, beaucoup d'autres dépenses excessives ab-* sorbaient infiniment plus de richesses que n'en pouvaient fournir les contributions de l'État , ni la vente des biens du clergé et des émigrés. Le papier-moimaie, multiplié par milliards, ^ détruisait lui-même ; sa chute accélérée entraînait celle du crédit ; le commerce était ruiné. La guerre ne donnait pas assez de ressources dans les^ pays cun-^ quis. Il fut décrété (le lo mars IJQ^) que les biens des condamnés seraient acquis à kt réptlbU-r que ^ et ce fut ce que l'on appela battre monnaie avec la guillotine sur celte place de la Aévolutioa que l'on fit regorger de 9an|[.

C'est pour cela que la richesse fut une cause de proscription ^ et que non -seulement àe$ hommes recommandables par leur mérite, 'les Malésberbe^,

4lSI MEMOIRES.

les Nkolai, les Gilbert-de-Voisin, mais des hommes notables par leur fortune , un Magon , un Laborde, un Duruey , un Serilly , une foule de financiers furent envoyés à la mort. Aussi , lorsque le vieux Magon fut amené devant le tribunal pévolutionoaire , et qu'on lui demanda son nom : ce Je suis riche , répondit-il , » et il ne daigna pas en dire davantage.

Pour donner plus de latitude aux tables de proscription , les dénoncés étaient désignés sous des qualifications vagues d'ennemis du peuple , d'ennemis de la liberté, d'ennemis de la révolution, enfin sous le aom de suspects ; et l'on tenait pour suspects tous ceux qui , soit par leur conduite ^ soit par leurs relations , soit par leurs propos , se seraient montrés partisans de la tyrannie (c'est-à-dire de la royauté), ou ennemis de la république, et en général ceux à qui l'on aurait refusé des certificats de civisme. Or , en les refusant, ces certificats, on était dispensé d'expliquer le motif et la cause de ce refus ( décret du 3o janvier tygS.) ; l'accusation et le jugement étaiélit aussi dispensés de la preuve. Dans un décret portant peine de mort contre les ennemis du peuple (du a a prairial an II), il était dit : Sont réputés tels ceux qui cherchent à anéantir la liberté par force ou par ruse ; à avilir la convention nationale et le gouvernement révolutionnaire dont elle est le centre; à égarer l'opinion et empêcher l'instruction du peuple; à dépraver les piœurs et corrompre la conscience publique; enfin

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