‹ Œuvres choisies de MarmontelChapitre 91 sur 165 · LIVRE XII. ^2*J · texte numérisé non relu

LIVRE XII. ^2*J

il ne suffisait pas de ne pas la contrarier , et qu'il était indispensable de la suivre. J'ajoutai que , tant que M. Necker existerait , il était impossible qu'il eût un autre ministre des finances, parce que le public verrait toujours avec humeur et avec chagrin cette place occupée par un autre que lui. Le roi convint des talents de M. Necker; mais il m'objecta les défauts de son caractère; et je reconnus facilement les impressions qu'avait données contre lui M. de Maurepas dans l'origine , et que MM. de Vergennes , de Galonné , de Miroménil et de Breteuil avaient gravées plus profondément. Je ne connaissais pas personnellement M. Necker; je n'avais que des doutes à opposer à ce que le roi me disait de son caractère, de sa hauteur et de son esprit de domination. Il y a apparence que , si je l'eusse connu alors, j'eusse décidé son rappel. J'aurais peut-être dû insister davantage, même en ne le connaissant pas : mais j'arrivais à peine dans le ministère , il n'y avait pas six semaines que j'y étais entré ; et d'ailleurs un peu de timidité , pas assez d'énergie , m'empêcha d'être aussi pressant que j'aurais pu l'être. Que de maux j'aurais évités à la France ! que de chagrins j'aurais épargnés au roi! (Qu'aurait-il dit s'il avait prévu que 5^ pour avoir manqué ce moment de changer le cours de nos funestes destinées , il serait massacré lui-même par un peuple rendu féroce , et que , trois fnois après sa mort , le roi périrait sur un échafaud ? ) Il fallut , pour&uit-il , aller remettre à M. de Four*

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queux la lettre qui lui était adressée , et même vaincre sa résistance ; j'en avais l'ordre positif. Cependant il est . certain qu'on avait offert la place à M. de la Millière : la reine l'avait fait venir , le roi s'était trouvé chez elle k l'heure qu'elle lui avait donnée ; et tous les deux le pressèrent fort d'accepter ; mais il eut assez de bon sens pour ne pas céder à leurs instances. M. de Fourqiieux fit d'abord assez de difficulté ; mais enfin il se détermina. A peine fut-il en place , que l'opinion modestet qu'il avait de lui-même ne fut que trop bien confirmée.

« Cependant les affaires étaient dans un état de stagnation absolue , ajoute M. de Montmorin ; le crédit achevait de se détruire de jour en jour; les moyens factices et dispendieux que M« de Calonne avait employés pour soutenir la bourse, venant à manquer tout-à-coup , produisaient une baisse journalière et con^dérable dans les effets; le trésor royal était vide ; on Vbyait comme très-prochaine la suspension des paiements , on n'imaginait d'autre ressource qu'un emprunt , et il était impossiblede le tenter dans un moment de détresse aussi désespérant. L'humeur gagnait dans l'assemblée des notables , l'esprit en devenait mauvais ^ et déjà on commençait à y miJirmurer fej étatS" généraux. Dans ces circonstances , il était nécessaire d'avoir un homme qui dominât l'opinion. M. de Lamoignon et moi nous nous communiquâmes nos idées , et nous convînmes que le seul

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