‹ Œuvres choisies de MarmontelChapitre 163 sur 165 · LIVRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE XIX

chacun ne sortirait qu'au bout de ses cinq ans de cègi^e 9 et dans l'ordre de succession.

De là vint 9 pour le dire en passant, que les habiles ne se pressèrent pas d'être du nombre des élus que le sort pouvait exclure; au bout d'un ou deux ans , et qui d'ailleurs devaient courir les risques d'une première tentative.

Mais, tous avaient droit de prétendre à ces émtnentes dignités de l'Etat , et d'y passer plus d'une fois. Aussi leur premier soin avait*il été de composer la commission des rédacteurs de l'acte constitutionnel , des plus ardents , des plus adroits , des plus ambitieux républicains ; et ceux-ci s'étaient appliqués à donner à cette oligarchie roulante le plus d'autorité , de force et de consistance possible.

La gestion des plus grandes affaires, de l'État , la politique , les finances , les relations au dehors , le commerce et les alliances , la. guerre et la paix , les armées , leur formation , leur conduite , le choix des généraux et leur destitution , la nomination aux emplois militaires appartenaient exclusivement à ce conseil des cinq. Aundedans y 1^ police , l'usage de la force armée et le droil de la faire agir , le droit d'inspection sur la trésorerie et sur les préposés à la perception des impôts , le maniemeat des deniers publics , leur distribution, aux besoins de l'Etat , sans jamais en être comptables ; le choix et l'emploi des ministres, travaillant sous leurs ordres et révocables à leur gré , la surveillance des tribunaux , la dépendance immédiate des autorités

4aO MSMOIR£S.

constituées et des agents qu'ils emploieraient dani toutes les parties de l'administration ; enfin le droit d'avoir dans les départements , jusque dans les moindres communes , des commissaires attitrés , et le droit de casser les élections que le peuple aurait faites de ses magistrats , de ses juges : telles étaient les attributions prodiguées aU directoire par l'acte constitutionnel , sans compter Ce qu'il y ajouta.

Ainsi tous les nioyens de dominer, d'intimider et de corrompre; l'usagé de la force àrtùée ; la dis* position du trésor de l'État ; l'intérêt qu'on aurait dans les armées], dans les finances , dans tous les emplois mercenaires de gagner la faveur de ceâ pentarques tout-puissants; le dévouement des chefs pour les auteurs de leur fortune , l*exemple qu'ils en donneraient aux soldats et aux subalterne^ ; parmi les magistrats du peuple , la crainte d'être déposés , le désir d'être maintenus ; dans l'assemblée nationale , l'ambition d'avoir pour amis les promoteurs aux grandes places , et cent qui tenaient dans leurs mains les récompenses et les peines , selon qu'on les aurait ou bien ou mal servis : tout <^la, dis-je ^ fit pout le directoire une puissance devant laquelle les conseils furent anéantis. ,- Mais il fallait d'abord que la constitution fôt reçue , et les peuples pouvaient s'apercevoir qu'on ne leur proposait qu'une tyrannie habilemeût masquée et savamment organisée ; il fallait dé plus prendre garde que Pêsprit n'en fut chafigé dans

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