‹ Œuvres choisies de MarmontelChapitre 94 sur 165 · LIVRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE XIII

connaître la nécessité des impéts. Il ne sut que les renvoyer. Rien ne fat statué ni conclu dans cette assemblée.

Il entendait le cri de la nation qui demandait le rappel de îTecker ; et en le sollicitant lui-même auprès du roi, il se fût honoré , il se ftit affermi dans la place éminente qu'il occupait , il se fût soulagé du fardeau des finances , il eût assuré son repos, fait bénir son élévation, couvert d'un voile de dignité l'indécence de sa fortune, dissimulé tout à son aise son> oisive incapacité, eti un mot, il se* fût conduit en homme habile et .en honnête homme ; il n'en eut jaiïlais le courage. Cette fatale peur d'être effacé, d'être prime, le lui ôta. Inutilement ses amis le pressaient d'appeler à son secours l'hom^ie invoqué par la voix pub^que ; il riépondait : Le roi et la reine ^n* en veulent pas. Il dépend de vous , lui dit Montmorin , de persuader à la reine que Neckér vous est ûéceissâire; et inoi, je me* fais fort de le persuader au roi; Brienne , pressé de si prés, répondit: /e puis m! en plisser. Âiûsi périssent les èmpjres.

fmportuné d'entendre le public demander Necker avec instance , il se plaisait à le voir en butte à des écrivains faméliques , qu'il payait^ disait-on , pour le calomnier. Cependant il se voyait perdu dans le vide de ses idées. En moins de cinq mois il essaya de deux contrôleurs-généraux. Villedeuil et Lambert ; tous les deux furent sans res* source. Un nouveau conseil des finances , un co«

mité consultatif, tout lui était boli , excepté Necker^ et tout lui était inutile. Jusqu'aux dernières extrémités , il crut pouvoir user d'expédients ; rien ne lui réussit. Égaré , flottant sans bousscJe , et ne sachant quel mouvement donner au timon de l'État, enfin dans sa conduite et dans son caractère toujours opposé à lui-même , irrésolu dans sa témérité , pusillanime dans son audace ; osant tout , abandonnant tout presque aussitôt après l'avoir osé, il ne cessa de compromettre et d'afFaiblir l'autorité royale , et se rendit à la fois lui-même odieux par son despotisme , méprisable par son étourderie et par son instabilité.

Pour gagner la faveur pubUque , il débuta par vouloir établir les assemblées provinciales ; et en les rendant électives et dépendant^ (le la commune , il fit légèrement et sans aucune réflexio» ce qui en aurait demandé le plus. Tout despotique qu'il était , il eût voulu se montrer populaire et passer pour républicain. Il soutiut mal ce persomiage.

Après avoir congédié les notables ^ S envoya au parlement ses deux édits du timbre et de l'impôt territorial, comme s'ils avaient dû passer de prime abord , sans aucune difficulté. Ce fut là cependant que de jeunes têtes bouillantes commencèrent à remuer ces bornes respectables, ces questions de droit public, si critiques, si délicates, qu'on agita bientôt avec tant de chaleur et de témérité ; mais il né s'en mit point en peine. U parut même , durant les séances et les débats du parlement , avoir

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