‹ Œuvres choisies de MarmontelChapitre 162 sur 165 · LIVRE XIX. f^l'J · texte numérisé non relu

LIVRE XIX. f^l'J

profité du montent d'éfK>uvitnte qu'il avait répandue ; mais les révoltés s'amusant à s'emparer des sièges qu'on leur abandonnait y Tun d'eux , appelé Homme', eut l'imprudente vanité de s'asseoir sur le fauteuil du président , et de perdre le temps à y prononcer des décrets. Par ces décrets , il ordonpait l'arrests^tion des membres des comités du gouvernement, l'élargissement de toi»s les détenus depuis le 9 thermidor , le rappel de Barrère , de CoUot-d'Herbois et de Billaud de Yarennes. Cette £Dlle jactance d'autorité endormit la fureur du peuple; et, tandis qu'il donnait des lois, l'un des députés entre dans la salle à la tête de là force armée , chasse et disperse la multitude , et rend à l'assemblée le courage et la liberté.

Dès -lors \e sang dos terroristes recommença de couler à grands flats ; et les moteurs de la sédition populaire furent exécutés en présence du peuple.

Ainsi, entre le despotisme et l'anarchie, la force armée était le seul arbitre , et les chefs du parti vaincu allaient périr sur l'échaÊiud.

Ce ne fut qu'un spectacle pour la saine partie de la nation , qui redoutait également l'anarchie et le despotisme.

On sentit çpfin la nécessité de régénérer la république, en changeant, non le fonds, mais la forme d'un gouvernement républicain de nom et réellement despotique, et en feignant de diviser les pouvoirs pour les balancer. Tel fut l'objet et l'artifice

Mémoires, II, 27

4i8 m]£moir£s.

de la nouvelle constitutionr. Dans ce simulacre de lois fondamentales, qu'une commission fut chargée de fabriquer , et qu elle présenta le 5 messidor de l'an III, deux conseils de législation et un directoire exécutif compôsiaient le corps dépositaire de la puissance nationale. '

Les deux conseils , l'un de cinq cents et l'autre de deux cent cinquante députés, choisis tous les ans à la pluralité des voix dans les assemblées électorales, étaient revêtus du pouvoir, l'un de proposer, et Pautre d'accepter, de sanctionner les lois ou de les refuser , comme étant le régulateur , le modérateur de celui qui en avait seul l'initiative. Jusque-là l'intérêt publie , si les choix étaient libres et assez éclairés, pouvait être en de bonnes mains; mais, à ces deux conseils, on ajouta un directoire exécutif, armé de la force publique, pour maintenir l'ordre et les lois; et ce fut là que' s'établit et se retrancha le despotisme le plus absolu et le plus tyrannique dont on ait jamais vu d'exemple. > ^

Les cinq membres qui composaient le directoire devaient être pris dans le nombre de cinquante candidats que proposerait Je conseil des cinq cents , et c'était au conseil des deux cent cinquante ( (Ut des anciens) , qu'il appartenait de les choisir.

Ces pentarques seraient successivement amovibles ; d'abord un' tous les ans devait être exclu et remplacé par la voie du sort; ^t dans la suite

Page 1