SCÈNE V
LES PRECEDENS, FINTAC.
LISETTE
Voici monsieur Fintac.
CELICOUR, à part
Ah ciel ! quel embarras !
FINTAC.
Eh bien ! que disait-on ? Vous parliez avec âme!
CÉLICOUR , très trouble.
Oui, Monsieur.
FINTAC.
Tu rougis!
LISETTE , avec finesse.
Oh ! son sujet l'enflamme !
FINTAC, joyeux.
Il composait?
AGATHE , à Lisette qui veut parler.
Prends garde.
a56 1>K CONNAISSEUR,
LISETTE , à Agathe.
( A C,!lic.oiir. )
( )ui. Ne vous troublez pas.
( A Fintac. )
De tout vous aurez connaissance.
( A Agathe et à Celicour qui lui font des signes. )
Non , vous avez beau m'appeler, A mon maître , à Monsieur, je veux , je dois parler : Il m'accorde sa confiance ; Et je dois tout lui révéler...
( A Fintac. )
On voulait, pendant votre absence ,
Arranger un certain projet ;
Projet bien vu , plein de prudence ;
Car Lisette le protégeait.
Pendant que chacun d'eux et travaille , et désire Que tout puisse à leur gré bientôt se terminer ,
Moi, prudemment, je me retire,
Dans la crainte de les gêner.
FINTAC.
Comment donc ?
LISETTE
Mais de loin j'admirais leur génie.
La conversation ne cessait un moment...
La passion... des vers était de la partie ;
C'était des traits... puis une repartie...
Des yeux, un feu, certain ravissement... Mais pourquoi donc aussi venir si promplement ?
FINTVC
Ah! j'entends : bon ! c'était un petit dialogue.
COMÉDIE. 2f>7
LISETTE
Sans doute. Us n'en étaient encore qu'au prologue ; Mais ils espéraient fort un heureux dénouement.
Conte-moi donc, conte-moi donc, Lisette:
Leur petit air fâché m'amuse infiniment. Ne crains rien.
LISETTE
L'un disait... mais moi , simple soubrette , Je ternirais l'éclat d'un tableau si charmant.
(Regardant Cc'licour. )
Monsieur s'en tirera bien mieux assurément.
CELICOUR.
Moi! ciel!
FINTAC.
A ce tour-là qui diable eût pu s'attendre? Je suis indiscret.
LISETTE , malignement.
Oui.
FINTAC , riant.
J'ai bien su le comprendre.
Allons, mes chers enfans, puisque le mal est fait... Ne vous déguisez plus. Mettez-moi du secret,
CELICOUR, à part.
Mon trouble, hélas! va me confondre.
( A Agathe.)
J'avais déjà parlé... C'est à vous de répondre.
AGATHE, malignement.
Eh bien ! recommencez.
a58 LE CONNAISSEUR,
FINTAC.
Sans doute : le sujet?
CELICOITR, embarrasse-.
Le sujet! pouvant faire un choix... je le suppose.
FINTAC, surpris.
Vn choix!...
CÉLÏCOUR , se remettant.
Après ma mort... Suivez.
FINTAC.
Ah! je conçois.
11 s^gissait de la métempsicose.
( Riant. )
Vous donnez dans la fable ?
LISETTE , finement.
Il le faut quelquefois.
FINTAC.
Oh! oui...
CELICOUR , regardant une rose qui est sur le sein d'Agathe.
Je souhaitais passer dans une rose , Semblable à celle que je vois.
FINTAC.
ï.e tableau paraît frais, et commence à me plaire.
LISETTE , bas à Célicour.
Bon!
CÉLICOUR.
J'ajoutais : « Si quelque téméraire » Osait tenter de me cueillir, » Une épine aussitôt l'en ferait repentir :
( Regardant Agathe. )
» Mais si quelque nymphe charmante
COMEDIE. 25y
» Daignait jeter sur moi ses regards enchanteurs, » J'exhalerais mes plus douces odeurs; » El de plaisir, rna feuille palpitante, » S'animerait des plus vives couleurs. >»
FINTAC.
Bravo !
CELICOUR , regardant Agathe.
De la façon la plus intelligible, Je lui dirais : « Jeune divinité ,
» De vous plaire est-il impossible?
» Excusez ma témérité ;
» Tout, jusqu'aux fleurs, devient sensible,
» Pour rendre hommage à la beauté. »
FINTAC , à Agathe.
A toi...
AGATHE , finement.
Vous feriez tant que vous seriez cueillie : L'instant d'après vous perdriez le jour.
CELICOUR , vivement et s'animant.
Quand on meurt des mains de l'amour, Pourrait-on regretter la vie?
Et je sens...
( 11 prend la main d'Agathe.) FINTAC, l'arrêtant.
Oui , fort bien , la scène est fort jolie ; Mais, mon cher, ne t'échauffe pas.
( Aux femmes. )
Réserve de ton feu... C'est le jour du génie.
( A Ce'licour. ) ( Aux femmes. )
Le moment est heureux ..travaillons... Je vousprie De nous laisser.
AGA.THE , bas à Célirour.
Adieu !... l'rp'tlialame !
CÉLICOUR.
HJlasî
( Elles sortent.) .