‹ Œuvres choisies de Marsollier. Précédées d'une notice sur sa vie et ses écrits par la Csse d'Hautpoul, sa nièceChapitre 119 sur 184 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

AGATHE, CÉLICOUR.

AGATHE, un peu émue.

Mais je le plains, je crois! sa figure est de'faite.

CÉLICOUR , désespéré.

Je vous l'avais prédit , et la chute est complète. Malgré moi , j'ai suivi vos ordres rigoureux.

AGATHE

Il n'est donc plus d'espoir ?

CÉLICOUR. '

Aucun.

AGATHE , tristement d'abord.

Aucun? Tant mieux.

(Elle rit.) CKLICOUR , se contenant d'abord.

Eh quoi! tant mieux ? Quand pour vous plaire,

COMÉDIE. a85

Je suis la fable de Paris, C'en est trop ! Du public j'ai bravé la colère ;

Mais je ne puis supporter vos mépris.

Vous le savez Agathe, je vous aime; Mais je renoncerais à la vie , à vous-même ,

Dans l'état d'opprobre où je suis.

Cet ouvrage est tombe. Je souffre avec constance La honte qui sur moi rejaillit en ce jour ,

Mais c'est un effort de l'amour, Dont vous seule pouvez être la recompense.

AGATHE , malicieusement.

De ce récit j'ai les larmes aux yeux.

C'est un rôle affreux que le vôtre :

Il est bien dur , bien ennuyeux , De se voir sifflé pour un autre...

Peut-être , un autre jour, on vous jugera mieux.

CÉLICOTJR.

D'une critique juste , et quelquefois cruelle , L'homme sensé ge'mit ; mais jamais il n'appelle.

AGATHE , sérieusement.

En pareil cas, le véritable auteur Serait peut-être moins modeste :

La pièce tombe , et l'orgueil reste , C'est le premier consolateur !

(Avec une pitié ironique. )

Vous allez faire une triste figure Dans le monde, à présent; y reparaîtrez-vous?

célicolr.

Je n'y paraîtrai, je vous jure ,

a86 LE CONNAISSEUR,

Qu'avec le nom de votre époux»

A ce prix seul , je tairai l'aventure.

AGATHE , avec une naïveté ironique

(Test votre dernier mot ?

CÉLICOUR.

J'obtiendrai votre main .

Ou bien tous les journaux annonceront demain Que Fintac est Fauteur de la pièce tombée.

AGATHE , très vivement.

Eh bien ! voilà ma conduite expliquée ', Le but de ces tant mieux qui vous choquaient si fort.

CELICOUR , avec espoir.

Daignerez-vous enfin prendre part à mon sort! Agathe, réponde/: ces regards... ce silence! Vous aurais-je inspiré ?

AGATHE , baissant les yeux.

Ma fierté s'en défend.

CÉLICOUR, tendrement.

Et le cœur ?.

AGATHE , souriant.

Ah! le cœur...

CÉLICOUR , effrayé.

Il résiste ?

AGATHE , souriant.

Il se rend.

CELTCOUR.

Vous faites mon bonheur.

\GAiHE , tendrement.

Et c'est ma récompense.

Reprenant sa gaieté. )

Convenez que j'ai fait une belle défense.

A présent, grondez-moi, mettez-vous en courroux.

Blâmez le changement qu'en moi produit l'absence,

CÉLICOUR.

Ah! je n'ai garde ; et ma reconnaissance Ne peut se comparer...

AGATHE , tendrement.

Qu'à mon amour pour vous.

C'est Fintac. Je viendrai si je suis nécessaire. J'espère l'être... Adieu. Courage, Célicour ; J'ai bien rempli mon rôle... et voici votre tour,

célicour.

Je ferai de mon mieux.

Page 1