‹ Œuvres choisies de Marsollier. Précédées d'une notice sur sa vie et ses écrits par la Csse d'Hautpoul, sa nièceChapitre 120 sur 184 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

CÉLICOUR, FINTAC

FINTAC.

Que devenir? que faire .

CÉLICOUR , à part.

Ferme , portons les premiers coups.

( lis se regardent en silence et se font plusieurs re've'rences.)

Eh bien ! Monsieur, qu'en dites-vous?

FINTAC.

Je dis que le public est plein d'ingratitude, Et qu'il faut renoncer à travailler pour lui.

Mais rassure-toi , mon ami ,

Et bannis toute inquiétude :

Ton ouvrage te fait honneur Dans l'esprit vraiment connaisseur.

CÉLICOUR.

Mon ouvrage !... Le vôtre...

FINTAC.

Eh paix ! paix donc , de grâce !

CÉLICOUR.

Il vous est bien aisé d'être plus modéré. Vous êtes à l'abri : que vous fait ma disgrâce ? Mais moi , qu'elle a déshonoré . . .

FINTAC.

Cet échec ne saurait nuire à ta renommée ;

Sans la cabale, elle était couronnée.

Le public reviendra. Va , les gens de bon sens Ont reconnu le tact , le germe des talens.

CÉLICOUR.

Non , Monsieur, non , il n'est plus temps de feindre.

J'ai bien le droit de ne me point contraindre. La pièce est détestable ; on le dit , et partout : Je ne puis supporter un si terrible coup. Daignez vous en charger.

FINTAC.

Ta prière est cruelle.

Tu veux que je perde en un jour Le fruit de quarante ans? O mon cher Célicour ! Voudrais-tu me causer cette peine morlclle , Et rendre mes vieux jours tristes et douloureux ?

CÉLICOUR , feignant.

Il est bien dur aussi...

FIN TAC

Sois assez généreux...

CELICOUR , comme attendri , après un moment de reflexion.

Eh bien ! consolez-vous : je promets le silence ;

Mais je sens trop la conséquence

D'un début aussi malheureux.

Et j'abjure, à jamais, théâtre et poésie.

EINTAC , vivement et enchante'.

Oui , tu fais bien : jeune , avec de l'esprit , Il se trouvera , dans la vie , Beaucoup d'autres moyens de te mettre en crédit.

CÉLICOUR.

Il n'en est qu'un, Monsieur; de vous j'ose l'attendre:

C'est de vous seul qu'il peut dépendre... La main d'Agathe.

FINTAC.

Agathe ?

CÉLICOUR.

Oui , sa main à l'instant ; Je l'adore , et sachez que c'était pour lui plaire , Que j'ai paru si complaisant.

FINTAC.

Ma nièce sait tout ce mystère ?

Oui, Monsieur.

FINTAC.

Ah ! grands dieux ! cette tête légère Aura tout dit.

CÉLICOUR.

Comptez sur son discernement ;

>9o LE CONNAISSEUR,

Elle connaît ce qu'il faut taire.

Agathe n'est plus un enfant.

FINTAC, à ses laquais.

^u'on la fasse venir... Agathe, et promptement!

(Avec impétuosité'.)

Oh! tu me fais trembler... Si son étourderie

M'a donné le désagrément De passer pour l'auteur de cette comédie,

De mon cabinet de chimie, De mon nouveau Traité sur la Philosophie ,

Je la prive en mon testament.

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