‹ Œuvres choisies de MarmontelChapitre 7 sur 165 · LIVRE Vlil · texte numérisé non relu

LIVRE Vlil

ger, delà développer; l'impression d'intérêt que faisait sur moi-même le premier aperçu des sitiia* tions et des scènes que je préméditais, tout cela me saisit et me détacha de moi-même, au point de me rendre croyable tout ce que Ton raconte des ravissements exta tiques.Ma poitrine était oppressée; je respirais péniblement; j'avais des quintes^ d'une toux convulsive; je m'en apercevais à peine.

On venait me voir , on me parlait de mon mal ; je répondais en homme occupé d'autre chose: . c'était à Bélisaire que je pensais. L'insomnie qui, jusqu'alors, avait été si pénible pour moi , n avaif plus cet ennui, ce tourment de l'inquiétude. Mes nuits, comme mes jours, se passaient à rêver aux aventures de mon héros. Je ne m'en épuisais pas moins; et ce travail continuel aurait achevé de m'éteindre , si l'on n'eût pas trouvé quelque re^ mède à mon mal. Ce fut Gatti, médecin de Flo* rence , célèbre promoteur de l'inoculation , habile dans son art, et de plus homme très-aimable , ce ' fut lui qui, m'élant venu voir, me sauva. «Il s'agit, me dit-il, de diviser cette humeur épaisse et glutineuse qui vous empâte le poumon ; et le remède en est agréable ; il faut vous mettre à la boisson de l'oxirael. » Je ne fis donc que délayer au feu d'excellent miel dans d'excellent vinaigre; et, du drop formé de ce mélange, l'usage salutaire me guérit en très-peu de temps. Il y avait alors plus de trois mois que je croyais périr ; mais, dans ces trois mois, j'avais avancé mon ouvrage. Les cha-

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pitres qui demandaient des études étaient les seuls • qui me restaient à composer. Tout le travail de l'imagination était fini; c'était le plus intéressant. Si cet ouvrage est d'un caractère plus grave que mesautresécritSy c'est qu'en lecomposant je croyais proférer mes dernières paroles , noi^issùna verba , comme disaient les anciens. Le premier essai que je fis de cette lecture, ce fut sur l'ame de Diderot; le second , sur l'ame du prince héréditaire de . Brunswick, aujourd'hui régnant. Diderot fut trèscontent de la partie morale ; il trouva la partie politique trop rétrécie , et il m'engagea à l'étendre. Le prince de Brunswick, qui voyageait en France, après avoir fait contre nous la guerre avec une loyauté chevaleresque et une valeur héroïque, jouissait à Paris de cette haute estime que lui méritaient ses vertus ; hommage plus flatteur que ces respects d'usage que l'on marque aux personnes de sa naissance et de son rang. Il désira d'assister à une séance particulière de l'Académie française , honneur jusque-là réservé aux têtes couronnées. Dans cette séance, je lus un ample extrait de Bélisaire , et j'eus le plaisir de voir le visage du jeune héros s'enflammer aux images que je lui présentais , et ses yeux se remplir de larmes.

Il se plaisait singulièrement au commerce des gens de lettres , et vous verrez bientôt le cas qu'il en faisait. Helvétius lui donna à dîner avec nous , et il convint que de sa vie il n'avait fait un dîner

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