SCÈNE VI
CÉLTCOUR, FINTAC.
FINTAC.
L'épithaîame... Hé bien!
CELICOUR , à part.
Quel nouvel embarras!
( Haut. )
Il n'est pas fait.
FINTAC.
Le plan...
CÉLICOUR.
Oh! je l'ai dans la tête.v
FINTAC.
Eh ! dis-moi donc , est-ce une ode ? une fête ? J'ai des raisons. Tu ne dois pas douter Que je ne sois fort bon à consulter.
CÉLICOUR.
( A part.) ( Haut.)
Assure'ment... Risquons. J'ai pris l'allégorie Du Temps, lorsqu'il s'unit avec la Vérité.
FINTAC.
Hum ! cette image a de la poésie :
Mais elle peint trop la caducité, El le Temps est bien vieux.
COMÉDIE. a y
CÉLICOUR.
C'est un trait de lumière.
Monsieur l'Exergue est, par goût, antiquaire. Vous, dont l'esprit profond..,
FINTAC , refléchissant.
Oui, comme toi, je sens...
Mais, mon ami, le jour d'un hyménée, S'entendre comparer au Temps, C'est une bien lugubre idée.
CÉLICOtTR , souriant.
Aimez-vous mieux l'hymen de Vénus et Vulcain?
FINTAC.
Vulcain! son cabinet, médaille, armure antique... L'aventure de Mars me paraît trop critique ; Peut-être, un autre jour, seras-tu plus en train : Il s'agit à présent de bien une autre affaire.
CÉLICOUR.
Expliquez-vous.
FINTAC.
Il est certains événemens...
Oui, mon cher Celicour; je vais, dans ces momens, Te prouver l'amitié qui m'unit à ton père.
Tu n'es pas riche , et j'aime mieux Te rendre possesseur d'un don bien précieux...
CÉLICOUR.
Qui? moi, Monsieur?...
FINTAC.
Oui , mon ami, toi-même.
CÉLICOUR.
J'aurais pu mériter !...
FINTAC.
Sans réfléchir, on aime.
Tu m'as plu. J'ai jugé qu'en toi je rencontrais Le mortel que depuis long-temps je désirais. Me trompai-je jamais?... Aujourd'hui, plus de feinte Toi seul mérite cet honneur.
CÉlic.ottr.
Mais l'Exergue...
FINTAC.
Il est vrai : d'abord en sa faveur...
A présent contre lui j'ai des sujets de plainte. Il ose soutenir... (Oh! c'est un entêté! ) Que mou palladium es! une fausseté.
Un sentiment jaloux lui dicte ce langage. Gela te convient mieux, vu ton goût et ton âge. De faire ton bonheur, je me sens enchanté.
CÉLICOUR.
Quoi, Monsieur ! vous riez ! votre prudence sonde...
FINTAC.
Non. C'est ainsi que j'attrappe mon monde.
(LYmbrassant. )
Me voilà. C'est mon cœur. Je suis tout sentiment. Enfin, je te le dis; c'est mon bien, mon enfant, Que je vais te donner.
CÉLICOUR.
Que ma joie est extrême !
Quel moment glorieux! Je puis donc espérer... Il est aisé de voir le stratagème...
FINTAC, étonne.
Oui , tu le vois ?
COMÉDIE. a65
CELICOUR.
Le cœur sait inspirer...
FINTAC.
Tu mVtonnes! Tant mieux : j'approuve fort ton zèle. Mais il faut t'expliquer...
CÉLICOUR . avec la plus grande impatience.
Je sais tout.
FINTAC, très étonné.
Quoi! vraiment, (ll.it.) Tu te doutes du tour? Hem! n'est-il pas...
CELICOUR, riant aussi.
Charmant.
( Ils rient tous deux un instant. ) FUS TAC.
Faut-il l'aller chercher ?
CÉLICOUR,
Je ne vis plus sans elle.
FINTAC
Eh bien ! tu vas la voir ; triomphe ; elle est à toi ,
Et je t'en donne ici ma foi.
C'est un trésor plus cher mille fois que la vie.
CELICOUR , le repoussant.
Oui.
FINTAC , revenant.
Ne t'arrête pas à ses petits défauts.
Elle en a, je le crois. Peut-on être accomplie? L'excessive rigueur est le talent des sots. Sois donc pour elle indulgent.:.
CELICOUR, le poussant encore.
Oui , mon père.
FINTAC , revenant toujours-
Mais non , je te permets d'être un juge sévère , Que la seule équité dicte ton jugement.
( En s'en allant. )
Mon fils, on s'enrichit du bien que l'on sait faire.
( Il s'éloigne en le tegardant. ) CELICOUR.
Je vous attends avec empressement.