‹ Œuvres choisies de MarmontelChapitre 79 sur 165 · LIVRE XII. ig · texte numérisé non relu

LIVRE XII. ig

plus redoutable encore de se jouer de tout, et du mérite même, quand il voulait le dépriser; enfin l'art d'égayer , de simplifier le travail du cabinet , faisait de Maurepas le plus séduisant des ministres ; et, s'il n'avait fallu qu'instruire un jeune roi à minier légèrement et adroitement les affaires , à se jouer des hommes et des choses , et à se faire un amusement du devoir de régner , Maurepas eût été, sans aucune comparaison , l'homme qu'on aurait dû choisir. Peut-être avait-on espéré que l'âge et le malheur auraient donné à son caractère plus de solidité , de consistance et d'énergie ; mais , naturellement faible , indolent , personnel ; aimant ses aises et son repos ; voulant que sa vieillesse fut honorée , mais tranquille ; évitant tout ce qui pouvait attrister ses soupers ou inquiéter son sommeil ; croyant à peine aux vertus pénibles , et regardant le pur amour du bien public comme une duperie ou comme une jactance ; peu jaloux de donner de l'éclat à son ministère , et faisant consister l'art du gouvernement à tout mener sans brait, en consultant toujours les considérations plutôt que les principes , Maurepas fut dans sa vieillesse ce qu'il avait été dans ses jeunes années , un homme aimable , occupé de lui-même , et un ministre courtisan.

Une attention vigilante à conserver son ascen-* dant sur l'esprit du roi et sa prédominance dans les conseils le rendait aisément jaloux des choix mêmes qu'il avait faits , et cette inquiétude était la seule passion qui dans son ame eût de l'activité.

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Du reste, aucun ressort, aucune vigueur de courage, ni pour le bien , ni pour le mal ; de la fisiiblesse sans bonté, de la malice sans noirceur, des ressentiments sans colère, l'insouciance d'un avenir qui ne devait pas être le sien ; peut-être assez sincè-^ rement la volonté du bien public , lorsqu'il pouvait le procurer sans risque pour lui-même; mais cette volonté aussitôt refroidie , dès qu'il y voyait compromis ou son crédit ou son repos : tel fut jusqu'à la fin le vieillard qu'on avait donné pour guide et pour conseil au jeune roi.

Gomme il lui fut aisé de voir que le fonds du caractère de ce prince était la franchise et la bonté, il s'étudia d'abord à lui paraître bon et simple. Le roi ne lui déguisait pas cette excessive timidité que les premières impressions de l'enfance lui av«^ient laissée. Il sentit donc que le plus sûr moyen de captiver sa bienveillance était de lui rendre faciles ces devoirs qui l'épouvantaient. Il employa le talent qu'il avait de simplifier les affaires à lui en alléger le fardeau ; mais , soit qu'il regardât les maux invétérés comme n'ayant plus de remède, soit que son indolence et sa légèreté ne lui eussent pas permis de les approfondir , soit qu'il les négligeât comme des maladies provenant d'un excès de force et de santé , ou comme des vices de cornplexion inhérents au corps politique , il dispensa le jeune roi de s'en fatiguer la pensée, l'assurant que tout irait bien , pourvu que tout fût sagement et modérément dirigé. L'excuse du cardinal de

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