‹ Œuvres choisies de MarmontelChapitre 92 sur 165 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

homme sur qutl'on pût fonder (Jùelque espérance était M. Necker ; , mais, je lui parlai des obstacles que j'avais déjà trouvés dans l'esprit du roi , et je lui annonçai que ces ob^cles deviendBaîent encore plus insurmontables par la présence du baron de Breteuil. Nous conférâmes atec celui-ci, essayant de le' cônvei*tir ; mais inutifement. Enfin , après une longue séance , nous nous décidâmes à monter chez le roi ; et , lorsque tous les trois nous fûmes entrés en matière sur le changement qu'exigeait le ministère dès fiha»ces,*je parlai avec force de la nécessité de rappeler celui que demandait la voix publi<jue. Le roi me répondit Ç& la vérité avec l'air de la plus profonde douleur ) , Ek bien ! il r£y a quà le rappeler. Mais alors le baron de Breteuil s'éleva, avec une e^trêm^ chaleur, contre cette résolution à moitié arrachée ; il représenta Tinconséquence qu'il y aurait à rappeler , pour le mettre à la tête de l'administration , un homme qui était à peine arrivé au lieu qu'on lui avait prescrit pour son exil : comkien une pctreilie eendmte aurait de faiblesse ; quelle force eÛe donnerait à celui qui j placé ainsi par Fc^inton , n'en aurùitVo^ bligation qiCà elle et à lui-même. Il s'éfendft longuement et fok'tement sur l'abus que M. Neckerne manquerait pas de faire d'une semblable posîtiob. *I1 peignit son caractère des couleurs les plus propres à faire impression sur un roi naturellement jaloux de son autorité , et qui avait un pressentiment confus qu'on voulait la lui arracher , mais* qui la

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croyait encore entière dans ses mains , et qui voulait la conserver. Il y avait des raisons fort spécieuses dans ce que venait de dire le baron de BreteUil ; mais elles l'auraient été moins , qu elles auraient encore produit Teffet qu'elles obtinrent sur le roi , qui n'avait cédé à mon avis qu'avec une extrême répugnance; peut-être uniquement parce qu'il nous croyait tous les trois d'accord. L'archevêque de. Toulouse fut donc proposé et accepté sans résistance. Cependant le roi nous dit qu'il pas* sait pour avoir un caractère inquiet et ambitieux, et que peut-être nous nous repentirions de lui avoir indiqué ce choix ; mais il ajouta qu'il avait lieu de croire qu'on lui avait exagéré les déÊiuts de œ prélat; que, depuis quelque )emps, les préventions qu'il avait eues contre lui s'étaient afÊdblies, et qu'il avait été content de plusieurs mémoires sur l'administration , qu'il lui avait Êdt parvenir. »

Je n'ai rien omis de ces détails , soit parce qu'ils feront connaître l'ame du roi , son caractère un peu trop facile peut-être, mais simple, naturel et bon ; soit surtout parce qu'on y voit se formel l'anneau principal de la chaîne de nos malheurs.

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