SCÈNE XITÏ
LE PRÉCÉDENT, MERVILLE , MARIA, accouranl . MADAME MELLO, la suivant.
M \RIA
Eh bien! mon frère , dites-nous. . .
BEAUMARCHAIS
Lisez. . •
MERVILLE , ctonnc.
Clavieo a consenti ?
BEAUMARCHAIS , souriant.
D'abord il a tout refuse', mais bientôt l'amour la emporté sur un ressentiment que j'avais provoqué , et que je ne puis blâmer dans une àme noble et fière. L'état de ma sœur, dont Germain est venu nous instruire , lui a fait une telle impression , que , n'écoutant plus que son cœur, il a de lui-même fait cet écrit, où il s'accuse et justifie Maria.
MARIA , avec joie.
il m'aime donc encore! mon frère peut donc encore l'estimer!. . .
BEAUMARCHAIS , à Merville qui lui rond l'écrit.
Vous avez lu, mon ami ; que dois-je faire?
MERVILLE
Je vais vous parler avec franchise : Puisque Clavieo demande sa grâce , il doit l'obtenir; en ce moment l'amour, l'honneur vous le ramènent, et à quelque titre qu'il revienne, le moins d'éclat
que Ton puisse faire en pareille occasion est toujours le mieux; cet homme a destalens, des amis, il est fait pour aller loin ; et prenez garde qu'en le refusant , vous n'ayez l'air de consulter plutôt la colère que le bonheur de Maria... Regardez-la, son trouble , ses pleurs vous apprennent assez ce qu'elle veut se cacher à elle-même. (Maria rougit, et
se jette dans les bras de son frère.)
BEAUMARCHAIS
Il est donc vrai , tu l'aimes encore , et tu en es bien honteuse, n'est-ce pas? je le vois ; mais, va , tu n'en es pas moins une honnête et excellente fdle ; et puisque ton ressentiment se calme , laissele s'éteindre dans les larmes du pardon ; elles sont bien douces, après celles de la colère.
MARIA
Ah ! mon frère ! mon frère !
EEAITMARCHAIS, souriant.
Bonne Maria! je t'ai devinée... devine à ton tour quelle raison peut m'engager à te quitter sitôt?... Tu t'en doutes, car lu souris! il faut bien aller le rassurer, n'est-ce pas?... lui rendre l'espérance ; vous le voulez tous , je cède et je cours le trouver. Pour toi , ma chère amie , va goûter quelques instans de repos ; que déjà l'espoir du bonheur rende à ton joli visage ce charme , cette sérénité qui lui vont si bien; qu'une parure un peu plus recherchée , en affaiblissant les traces de tes longs chagrins, laisse encore voir au coupable
3S BEAUMARCHAIS
tout ce que tu as souffert, tout ce qu'il a à réparer!... Adieu, je reviens à l'instant, (il sort avec Merviile.)
MARIA
Rentrons, ma bonne... je ne m'attendais pas que ce jour. . . que le retour de mon frère- . . que Glavico repentant... Oh! que je suis heureuse !
(Elle rentre.) Mon dieu ! que je suis heureuse!
MADVME MELIO, la suivant.
Le bon frère! comme il a bien fait d'arriver! Mais notre inconstant. . . comme il a bien fait de se repentir!