‹ Œuvres choisies de MarmontelChapitre 160 sur 165 · LIVRE XIX. 4l · texte numérisé non relu

LIVRE XIX. 4l

à altérer la pureté des principes révolutionnaires. La preuve nécessaire pour les condamner , ajoutait ce décret, sera toute espèce de document matériel ou iQoral qui peut naturellement obtenir l'assentiment d'un esprit juste et raisonnable. La régie des jugements est la conscience des jurés éclairés par l'amour de la patrie. I-.eur but est le triomphe de la patrie, la ruine de ses ennemis. S'il existe des . documents du genre ci-dessus , il ne sera point entendu de témoins.

C'est avec ce langage équivoque et perfide qu'une charlatanerie hypocrite institua la jurisprudence et la procédure arbitraire de nos tribunaux criminels. Point de preuves , point de témoins, la conscience des jurés , et de quels jurés! des organes et des suppôts de Robespierre , de Lebon , de Carrier , de Francastel , et de tant d'autres tigres insatiables de sang humain.

L'un des bourreaux ambulants de la faction avait

fait graver sur son cachet, pour emblème, une

guillotine. Un autre , à son dîner , en avait une sur

sa table , avec laquelle il s'amusait à trancher la

tête au poulet qu'on lui avait servi ; et, tandis que

ceux-là se faisaient un jeu de l'instrument de leur

barbarie , d'autres se vantaient à la convention de

leur économie et de leur diligence à exécuter ses

décrets. « Fusiller , c'est trop long , lui écrivait l'un

« d'eux ; on y dépense de la poudre et des balles.

«On appris le parti de les mettre (les prisonniers)

(c dans de grands bateaux au milieu de la rivière i

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a à demi-lieue de la ville, on coule le bateau à fond, r Saint-Florent et les autres endroits , ajoutait-il , « sont pleins de prisonniers. Ils auront aussi le a baptême patriotique. » Je n'ai pas besoin de dire c(uels frissonnements d'horreur nous causaient ces railleries de cannibales. Ce qui faisait frémir l'humanité , les noyades de Carrier sur la Loire , les canonnades à mitrailles de Collot-d'Herbois à Lyon obtenaient la mention honorable au Biilletit. Les atrocités de Lebon dans le Pas-de-Calais n'étaient c^ne des formes un peu acerbes qu'il fallait lui passer, et on les lui passait.

Un parti formidable se forma tout-à-coup dans le sein de la convention contre Robespierre; Tallien le dénonça. Sur-le-champ il fut mis hors de la loi ( le 9 thermidor ) , suf pris , arraché de l'Hôtelde -Ville où il s'était réfugié, et traîné sur cet échafaud (le lo) où tous les jours il faisait périr tant d'innocents.

Après la mort de Robespierre , les comités , le tribunal révolutionnaire furent renouvelés, et la convention désavoua leurs cruautés passées ; mais elle déclara ( 22 frimaire an III) <f qu'elle ne rece- « vrait aucune demande en révision de jugements « rendus par les tribunaux criminels , portant con- « fiscation de biens au profit de la république et « exécutés pendant la révolution. »

Cependant la fermentation des esprits n'était pas éteinte. La société des jacobins n'oubliait pas qu'elle avait été toute - puissante ; elle se voyait

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