LIVRE VIII
sonnes principales. « Allez-y sans moi , dit le prince à sa femme; je passerai pins agréablement ces moments avec MarmonteL » Je voulus me refuser à cette faveur ; mais il fallût rester avec lui au moins un quart-d'heure , enfermés tête-à-tête ; et il l'em-^ ploya à me parler avec enthousiasme des gens de lettres qu'il avait vus à Paris, et des heureux moments qu'il avait passés avec eux. Ce fut là qu'il me dit que l'idée affligeante qui lui était restée de notre commerce était qu'il fallait renoncer à l'espérance de nous attirer hors de notre patrie , et qu'aucun souverain de l'Europe n'était assez riche, assez puissant pour nous dédommager du bonheur de vivre entre nous.
Enfin, pour l'engager à se rendre à la fontaine, ye fus obligé de lui marquer le désir d'en voir moi^inêmerouverture, et j'eus l'honneur de l'y accom-t pagner.
Comme ils devaient partir le lendemain , la. prïn«< cesse eut la bonté de m'inviter à aller passer la soirée avec eux dm Jtidotto. Elle dansait dans le tooment que j'y arrivai; %t aussitôt elle quitta la danse > qu'elle aimait passionnément, pour venir causçr avec moi. Jusqu'à une heure après minuit, elle, sa dame de compagnie ( mademoiselle Stuart ) et moi, noua nous tînmes dans notre coin à nous entretenir de tout ce que voulut savoir de moi cette aimable princesse. Il est possible que sa bon té me fît illu-, sion; mais, dans son naturel, je lui trouvai beau-, coup d'esprit et d'agrénaent, « Comment donc , lui
disais-je , vous a-t-on élevée pour avoir dans le caractère cette adorable simplicité ! que vous ressemblez peu à ce que j'ai pu voir de personnes de votre rang! -^ C'est, me répondit mademoiselle Stuart, qu'à votre cour on enseigne aux princes à dominer, et qu'à la nôtre on leur enseigne à plaire. »
La princesse, avant de me quitter, eut la bonté de vouloir que je lui promisse de faire un voyage en Angleterre , lorsqu'elle y serait elle-même, v Je vous en ferai les honneurs, me dit-elle (ce sont ses termes), et ce sera moi qui vous présenterai au roi mon frère. » Je lui promis qu'à moins de quelque obstacle insurmontable , j'irais lui faire ma cour à Londres ; et je pris congé d'elle et de son digne époux, véritablement pénétré des marques de bonté que j'en avais reçiles. Je n'en fus pas plus fier; mais, dans le cercle du Ridotto^ je crus m'apercevoir que j'étais plus considéré. Il semble, mes enfants , qu'il y ait de la vanité à vous raconter ces détails; mais il faut bien que je vous apprenne qu'avec quelque talent et une conduite honnête et simple , on se fait estimer partout.
Quoique madame de Séran et madame de Mari-* gny ne fussent point nialades , elles ne laissaient pas de se donner fréquemment le plaisir du bain ;. et je les entendais parler de leur jeune baigneuse comme d'un modèle que les sculpteurs auraient été trop heureux d'avoir pour la statue d'Atalante, ou de Diane, ou même de Vénus. Comme j'avais.