‹ Œuvres choisies de MarmontelChapitre 95 sur 165 · LIVRE XIII. a · texte numérisé non relu

LIVRE XIII. a

oublié son talent favori, l'adresse et l'insinuation. Nulle négociation , aucune conférence , aucune voie ouverte ausf moyens de conciliation : il voulut tout franchir , tout enlever de vive force. Tant d'arrogance et de roideur souleva la magistrature, et dans tous les parlements du royaume fut prise en même temps la résolution de rebuter les nouveaux édits avant qu'on les y eût envoyés ;- mais à cette insurrection qui menaçait l'autorité royale , Brienne n'opposa que le dédain des voies conciliatrices, et l'abandon de la chose publique au hasard des événements.

Le parlement de Paris lui demandait la communication des états de finance : cette demande était fondée. Pour déterminer les subsides dans leur somme et dans leur durée sur les vrai$ besoins de l'État, le parlement devait savoir quels étaient ces besoins : le droit de remontrances emportait le droit d'examen ; et à moins d'exiger de lui une obéissance d'esclave, on ne pouvait lui refuser de l'éclairer sur ses devoirs. -Ce fut ce que Brienne ne voulut point entendre ; il ne vit pas qu'il était plus nécessaire que jamais qu'il y eût au nom du peuple une formé de délibération et d'acceptation des impôts , et que , si on disputait aux parlements le droit, tel quçl , de vérififer et de consentir les édits , la nation se donnerait des représentants moins traitables; C'était là ce que le ministre et le parlement d'intelligence devaient prévoir et prévenir.

236 MEMOUES.

Pour trancher la difficulté , Brienne fit tenir au roi tin lit de justice à Versailles, où, par exprès commandement, furent enregistrés l'édit du tim« bre et celui de l'impôt territorial; ce vieil enfant était étranger à son siècle. Le lendemain, le parlement ayant déclaré nulle et illégale la transcription des deux édits sur ses registres, l'expédient que trouva Briennfe fut d'exiler le parlement et d'en disperser tous les membres.

Le garde-des-sceaux , Lamoignon, homme d'im caractère ferme et franc , mais d'un esprit sage , combattit victorieusement dans le conseil cet srvis de Brienne : il fit sentir que des magistrats dispersés seraient inaccessible» à toute négociation, et il conclut en disant au roi qiie, si la translation des cours souveraines pouvait quelquefois être utile, l'exil individuel des magistrats sei^t toujours une imprudence du ministère.

Brienne , pour qui cette idée àe translation parut toute nouvelle, l'adopta sur-le-champ, et fit signer au roi des lettres-patentes qui transféraient le parlement de Paris à Troyes. Le garde-des-sceaux demanda quelque délai; il fut mal écouté; et Briennfe, en présence du roi , lui dit : « Vos idées soht expellentes ; jnais vous êtes trop lent dans vos résolutions*. » A peine le parlement fut-il arrivé à Troyes, que Brienne, en conférant avec le gardedes-sceaux, se souvint, comme par hasard, que la présence de cette cour lui serait nécessaire pour ses emprunts du mois de novembre. « Si j'y avais

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